(Crédit : finbar_mad via Flickr)
Le 16 novembre dernier, dans un vote surprise, les sénateurs canadiens ont éliminé le projet de loi C-311 , la loi sur la responsabilité en matière de changements climatiques. La façon dont le vote s'est déroulé constitue une insulte aux Canadiens et à la démocratie. Il s'agit aussi d'une preuve supplémentaire que le Canada se rendra aux négociations sur les changements climatiques de l'ONU, qui se déroulera à Cancun, au Mexique, le 29 novembre, en n'y apportant que des paroles creuses et un manque de volonté de gérer ce que les scientifiques les plus influents qualifient de plus grande crise à laquelle font face le Canada et le monde.
Bien que la loi ait été soumise au Sénat 193 jours auparavant, après être passée à la Chambre des Communes, le vote s'est déroulé sans préavis et sans débat, et au moment où au moins 15 sénateurs libéraux et plusieurs autres indépendants étaient absents. Ce projet de loi, qui aurait positionné notre pays comme leader, a été tué par seulement 11 votes (43 contre 32).
Le premier ministre Stephen Harper a déjà assuré qu'il ne permettrait pas aux sénateurs — qui ne sont pas élus — d'aller contre la volonté de la majorité des députés et du peuple du Canada. Mais avec ce vote dans un Sénat composé de ses propres nominations, c'est exactement ce qu'il a fait.
La Loi aurait engagé le Canada à réduire de 80 ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050 et de 25 d'ici à 2020. Nombre de scientifiques du monde entier s'entendent pour dire que ces taux de réduction sont le moins qu'on puisse faire pour éviter des changements climatiques dévastateurs.
Toutefois, dans une décision sans précédent qui porte préjudice à nos traditions démocratiques et à la responsabilité gouvernementale, les sénateurs conservateurs ont éliminé ce projet de loi somme toute modeste. Rendu à l'âge de 75 ans, cela me fait mal au cœur de voir des gens de mon âge prendre des décisions aussi inconsidérées et qui affecteront la vie des jeunes et des générations à venir alors que la plupart des sénateurs ne seront plus là pour faire face aux conséquences les plus graves.
En 2006, à l'époque où ce gouvernement a été élu, le premier ministre Harper a déclaré au Canadiens que « le rétablissement de la responsabilité sera l'une des grandes priorités de notre nouveau gouvernement. La responsabilité, c'est ce que les Canadiens ordinaires, les travailleurs canadiens, ceux qui paient leurs factures, attendent de leurs leaders politiques ».
Apparemment, tout cela n'était que des paroles en l'air, et particulièrement sur la question du changement climatique. Notre gouvernement n'a pas respecté ses obligations en vertu du protocole de Kyoto, une entente internationale sur le changement climatique que le Canada et 186 autres pays avaient ratifiée. Il n'a mis en place aucune politique substantielle afin de limiter la production de gaz à effet de serre et d'aider le Canada à embarquer dans la vague d'une économie basée sur une énergie propre, même si le Canada est probablement plus vulnérable aux effets du changement climatique que tout autre pays industrialisé.
Le gouvernement prétend que le coût associé à la réduction des émissions engendrerait des conséquences catastrophiques pour l'économie, mais il continue pourtant de subventionner et d'appuyer l'industrie polluante des combustibles fossiles, plus particulièrement les sables bitumineux, qui sont si dommageables pour l'environnement. Le Canada s'est même mérité une réputation peu enviable pour avoir entravé l'évolution des négociations internationales sur le changement climatique.
L'allégation du premier ministre Harper selon laquelle la loi aurait provoqué une « perte d'emploi pour des de centaines de milliers, voire des millions de personnes » est tout simplement fausse. En Californie, les électeurs ont fait front aux initiatives d'entreprises pétrolières extérieures lors de l'élection du 2 novembre visant à faire renverser son projet de loi sur le réchauffement de la planète. Depuis la passation de la loi en 2006, la Californie voit de plus en plus d'investissements dans les jeunes entreprises d'énergie de remplacement; le marché de l'emploi dans le secteur de l'énergie propre a d'ailleurs explosé. Aussi, l'année dernière seulement, ces investissements ont triplé, atteignant les 2,9 milliards de dollars, selon le Los Angeles Times.
Selon Reuters (lien en anglais uniquement), «le marché mondial de l'énergie faible en carbone devrait tripler d'ici à une décennie, et des analystes prédisent que les gros joueurs comme le Japon, les États-Unis et la Chine se bousculeront pour s'approprier une part du marché, qui pourrait valoir 2,2 billions d'ici à 2020».
Des économistes, dont l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale Nicholas Stern, ont pour leur part décrété que si la tentative de réduire les émissions de gaz à effet échouait, il en résulterait des conséquences désastreuses pour l'économie.
Les Canadiens ont été témoins de bien plus de leadership de la part des gouvernements municipaux et provinciaux en matière de questions environnementales liées au changement climatique. L'Ontario supprime progressivement l'utilisation du charbon à des fins énergétiques et a mis en place des mesures incitatives en vue d'attirer les technologies à énergie propre. Vancouver va aussi de l'avant avec d'ambitieux programmes verts et la Colombie-Britannique a instauré une taxe carbone qui augmente au fil des ans.
En tant que Canadiens, nous nous attendons à plus de la part de nos dirigeants. La moindre des choses est qu'ils se rappellent que nous vivons toujours dans une démocratie et que ses principes doivent être respectés.



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