Photo: La vision passéiste des anti-environnementalistes

L'usage de l'énergie solaire est une nouvelle façon de penser à notre relation avec la nature (Crédit: J. N. Stuart via Flickr).

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les environnementalistes n'auront de cesse avant que nous finissions dans des cavernes en train de ronger des racines. En tout cas, c'est ce qu'on nous répète encore et encore. Les gens qui avancent ce genre de propos aimeraient bien nous faire croire que ceux qui se préoccupent de la Terre et de son avenir sont des néo-primates qui rejettent la vie moderne.

Bien sûr, beaucoup de gens avant nous ont bâti des sociétés complexes sur plusieurs centaines ou milliers d'années d'évolution culturelle, et beaucoup de gens ont développé une conception beaucoup plus sophistiquée de l'effet de leur alimentation, de leur consommation d'énergie et de leurs autres besoins sur l'écosystème dont ils dépendaient.

Il y a peut-être quelques leçons à tirer de nos ancêtres sur la place que nous occupons sur cette planète. Beaucoup de gens semblent avoir oublié, par exemple, que nous faisons partie de la nature, nous ne sommes ni supérieurs ni même extérieurs à elle. Le fait de valoriser ces aspects des sociétés traditionnelles ne représente pas un désir rétrograde de retourner à un mode de vie « primitif »; il s'agit plutôt de reconnaître les facettes d'un mode de vie plus rationnel.

La plupart des écologistes que je connais se tournent vers l'avenir — un avenir dans lequel des technologies modernes et propres nous aideront à nous tirer du mauvais pas environnemental dans lequel nous nous trouvons. Ils croient que les innovations dans les domaines de l'énergie solaire, éolienne et marémotrice, de même qu'une conception avant-gardiste de concevoir notre relation à la nature, nous mèneront sur une voie plus juste et plus saine.

Nos premières avancées étaient basées sur la combustion de bois ou de fumier comme source d'énergie. Aujourd'hui encore, nous exploitons ce vieux truc qui remonte au paléolithique qui consiste à faire brûler des matières organiques soit des combustibles fossiles. N'est-il pas plus que temps de passer à autre chose? Nous sommes beaucoup trop nombreux — et l'impact de nos actions est beaucoup trop grand (lien en anglais seulement) — pour se comporter comme des hommes des cavernes. À mon avis, ceux qui nous critiquent, les anti-écologistes, sont ceux qui méprisent l'avenir pour mieux continuer à brûler des combustibles.

L'histoire humaine est parsemée de changements, de nouvelles idées et de nouvelles technologies qui répondent aux défis de l'attribution des ressources aux populations croissantes. À titre d'écologistes, nous embrassons le changement pour le mieux. Mais nos détracteurs veulent qu'on s'enlise dans une ère sans avenir. Ils rejettent le progrès en militant pour la conservation de nos modes de vie destructeurs caractérisés par des technologies et des sources d'énergie dépassées.

Ils rejettent les études de près de 98 % des scientifiques climatologues du monde et de nombreux instituts scientifiques qui ont démontré que les humains ont contribué au réchauffement climatique rapide menaçant notre existence sur cette planète. La plupart des gens qui rejettent les preuves scientifiques d'importance le font par intérêt personnel. Les lucratives industries liées aux combustibles fossiles (lien en anglais seulement) et leurs lobbys ont investi beaucoup de temps et d'argent dans des campagnes pour retarder le progrès en semant la peur et le doute.

Ces tactiques ont porté fruits. Beaucoup de gens ont peur du changement, et il est souvent plus facile de s'en tenir au statu quo — même si on sait que ça ne marche pas — que d'adopter de nouvelles idées. Mais au-delà des prédictions scientifiques, il devient de plus en plus difficile de nier les impacts toujours plus évidents des changements climatiques. Les dommages environnementaux causés par celui-ci emportent la vie de 300 000 personnes par année, avec un impact économique annuel de 125 milliards $.

Pour nous, nos enfants et nos petits-enfants, un monde meilleur est possible. Nous sommes de plus en plus témoins des dommages causés par les changements climatiques, mais nous voyons aussi de plus en plus d'idées pour résoudre le problème. Les scientifiques, les économistes, les environnementalistes, les gens d'affaires et les citoyens sont de plus en plus nombreux à proposer et implanter des solutions. Leur travail donne non seulement de l'espoir face aux effets catastrophiques des changements climatiques, il donne également de l'espoir aux économies en difficulté en introduisant de nouvelles technologies pour remplacer les emplois et les technologies qui deviennent obsolètes avec la rareté grandissante des combustibles fossiles polluants. Mais plus nous retardons l'adoption de ces solutions, plus la situation s'envenime.

Nous pouvons continuer à brûler des combustibles jusqu'à ce qu'il n'en reste plus, et nous pouvons continuer à permettre les partisans des combustibles fossiles à polluer l'atmosphère sans pénalité, mais où cela nous mènera-t-il? Dans des cavernes à ronger des racines?

19 août 2010