Par David Suzuki avec Faisal Moola

Nous venons de clore la première décennie du 21e siècle et je crois qu'il est approprié de revenir sur un chapitre traitant du nouveau millénaire dans mon livre L'Équilibre sacré (The Sacred Balance, Greystone Books/DSF, 1997). Ce qui suit est tiré du dernier chapitre.

L'humanité est une espèce naissante qui a récemment évolué du terreau de la vie. Et quelle magnifique espèce constituons-nous; nous pouvons jeter un regard autour de nous et nous sentir émerveillés par la beauté d'une vallée boisée ou d'une montagne arctique aux pics glacés. Nous nous extasions devant le ciel constellé d'étoiles et nous nous sentons humbles lorsque nous pénétrons un lieu sacré.

La beauté, le mystère et l'émerveillement perçus et exprimés par nos cerveaux rendent la planète encore plus spéciale.

Toutefois, notre exubérance éhontée relative à notre inventivité et productivité sans bornes au cours du dernier siècle nous a quelque peu égarés. Si nous voulons rééquilibrer et diriger notre immense pouvoir technologique, nous devons retrouver certaines vertus anciennes : l'humilité de reconnaître à quel point nous avons encore beaucoup à apprendre, le respect nous permettant de protéger et restaurer la nature, et l'amour qui nous permet de voir au loin, beaucoup plus loin que la prochaine élection, le prochain chèque de paie ou le prochain dividende. Avant toute chose, nous devons reprendre espoir en nous-mêmes en tant que créature de la Terre vivant en harmonie avec les autres formes de vie.

Ce serait toute une preuve de maturité pour notre espèce si nous arrivions à admettre les limites de la connaissance humaine et les conséquences désastreuses de nos technologies aussi brutes que puissantes. Ce serait là l'aube d'une nouvelle sagesse menant à considérer les écosystèmes délimités par la nature — les chaînes de montagnes, les lignes de partage des eaux, les fonds de vallée, les systèmes de lacs et de rivières, les marécages — plutôt que par des principes politiques ou économiques.

Les fluctuations d'organismes — poissons, oiseaux, mammifères, forêts — se faisant partout sur la surface de la Terre sont le reflet de rythmes territoriaux qui appellent notre respect. Les éléments ayant déclenché la vie sur cette planète et qui continuent de l'alimenter — l'air, l'eau, la terre, l'énergie, la biodiversité — sont sacrés et devraient être traités comme tels. Il n'y a pas de déshonneur à admettre notre ignorance ou notre incapacité à gérer ce qui est sauvage, à contrôler les forces de la nature ou à saisir les forces cosmiques qui façonnent nos vies. En reconnaissant et en acceptant ces limites avec humilité, nous faisons naître la sagesse et l'espoir qu'un jour nous retrouverons notre place dans l'ordre naturel des choses.

Lorsque nous reconnaissons notre dépendance aux mêmes facteurs biophysiques qui soutiennent toutes les autres formes de vie, penser que nous sommes responsables de «gérer» tout ça devient un terrible fardeau. Mais si nous regardons le monde à travers la lunette de la vie dans son intégralité, il se peut que nous voyions les origines de notre élan destructeur et que nous réalisions que nous ne sommes pas des « gestionnaires ». Il y a assez de sagesse pour que le réseau de créatures vivantes s'autogère et ait réussi à survivre pendant plus de 3,6 milliards d'années. Au lieu d'essayer de gérer le système de sauvegarde de la vie et d'y échouer, nous pouvons, chacun de nous, atténuer les effets que nous avons sur ce système.

Le premier problème est de savoir comment agir. Beaucoup de gens qui veulent contribuer à changer les choses sont de plus en plus déroutés par les messages souvent contradictoires des experts, de même que par les mantras répétés ad nauseam par les médias. Nous ne faisons plus confiance à notre bon sens inné ou à la sagesse de nos ancêtres.

Alors que nous nous trouvons à une période critique de l'histoire de la Terre, nous posons les mauvaises questions. Au lieu de nous demander «comment réduire le déficit?» ou «comment se tailler une niche dans l'économie globale?», nous devrions nous demander «à quoi sert vraiment l'économie?» et «quand en avons-nous assez?» Quelles sont les choses de la vie qui nous apportent joie et bonheur, paix d'esprit et satisfaction? Est-ce que la manne de biens fournis avec efficacité par notre économie de haute productivité nous apporte bonheur et satisfaction ou est-ce les relations entre les êtres humains et non humains qui sont à la base des choses importantes dans la vie? Est-ce que l'uniformité des aliments et des biens qui prolifèrent partout sur la planète est un substitut adéquat à notre soif de différence et de découverte? Il semble que nous ayons oublié les choses qui ont une réelle importance et nous devons établir le véritable fondement de nos besoins primaires afin de retrouver l'équilibre avec ce qui nous entoure.

6 janvier 2011

Ajoutez un commentaire


1 commentaire

02 décembre, 2011
18:53

L’équilibre sacré cela veut t-il dire équilibre entre spiritualité et matérialisme?

La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.