Photo: Protéger la planète est un devoir sacré et scientifique

Les journaux semblent suggérer que nous nous préoccupons davantage de la Coupe du monde que des problèmes tels que l'extinction de certaines espèces ou les changements climatiques. (Crédit : desrie_govender via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Si je devais évaluer nos priorités en fonction de l'espace accordé aux histoires qu'on trouve dans l'actualité, on en viendrait à la conclusion que la Coupe du monde, les controverses de concours de mangeurs de hot-dogs et les facéties de Paris et Lindsay sont les pires problèmes auxquels on doit faire face. Pendant ce temps, les nouvelles sur les espèces en voie de disparition, les changements climatiques et la perte de terres arables sont publiées brièvement, très souvent enfouies dans le cahier B des journaux, avant de disparaître de l'actualité.

Cette situation perdure depuis déjà un certain temps. En 1992, certains des scientifiques les plus réputés au monde ont sonné l'alarme à propos d'un désastre écologique imminent. L'Avertissement des scientifiques à la population mondiale (World Scientist's Warning to Humanity) signée par 1 700 scientifiques réputés provenant de 71 pays, y compris 104 lauréats du prix Nobel, commençait par la déclaration suivante : « Les êtres humains et le monde naturel risquent d'entrer en collision. » Les grands réseaux de télévision et les quotidiens avaient ignoré l'avertissement. Pourtant, ces mêmes médias continuent d'amplifier les prises de position des experts en économie, ceux-là mêmes qui n'ont pu anticiper la crise financière de 2008.

Ce qui nous distingue des autres animaux est notre capacité d'utiliser les connaissances, l'expérience et les raisonnements qu'on accumule afin de savoir où se trouvent les dangers et les opportunités et choisir le chemin qui évite ces dangers et nous permet de profiter des opportunités. La prévoyance est la clé de notre succès en tant qu'espèce. Mais aujourd'hui, nous tournons le dos à cette formidable qualité de survie en ignorant les avertissements des scientifiques. Nous préférons plutôt porter attention à la récente chute du Dow Jones, à la valeur du dollar canadien (au centième de point près) et aux activités de Donald Trump, Jim Balsillie et Steve Jobs.

Deux années avant l'Avertissement des scientifiques du monde entier, l'astronome Carl Sagan a lancé un appel aux scientifiques et chefs religieux du monde entier dans le cadre du Forum mondial des leaders parlementaires et religieux sur la survie humaine à Moscou. Signée par 32 lauréats du Nobel et d'autres scientifiques de renom, on peut y lire:

«La Terre est le berceau de nos espèces et, jusqu'à preuve du contraire, notre seul foyer. Alors que nous étions peu nombreux et notre technologie inoffensive, nous ne pouvions pas influencer l'environnement de notre monde. Seulement aujourd'hui... notre population a grandi et notre technologie a atteint une puissance incroyable. De manière intentionnelle ou non, nous sommes désormais capables de produire des changements dévastateurs à l'environnement planétaire, un environnement que nous partageons avec toutes les autres espèces de la Terre.»

Cet appel faisait l'énumération de nombre de menaces, y compris « la dégradation de la couche d'ozone, un réchauffement planétaire jamais vu depuis les 150 000 dernières années; la disparition d'un acre de forêt à chaque seconde; la disparition éclair d'espèces; et, enfin, l'éventualité d'une guerre nucléaire mondiale qui mettrait fin à une grande partie de la population de la Terre.»

L'appel demandait aussi aux leaders religieux de s'allier aux scientifiques pour traiter la situation: «Des problèmes d'une telle magnitude doivent être considérés sous leur angle scientifique et religieux. En regard de notre responsabilité commune, nous autres scientifiques lancent un vibrant appel aux communautés religieuses du monde entier pour qu'elles s'engagent, en paroles et en actes, à préserver l'environnement de notre Terre.»

Ce remarquable document se termine par une déclaration émouvante à propos d'une concordance sous-jacente à la science et la religion: «Comme scientifiques, nombre d'entre nous ont vécu des expériences d'émerveillement et d'humilité par rapport à l'univers qui nous entoure. Nous savons que ce que nous considérons comme sacré sera vraisemblablement traité avec soin et respect. Et c'est le cas de notre Terre d'accueil. Les efforts mis en œuvre pour sauvegarder et chérir l'environnement doivent être inspirés par une vision sacrée. De plus, une plus grande connaissance de la science et de la technologie est primordiale. Si on ne comprend pas le problème, nous ne serons jamais en mesure de le régler. C'est pourquoi et la religion et la science jouent un rôle primordial.»

Dans le cadre de la conférence, 271 chefs spirituels de 83 pays — patriarches, lamas, rabbins, cardinaux, mollahs, archevêques et professeurs de théologie — ont signé ce document. Vingt ans plus tard, nous devons retrouver notre prévoyance et nous rappeler ces puissants avertissements des leaders scientifiques et religieux. Ils sont encore plus pertinents aujourd'hui.

7 juillet 2010

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