Photo: Des villes plus habitables pourraient sauver la planète

Pédaler est le mode de transport connaissant l'expansion la plus rapide à Vancouver, en partie grâce à une décision municipale de développer les pistes cyclables, particulièrement au centre-ville. (Crédit : markjms via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Le monde compte 6,9 milliards de personnes, et la majorité vit dans des villes. Les citadins consomment environ trois quarts de l'énergie de la planète et génèrent la plupart des gaz à effets de serre à l'origine du changement climatique.

Si nous voulons réellement résoudre les problèmes graves que sont la pollution, le changement climatique, la santé humaine et la consommation énergétique, nous devons pour tourner vers les villes pour trouver des solutions. La population mondiale ne cesse de croître, et un retour à la vie rurale est improbable. Alors, que faire?

Le progrès que je vois dans ma ville natale, Vancouver, me donne espoir, mais même ici, il nous reste beaucoup de chemin à faire. Le premier geste que devraient faire les citadins est de laisser de côté leur véhicule. Mais les gouvernements doivent collaborer en améliorant l'aménagement des espaces urbains et en investissant dans le transport public, ainsi que dans les réseaux pédestres et cyclables.

Pédaler est le mode de transport connaissant l'expansion la plus rapide à Vancouver (lien en anglais uniquement), en partie grâce à une décision municipale de développer les pistes cyclables, particulièrement au centre-ville.

La marche connaît aussi un regain de popularité (lien en anglais uniquement): une augmentation des 44 des trajets à pied a été observée depuis 1994. La croissance du nombre d'usagers du transport en commun est aussi plus rapide que dans d'autres centres urbains au Canada : de plus 20 depuis la dernière décennie, et ce, malgré un apport gouvernemental insuffisant qui entrave son potentiel.

Aménager les villes en fonction des humains plutôt qu'en fonction des voitures ne suffit pourtant pas pour les rendre plus durables. Fournir des mesures d'encouragement pour rénover d'anciens immeubles ou en concevoir de nouveaux qui seraient plus éco-énergétiques, encourager la tenue d'activités économiques non polluantes et aménager de nouveaux parcs et espaces verts sont tous des éléments qui contribueront à rendre les villes plus habitables et moins polluantes.

Mais il reste que se tenir loin des voitures est essentiel. Dans son ouvrage « Seven Rules for Sustainable Communities: Design Strategies for the Post Carbon World » (lien en anglais uniquement), Patrick Condon, professeur à l'Université de la Colombie-Britannique, indique qu'environ trente pour cent de la production mondiale de carbone provient des États-Unis et du Canada, où seul six pour cent de la population mondiale habite. De cette quantité, environ un quart est issu directement du transport et le reste, des voitures à passager unique.

En plus de causer des dommages à l'environnement, les voitures peuvent être mortelles. Même si les taux d'accident sont en baisse, en partie grâce aux innovations technologiques et à la réglementation vis-à-vis de la vitesse et de l'utilisation de la ceinture, les voitures restent une cause importante de décès pour les Canadiens, particulièrement chez les jeunes. Selon Statistiques Canada, 32 pour cent des 44 192 décès accidentels au Canada survenus entre 2000 et 2004 étaient issus d'accidents de la route, et 70 pour cent des victimes étaient âgées entre 15 et 24 ans.

Cela ne devrait pourtant pas être si difficile de transformer les villes. À Bogota, en Colombie, Enrique Peñalosa (lien en anglais uniquement) a fait bien des vagues alors qu'il était maire, de 1998 à 2001. En augmentant les taxes et en restreignant l'usage de la voiture aux heures de pointe, en aménageant plus de parcs et de pistes cyclables et en améliorant le transport public, il a contribué à rendre cette ville auparavant surpeuplée et polluée bien plus habitable.

Parmi les plus gros défis liés à la transformation des villes : la croyance bien ancrée chez de nombreux Nord-Américains selon laquelle les voitures sont absolument vitales et la difficulté à leur faire voir les avantages d'un système de transport équilibré. Par exemple, on a été témoins de réactions violentes contre quelques pistes cyclables à Vancouver, même si ces dernières n'ont pas changé grand-chose à la circulation ou aux affaires des commerçants.

Vancouver a réussi à éviter la plupart des problèmes observés dans d'autres villes grâce à une décision prise à la fin des années 60 (appuyée par des militants) de ne pas développer le réseau d'autoroutes en ville et de se concentrer plutôt sur un réseau de transport équilibré où la marche, le vélo, et le transport en commun seraient des options viables. Statistiques Canada rapporte que Vancouver (lien en anglais uniquement) est la seule ville canadienne où le temps de transport journalier a connu une diminution entre 1992 et 2005. Les villes qui ont concentré leurs efforts sur les routes ont vu, elles, apparaître plus de trafic et d'embouteillages. Également, les émissions causées par le transport à Vancouver, qui étaient en hausse à un certain moment, ont été stoppées.

Malheureusement, la région métropolitaine de Vancouver risque de répéter les erreurs des autres villes; en effet, une pression pour agrandir le réseau d'autoroutes se fait de plus en plus sentir à l'échelle de la province. Nous devons faire montre de plus de prévoyance.

Le professeur Condon résume bien les possibilités qui s'offrent à nous : en modifiant notre façon de construire et d'améliorer nos villes, nous pouvons empêcher les pires scénarios de se produire et ainsi créer les conditions favorables pour donner une qualité de vie à nos enfants et petits-enfants. Non, il n'est pas exagérer de dire que nous pouvons bel et bien sauver leur vie.

20 octobre 2010