Photo: Donnez la santé à vos enfants... donnez l'exemple!

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Mon petit-fils le plus jeune n'a que 18 mois et il possède déjà un surnom : Gunny. Quelle joie de pouvoir échapper au monde complexe des adultes pour m'occuper de lui et seulement jouer. Récemment, j'ai eu à remuer mon compost durant une journée d'hiver typique de Vancouver — il pleuvait à boire debout. Alors, j'ai habillé Gunny chaudement de ses bottes, son chandail, ses gants et son imperméable, et nous sommes sortis.
Chaque pelletée de compost révélait de nombreux vers, et j'ai encouragé Gunny à choisir les plus gros pour ensuite nourrir sa tortue. Gunny ne s'est pas fait prier! Tout ce qui était coloré et qui bougeait a attiré son attention.

Retourner tout le compost de la boîte a pris beaucoup de temps, mais mon petit-fils continuait à jouer de la pelle pour trouver les vers de terre et jamais il n'a perdu intérêt.

Je n'ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête de mon petit-fils. Il découvre le monde entier sans le bénéfice de références sur lesquels se baser. Il n'y a pas si longtemps, son autre grand-père coupait du bois et alors qu'il empilait les bûches, voilà Gunny, à peine capable de marcher, qui s'échinait à transporter un bout de bois dans la même pile!

Du compost? Du bois? On est en droit de se demander ce que ces activités voudront dire pour un enfant qui grandira dans une grande ville, attaché à un écran d'ordinateur ou constamment en train de texter sur un cellulaire. Selon moi, ces activités auront tout à voir avec l'avenir de cet enfant. Voyez-vous, je suis aussi alarmé par la montée fulgurante de l'obésité chez les enfants que par la crise écologique. Les enfants apprennent en imitant le comportement des adultes.

Alors que ma fille Severn avait 12 ans, elle a prononcé un discours au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, appelant les adultes à penser davantage aux enfants et à l'état du monde qu'ils laisseraient. Ses mots ont eu un effet catalyseur et ont retenu l'attention médiatique. À un moment donné, un journaliste a avancé : « Oui, on ne s'est pas du tout soucié de l'environnement, mais vous les jeunes êtes différents; vous montrerez l'exemple ». C'était une tentative de la complimenter, je suppose, mais j'ai été surpris par sa réplique. « Ah, est-ce là l'excuse pour les adultes pour ne rien faire? D'ailleurs, vous êtes nos modèles. Nous imitons ce que vous faites, alors comment pouvez-vous vous attendre à ce qu'on soit différent de vous? »

J'ai été abasourdi par la profondeur de sa réponse. Elle avait tout à fait raison. Combien de parents fumeurs se font écouter lorsqu'ils disent à leurs enfants de ne pas fumer? « Fais ce que je dis, pas ce que je fais » n'est vraiment pas la voie à prendre pour influencer le comportement d'un enfant.

Revenons à la génération de mon petit-fils. Si ces jeunes enfants sont entourés de modèles d'adultes qui sont trop occupés pour prendre le temps de jouer, qui regardent la télévision ou jouent à des jeux pour passer le temps ensemble, comment vont-ils savoir que marcher, sauter et bouger sont nécessaire à un corps en santé? Nous avons évolué du monde naturel où tout ce que nous faisions impliquait notre force musculaire. L'utilisation de la force animale a constitué un progrès énorme, mais à l'échelle de l'évolution, c'est un phénomène extrêmement récent. Notre corps doit bouger constamment pour demeurer en santé.

L'exercice est un facteur déterminant dans la réduction de bon nombre de problèmes de santé majeurs, du diabète aux crises cardiaques en passant par l'Alzheimer, les problèmes cardiovasculaires et le cancer. Notre corps a évolué pour être actif. Mais depuis que nous faisons appel à l'énergie produite par le pétrole, abondant et peu coûteux, nous utilisons des machines pour tout faire à notre place.

L'exercice, tout comme la sensibilisation à l'environnement, ne devrait pas être une activité spéciale qui requiert des experts, des salles de gym et de l'équipement. Cela doit faire partie de notre mode de vie. Bouger, marcher, tout ce qui implique une dépense d'énergie, c'est de l'exercice. Le fait de prendre sa voiture pour faire deux coins de rue au lieu de marcher ou de rouler à bicyclette, ou encore d'utiliser l'ascenseur ou l'escalier mécanique au lieu des escaliers, cela prive notre corps d'une activité physique essentielle à notre santé. Je vais au gym, mais pas pour avoir l'air de M. Univers. (À mon âge, c'est vraiment peine perdue.) J'y vais pour être en santé. L'exercice est le meilleur des médicaments. Maintenant que les coûts de l'énergie sont en croissance, nous avons l'occasion de repenser la manière dont on mène notre vie. Nous devons inclure l'exercice comme une composante essentielle de notre santé.

Entre-temps, en tant que grand-papa aimant, je veux passer plus de temps à marcher et à jouer avec mes petits-enfants.

16 février 2011

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