Photo: La disparition d'espèces, une épidémie insidieuse qui menace notre planète

Selon un rapport de l'Union internationale pour la conservation de la nature datant de 2007, le grand panda est l'espèce d'ours la plus menacée. (Crédit : The Brit_2 via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les scientifiques nous avertissent encore et encore : les changements climatiques ainsi que la disparition d'espèces animales menacent les systèmes qui supportent la vie de notre planète, y compris l'air pur, l'eau propre et les terres cultivables.

De plus en plus de gens se rendent compte des causes et conséquences des changements climatiques, ce qui a forcé des gouvernements à chercher des solutions dans des domaines comme l'énergie propre. La disparition d'espèces, toutefois, a été beaucoup ignorée par les leaders des gouvernements.

Dans un article du quotidien britannique Guardian (en anglais seulement), le secrétaire de l'environnement français et le vice-président de l'Institut des ressources mondiales ont avancé que « contrairement aux impacts du réchauffement climatique, la biodiversité — et les services d'écosystème qu'elle abrite — disparaît de manière tout à fait silencieuse, locale et anonyme. C'est pourquoi la dévastation de la nature a déclenché si peu d'alarmes quand on la compare à une planète qui bouillonne. »

Malheureusement, c'est bien vrai. Contrairement aux feux de forêts ravageurs, aux vagues de chaleur mortelles et aux orages violents qui, résultats des changements climatiques, ont dévasté la planète, la disparition d'une partie de la faune et de la flore semble retenir l'attention des politiciens seulement lorsqu'elle provoque des perturbations économiques et sociales.

Par exemple, la surpêche de la morue dans l'Atlantique qui a poussé des milliers de pêcheurs au chômage.

Partout autour de nous, on met à nu des réseaux alimentaires ayant évolué pendant des milliers d'années. Chaque hectare de forêt coupé, chaque marais asséché, chaque prairie pavée d'asphalte viennent détruire l'habitat faunique à une vitesse sans précédent.

Les scientifiques nous ont mis en garde; nous sommes au centre d'une crise environnementale catastrophique causée par les humains. De toutes les espèces connues, quelque 17 000 plantes et animaux sont menacés d'extinction, ce qui comprend 12 pour cent d'oiseaux, presque un quart de mammifères et un tiers d'amphibiens. Certaines des espèces les plus vulnérables aux impacts humains sont des créatures iconiques et aimées de tous. Par exemple, parmi les huit espèces d'ours distinctes (lien en anglais seulement) qu'on trouve sur la planète, six sont en fâcheuse position, y compris les pandas et les ours polaires.

La réponse de nos chefs a été, en règle générale, exécrable. Les Nations Unies ont fait de 2010 l'année internationale de la biodiversité. Des pays rapportent leurs progrès dans la lutte contre la perte de la biodiversité tel que l'exige le traité international intitulé Convention sur la diversité biologique que la plupart des États ont signé, y compris le Canada. Toutefois, l'ONU a admis que les gouvernements ont échoué dans l'atteinte des objectifs du traité (lien en anglais seulement) consistant à « réaliser d'ici à 2010 une réduction importante du taux actuel de la perte de biodiversité aux niveaux national, régional et mondial, comme contribution au soulagement de la pauvreté et au bénéfice de la vie sur la planète. »

Malgré notre échec collectif dans l'atteinte des cibles de biodiversité 2010 (lien en anglais seulement), les pays se préparent à négocier de nouvelles cibles globales afin de ralentir la perte de la biodiversité écologique. Plusieurs actions internationales sont en cours, dont une session extraordinaire à l'Assemblée des Nations Unies en septembre prochain.

Il est facile d'être sceptique quant aux impacts de ces négociations tenues dans les grandes salles d'hôtels luxueux sur la protection de la biodiversité, étant donné le manque de progrès déterminant jusqu'ici. Pourtant, un résultat récent des pourparlers sur la biodiversité mondiale nous donne espoir.

Des diplomates des quatre coins du monde viennent tout juste de se réunir à Busan, en Corée du Sud, où ils ont approuvé la création d'un nouvel organisme scientifique international qui agira comme « système d'alarme initial » afin d'alerter les gouvernements des principales pertes de la biodiversité et préciser ce qu'on peut faire pour renverser ces tendances destructrices.

Cet organisme scientifique sur la biodiversité sera modelé sur le Panel intergouvernemental sur les changements climatiques qui, par l'entremise de la science, a stimulé la connaissance et l'action sur le réchauffement planétaire partout dans le monde.

En dépit des efforts des grandes pétrolières pour discréditer son travail, le Panel a compilé les plus récentes découvertes scientifiques sur les causes et les impacts du réchauffement planétaire et il a établi les meilleures façons d'y remédier. Ce faisant, il s'est assuré que les changements climatiques demeurent une priorité pour les gouvernements, tout en s'avérant un outil précieux pour aider les médias à comprendre le problème et le diffuser sans aucune influence de politique ou relations publiques. On ne peut qu'espérer que le nouveau « Panel pour la biodiversité » jouera un rôle similaire pour l'éducation, l'inspiration et la mobilisation des preneurs de décisions et du public afin de contrer la crise vécue par la biodiversité à l'échelle mondiale.

16 juin 2010

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