Le Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d'ozone a empêché la couche stratosphérique d'atteindre des niveaux encore plus élevés de destruction. (Crédit : Michel Filion via Flickr)
Le leadership international, lorsqu'il se fonde sur des faits scientifiques, peut donner d'excellents résultats. À preuve, nous n'avons qu'à regarder « très haut, très très haut », comme s'amusait à dire un de mes collègues de Radio-Canada. En effet, la couche d'ozone n'est plus en train de rétrécir.
Dès les années 1970, les scientifiques ont observé une relation entre notre utilisation des chlorofluorocarbones, les CFC, et une diminution de la couche d'ozone située dans la stratosphère. Très loin au-dessus de la Terre, la lumière ultraviolette détache le chlore des molécules de CFC; le chlore est un grand destructeur de l'ozone. Cet ozone stratosphérique absorbe les radiations ultraviolettes et nous protège ainsi des rayons du soleil, un peu à la manière de lunettes de soleil géantes.
Les CFC étaient jadis utilisés dans la fabrication de produits comme les bombes à aérosol ou les réfrigérateurs. À mesure que ces produits chimiques étaient dégagés dans l'air, la couche d'ozone a rétréci, créant ainsi une forte hausse potentielle de cancers de la peau et la destruction du phytoplancton, qui est à la source de la vie.
Protocole de Montréal
En septembre 1987, les leaders mondiaux ont signé le Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d'ozone (lien en anglais seulement). Aujourd'hui, un rapport rédigé et révisé par 300 experts à travers le monde (lien en anglais seulement) statue que l'élimination progressive des substances affectant la couche d'ozone «a empêché la couche stratosphérique d'atteindre des niveaux encore plus élevés de destruction.»
Il ne s'agit pas d'un revirement complet, mais ce sont de bonnes nouvelles. Les scientifiques ont conclu que l'ensemble de la couche d'ozone et l'ozone dans les régions de l'Arctique et de l'Antarctique ne vont plus en diminuant, mais ils ne vont pas en s'accroissant non plus. Ils prévoient également que «la couche d'ozone à l'extérieur des régions polaires retournera à ses niveaux d'avant 1980 avant 2050.»
Le directeur général du programme Environnement des Nations Unies, Achim Steiner, a déclaré que sans l'entente, les niveaux atmosphériques de substances appauvrissant l'ozone auraient pu décupler, ce qui aurait provoqué «jusqu'à 20 millions de cas de cancer de la peau supplémentaires et 130 millions de cataractes oculaires, sans compter les dommages causés au système immunitaire, à la faune et à l'agriculture.»
Il est intéressant de noter que les scientifiques et les leaders de gouvernement qui ont travaillé à nous protéger de la diminution de l'ozone ont dû faire face aux mêmes pressions que ceux qui travaillent actuellement à nous protéger des changements climatiques. Les fabricants de CFC avaient déclaré que les rapports scientifiques sur les dangers des CFC étaient de la «foutaise» et que l'élimination des CFC coûterait des milliards de dollars et détruirait l'industrie.
Comme l'explique Naomi Oreskes dans son excellent ouvrage Merchants of Doubt, plusieurs «experts» reviennent systématiquement dans les campagnes engagées par les industries contre la preuve scientifique sur les impacts du tabac, des CFC, des pluies acides et des changements climatiques.
Si nous arrivons à bien gérer le problème de l'ozone, malgré les attaques de l'industrie, pourquoi est-ce si difficile de résoudre une des plus grandes menaces pour notre planète, les changements climatiques? L'un des scientifiques ayant remporté le prix Nobel de chimie en 1995 pour ses travaux sur la couche d'ozone possède une idée sur la chose. Selon Sherwood Rowland, «le débat sur le type d'agent propulseur à utiliser était plutôt trivial pour la société. Il était possible de remplacer les CFC pour continuer à utiliser la technologie. C'est très différent que d'avoir les combustibles fossiles comme principale source d'énergie partout dans le monde.»
En d'autres mots, l'enjeu est beaucoup plus grand — et pour l'industrie et pour la société. Dans plusieurs cas, les CFC pouvaient être remplacés par quelque chose d'aussi simple et non polluant que de l'air comprimé. Et malgré les déclarations des fabricants de produits chimiques, l'élimination progressive des CFC n'a pas mis l'industrie en faillite, car ces produits ne constituaient qu'une infime partie de ce que produisaient ces entreprises.
Bien que des entreprises énergétiques travaillent à mettre au point des technologies propres, leurs immenses profits proviennent principalement de l'exploitation des combustibles fossiles aux réserves décroissantes. Il va sans dire que pas mal tout le monde sur la planète dépend de ces combustibles à plus ou moins grande échelle. La bonne nouvelle c'est qu'au cours des deux dernières années, les investissements mondiaux dans la production d'électricité renouvelable ont été plus grands que les investissements pour l'électricité à base d'énergie fossile.
La solution existe, mais cela exigera beaucoup d'efforts et de volonté politique pour y accéder. Si on fait les choses correctement, les avantages pour la santé humaine et l'économie sont énormes. Toutefois, ne vous attendez pas à voir l'industrie la plus rentable de l'histoire de l'univers embarquer dans le projet dans un proche avenir.
Il revient à nous tous de demander à ce que les choses changent. Le Protocole de Montréal a fait la preuve que des améliorations sont possibles, mais nous devons écouter notre raison plutôt que les prétentions de ceux qui favorisent les profits avant les gens.



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