Photo: Le retour du saumon sockeye...mais pour combien de temps?

Le fleuve Fraser a près de 40 populations distinctes de saumon sockeye. (Crédit : USFWS Pacific via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Depuis la nuit des temps, le saumon fait partie intégrante de la vie et de la culture des peuples de la côte ouest du Canada. Élément essentiel des écosystèmes côtiers, il nourrit entre autres les ours, les aigles et les insectes, et contribue à l'épanouissement des forêts humides de la côte en transférant l'azote et d'autres nutriments vers le tapis forestier où les ours et les oiseaux s'en repaissent.

Depuis la nuit des temps, le saumon fait partie intégrante de la vie et de la culture des peuples de la côte ouest du Canada. Élément essentiel des écosystèmes côtiers, il nourrit entre autres les ours, les aigles et les insectes, et contribue à l'épanouissement des forêts humides de la côte en transférant l'azote et d'autres nutriments vers le tapis forestier où les ours et les oiseaux s'en repaissent.

Cette année, nous constatons le retour inattendu — certains diraient même « miraculeux » — du saumon sockeye dans le fleuve Fraser où quelque 30 millions de poissons doivent remonter la rivière pour frayer (lien en anglais uniquement), c'est presque trois fois le chiffre estimé à l'origine. L'année dernière, seulement 1,5 million de sockeyes sont retournés, soit beaucoup moins que les 10 millions qu'on attendait.

Bien que le fleuve qui rougeoie de saumons à nouveau soit une excellente nouvelle, nous ne pouvons prendre cela comme le signal d'un renversement des déclins de populations de saumons dans le Fraser qui ont eu lieu au cours de 20 dernières années. Pour commencer, notre compréhension de ce magnifique poisson et de son cycle de vie est limitée. Nous ne savons tout simplement pas ce qui arrive aux sockeyes durant les deux années qu'ils passent dans l'océan.

De plus, nous devons nous rappeler qu'une année de bonne migration ne veut pas nécessairement dire que les années subséquentes seront aussi bonnes. Nous sommes présentement dans une année de cycle «dominant». Après l'éclosion, le sockeye du Fraser passe deux années dans les lacs et les rivières avant de se diriger vers la mer où il passera un autre deux ans avant de retourner à son lieu de frai. Les poissons qui sont revenus cette année sont les descendants de ceux qui ont migré et ont frayé en 2006. Le cycle actuel est l'un des plus gros, ou des plus dominants, depuis le début du vingtième siècle. En 2006, quelque 13 millions de saumons sockeye du fleuve Fraser ont migré.

Le fleuve Fraser abrite près de 40 populations distinctes de sockeyes. Parmi celles-ci, le sockeye du lac Cultus n'est pas au plus fort de sa forme. La conservation de toutes ces populations pour une plus grande diversité biologique est l'un des meilleurs moyens d'assurer l'abondance globale du sockeye du fleuve Fraser. Même si les bancs de cette année semblent populeux, ils sont beaucoup moins nombreux que dans le passé. Avant que la pêche commerciale ne débute sur le fleuve Fraser, on estime que certaines années près de 100 millions de poissons remontaient le cours d'eau.

Ce n'est qu'à la fin de l'automne que nous saurons si un nombre important de sockeyes ont réussi à frayer et si les populations en danger ont migré en plus grand nombre que les années précédentes.

Certaines personnes ont avancé que les saumons sont revenus en trop grand nombre et qu'on doit permettre aux pêcheurs commerciaux d'en attraper davantage (lien en anglais uniquement) pour assurer l'avenir des prochaines migrations. Mais toutes les études scientifiques montrent qu'avec un grand retour de poissons pour la saison du frai, le cycle suivant est plus abondant.

Les saumons ne sont jamais «gaspillés». Même ceux qui ne fraient pas servent de nourriture aux insectes qui, à leur tour, servent de nourriture aux saumons qui éclosent dans les lieux de frai, ce qui contribue à la santé des générations subséquentes. De plus, ils servent d'aliment et de nutriments pour les ours, les aigles et les forêts.

Et c'est sans compter que les plans de pêche de 2010 permettent de très hauts taux de prise, même pour des populations en danger. Le plan 2010 permet de pêcher jusqu'à 30% des stocks de Cultus, l'espèce en voie d'extinction, et ce, même si les scientifiques recommandent que leur pêche ne devrait pas dépasser 12%. La viabilité à long terme du saumon du fleuve Fraser est menacée par plusieurs facteurs dont la destruction de son habitat, des eaux plus chaudes à cause des changements climatiques et les maladies émanant des fermes de saumon.

Après la migration désastreuse de l'année dernière et les baisses importantes des 20 dernières années, nous devons considérer le retour des sockeyes de cette année comme un signe d'espoir; ces poissons sont des créatures importantes, magnifiques et très résilientes. Mais nous ne pourrons pas les sauver avec des fausses conjectures ou en faisant de la surpêche. Nous devons tout faire pour réduire les éléments qui menacent la survie du saumon sockeye.

Alors, réjouissons-nous de ce beau cadeau qu'est la migration de cette année, mais n'oublions surtout pas qu'il s'agit d'un cadeau qu'on ne peut pas tenir pour acquis.

9 septembre 2010