Notre dépendance au pétrole a toujours été salissante | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Notre dépendance au pétrole a toujours été salissante

Des équipes de pompiers nettoient la marée noire de l'Exxon Valdez,
1989. (Crédit: jimbrickett via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

L'explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique et le déversement de millions de litres de pétrole est un désastre monumental. Mais pourquoi sommes-nous surpris?

Le forage et le transport de pétrole ne sont pas très sophistiqués; on fait appel à une technologie plutôt rudimentaire pour puiser et transporter le pétrole brut, et chaque jour, du pétrole est allégrement renversé au cours du processus. Au cours des années, de nombreux déversements (en anglais seulement) ont eu lieu sur terre, sur les plateformes en mer et des suites de collisions et de débâcles de navires.

En 1967, le Torrey Canyon a déversé 117 millions de litres de pétrole brut près de Cornwall, en Angleterre. En 1976, l'Argo Merchant a répandu 29 millions de litres de mazout au large du Massachussetts. Une explosion sur la plateforme de forage Ekofisk Bravo en 1977 a relâché près de 30 millions de litres dans la mer du Nord, et enfin l'Amoco Cadiz a déversé quelque 260 millions de litres au large de la France en 1978.

Ce n'est pas tout : on a pu être témoins de dizaines d'autres collisions, explosions et même des déversements délibérés (en 1991, l'Irak a relâché jusqu'à 1,9 milliard de litres de pétrole brut dans le golfe Persique), des tempêtes (en 2005, l'ouragan Katrina a provoqué le déversement de plus de 25 millions de litres). Plus près de nous, en 1970, le navire Arrow a déversé près de 10 millions de litres dans la baie Chedabucto, en Nouvelle-Écosse, et en 1988, l'Exxon Valdez a répandu 40 millions de pétrole dans les eaux cristallines du golfe du Prince William, au large de la côte de l'Alaska.

Aujourd'hui, des dizaines de milliers de puits sont exploités sur terre et sur mer, des superpétroliers transportent des quantités astronomiques de fioul sur tous les océans, et les pipelines et les camions acheminent le pétrole à travers les continents. Parfois, des incidents surviennent : tremblements de terre, accidents, tempêtes, marées, icebergs et, bien sûr, l'erreur humaine.

Quelle leçon peut-on tirer du désastre du golfe du Mexique? Premièrement, il n'existe aucune technologie sans failles, comme le savait bien l'ordinateur Hal dans le film 2001 : Odyssée de l'espace, la plus grande menace pour une mission est l'être humain, faillible et imparfait. Nous devrions également nous rendre compte que notre dépendance aux combustibles fossiles non renouvelables pour la grande majorité de nos besoins d'énergie comporte de nombreux risques, des déversements catastrophiques aux affreux changements climatiques.

En 1979, j'ai animé une émission intitulée Tankerbomb qui soulignait les dangers du trafic des superpétroliers provenant de l'Alaska et qui descendait le long de la côte périlleuse de la Colombie-Britannique. Dix ans plus tard, le déversement de l'Exxon Valdez venait légitimer ces avertissements. Plus récemment, un traversier, le Queen of the North, s'est écrasé dans l'île Gil sur la côte nord de la Colombie-Britannique. Les humains sont faillibles et, en Colombie-Britannique, la côte est constellée de rochers et de récifs. C'est pourquoi les Premières Nations habitant le long des côtes sont unanimement opposées au projet de pipeline qui transporterait du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'à la côte ouest où on le chargerait sur des navires. Les risques qu'un accident se produise sont trop élevés pour leurs communautés et leurs lieux de pêche.

Faisant plus de 300 mètres de longueur, les superpétroliers sont d'immenses navires qui peuvent contenir assez d'énergie pour alimenter une petite ville. Cela prend trois kilomètres et 14 minutes pour un tel vaisseau qui va à toute vitesse pour s'arrêter et changer de direction. Bien que les plus récents superpétroliers soient équipés d'une double coque afin de réduire les risques de déversement en cas de collision, plusieurs navires n'ont encore qu'une coque simple.

Les entreprises ne se préoccupent pas assez de la prévention et ne considèrent pas les victimes de leurs accidents comme une priorité.

Le déversement de l'Exxon Valdez a donné lieu à des poursuites de nombre de groupes de citoyens, y compris des pêcheurs, des guides touristiques et les Premières Nations. Les cours ont tranché en leur faveur, mais les grandes pétrolières ont contesté plusieurs décisions en cour d'appel. Pendant près de vingt ans de retardements, Exxon a continué à engranger des profits record.

Les accidents de superpétroliers et la catastrophe du golfe montrent à quel point la prévention n'est pas une priorité. Alors que le pétrole continue de s'échapper du puits océanique dans le golfe du Mexique, la réponse de BP est pathétique. Il est primordial de parer à toute éventualité, et ce, dans les moindres détails, au lieu d'improviser hardiment en prétendant avoir la situation bien en main.

Et nous devons absolument passer des combustibles fossiles aux sources d'énergie renouvelables et plus propres. Nous pouvons tous faire notre part en économisant l'énergie et en réduisant notre dépendance aux voitures. Ici au Canada, nous pouvons dire à nos leaders (en anglais seulement) qu'on compte sur eux pour que nos océans et nos rivages soient à l'abri de catastrophes comme celle du golfe du Mexique.

8 juin 2010

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