Les petites sardines: mangez-en tout plein! | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les petites sardines: mangez-en tout plein!

Les sardines sont une espèce rare : un aliment que l'on peut consommer «à la tonne» sans se sentir coupable. (Crédit : James Kilfiger via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Lorsque la fille de six ans de l'analyste de pêcheries durables de la Fondation David Suzuki Scott Wallace est rentrée d'une fête d'anniversaire, toute excitée des cartes de hockey qu'elle avait reçues dans son sac à surprises, son père lui a demandé de quels joueurs il s'agissait. Ce à quoi elle a répondu «les jumeaux sardines, des Canucks de Vancouver».

La plupart des Canadiens sont conscients de la valeur des jumeaux Sedin (et non «sardines») pour les Canucks, mais peu d'entre eux sont au courant des vertus alimentaires de la sardine et d'autres petits poissons.

Le mois dernier, l'éminent chercheur du Centre des pêches de l'Université de la Colombie-Britannique, Daniel Pauly (lien en anglais uniquement), a publié avec ses confrères une étude dans le magazine National Geographic (lien en anglais uniquement) sur l'empreinte écologique des fruits de mer à l'échelle mondiale, après avoir mesuré toute la matière végétale requise pour alimenter la production de fruits de mer. Il a découvert que plus le fruit de mer occupe une place élevée dans la chaîne alimentaire, plus d'énergie photosynthétique est requise pour sa production. Son empreinte écologique est donc plus importante.

Par exemple, selon le docteur Pauly, manger une livre de thon représenterait environ cent fois l'empreinte écologique associée à une livre de sardines.

Tant que les récoltes font l'objet d'un contrôle strict pour s'assurer que seule une petite portion de la masse totale des organismes vivants soit utilisée, consommer des espèces qui sont situés plus bas dans la chaîne alimentaire requiert moins d'énergie de l'écosystème mondial et est ainsi plus durable.

Les espèces comme la sardine, l'anchois, le hareng, le maquereau sont classés dans la famille des petits poissons pélagiques et constituent à eux seuls 37 pour cent de tous les poisons pêchés dans l'océan. Les données varient, mais il semble que 10 à 25 pour cent seulement des petits poissons pélagiques pêchés dans le monde ne soient consommés directement par les humains. Les 75 à 90 pour cent restants sont broyés puis utilisés pour nourrir d'autres poisons, les cochons, le bétail, le saumon d'élevage et le poulet, ou encore comme appât pour attraper de plus gros poissons. Et voilà une perte de protéines parfaitement comestibles.

En plus d'être une source alimentaire durable (visiter SeaChoice.org — site en anglais uniquement), les petits poissons sont abordables et leur pêche requiert peu de combustibles fossiles. Ils font pour ainsi dire partie des aliments les plus sains qu'une personne puisse manger.

Santé Canada recommande aux femmes enceintes de manger des sardines et d'autres produits de la mer semblables en raison de leur haute teneur en acide gras oméga-3, en vitamines, en calcium et en protéines.

Ces poissons se tiennent en bancs serrés, et leur capture demande certains efforts : dragage, et installations de lignes; leur empreinte carbone est donc faible. Selon certaines études, les petits poissons pélagiques (lien en anglais uniquement) pourraient former le système protéique le plus efficace au monde en matière d'énergie utilisée pour les capturer.

En 2009, les pêcheurs de sardines étaient payés environ trois cents par poisson. Je pourrais aller moi-même à Port Hardy pendant la saison de la sardine et en acheter un camion plein pour le prix moyen d'un billet pour assister à un match des Canucks, soit 150 $. La même quantité de flétan me coûterait 15 000 $, soit cent fois plus.

Même si ces types de poissons sont goûteux, durables et abordables, leur consommation par individu en Amérique du Nord est en chute libre depuis 1985, et la dernière usine de mise en conserve de sardine et de hareng aux États-Unis a fermé ses portes l'an dernier.

Au Royaume-Uni et en Europe, la tendance est complètement à l'opposé. En effet, ces types de poisson y connaissent un solide regain de popularité. Au Royaume-Uni seulement, la demande pour la sardine de Cornouailles est passée de sept tonnes par année à 1 800 tonnes en moins de seize ans, une augmentation que l'on attribue au désir des consommateurs de manger des aliments locaux, nutritifs et durables.

Les sardines constituent le deuxième groupe de poissons les plus pêchés dans les eaux canadiennes du Pacifique. Mais environ la moitié de la pêche en Colombie-Britannique est vendue comme appât pour la pêche de thon en haute mer, ironiquement une production hautement durable. Pas même une fraction d'un pour cent de ces poissons est consommée par les Canadiens. Sur la côte Atlantique, seule une petite proportion du hareng pêché est mangée par des humains. Le reste sert d'appât pour la pêche au homard.

Les sardines sont une espèce rare : un aliment que l'on peut consommer «à la tonne» sans se sentir coupable. Chaque portion consommée est un poisson de moins utilisé comme appât ou pour nourrir un cochon, un poulet, une vache ou un saumon d'élevage. Compte tenu de la valeur nutritionnelle des sardines et d'autres petits poissons, je ne serais pas surpris qu'ils aient quelque chose à voir avec la réussite des frères Sedin. Après tout, ces derniers sont originaires de la Suède, pays où les petits poissons ont toujours occupé une place de choix dans l'assiette des habitants.

13 octobre 2010