Photo: Si on faisait la guerre aux voitures, qui gagnerait?

(Crédit : Spacing Magazine via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Nous, les humains, aimons nos guerres. Nous faisons la guerre aux drogues, la guerre au terrorisme, la guerre au crime, et maintenant, apparemment, la guerre aux voitures. Cette dernière « guerre » est entrée dans le vocabulaire politique à Vancouver, où le conseil municipal tente de diminuer la dépendance aux voitures particulières; à Toronto, où le maire propose un programme politique tout à fait contraire; et à Seattle, où les voies cyclables et l'augmentation du droit de stationnement sont attaquées. Au Royaume-Uni, il est question de guerre aux automobilistes.

Ce n'est pas vraiment une guerre, toutefois. Tout au plus, il s'agit d'un peu de rattrapage dans le but de créer de meilleurs espaces publics et de permettre des moyens de transport plus sensés dans nos villes dominées par l'automobile. Voyons certains champs de bataille — et les victimes.

À Vancouver, les opposants et les médias locaux ont prédit le « chaos » que causerait une voie cyclable sur le pont Burrard, qui relie le centre-ville à Vancouver Ouest. Comme le chaos a tardé à se manifester, les opposants, plutôt que de tirer des leçons de l'expérience, ont préféré prédire le même sort à d'autres voies cyclables de la ville, principalement au centre-ville. Malgré quelques embûches, le chaos tarde toujours à s'installer. Au même moment, le gouvernement provincial dépense 3 G$ pour un nouveau pont de 10 voies et des autoroutes élargies afin de permettre la libre circulation des voitures et des camions en ville.

À Seattle, en plus de quelques nouvelles voies cyclables et d'une faible augmentation du droit de stationnement au centre-ville, les politiciens envisagent de dépenser 7 G$ pour un nouveau pont et un nouveau tunnel pour la circulation des voitures et des camions.

Nulle part ailleurs le terme n'a été aussi omniprésent qu'à Toronto, où il est devenu un cri de ralliement avant et durant la dernière année électorale. De nombreuses manchettes dans des journaux sympathiques au milieu des affaires ont sonné l'alarme à propos de la guerre aux voitures de la ville, un quotidien la qualifiait même de « guerre cinglée aux voitures » (lien en anglais uniquement). Et tout ça, parce que le conseil municipal du jour dépensait de l'argent pour le transport en commun et les infrastructures pour le vélo et les piétons et, selon les opposants, pas assez pour « faciliter la circulation automobile en ville » (lien en anglais uniqement).

Rob Ford, qui a remporté les élections pour devenir maire de Toronto, a fait campagne sur l'idée de mettre fin à la guerre et, dans son premier discours au pouvoir, a annoncé : « Mesdames et messieurs, la guerre aux voitures prend fin aujourd'hui. » Il avait déjà déclaré une nouvelle guerre au tramway et promis d'éliminer certaines voies cyclables. Une partie du combat du maire Ford comprend mettre fin au plan du réseau de transport en commun de la ville (lien en anglais uniquement), même si la ville y a déjà injecté 137 M$ et s'est engagée pour un autre 1,3 G$ en contrats. Le plan, après sept années de gestation, faisait déjà l'objet d'engagements de financement des gouvernements provincial et fédéral.

S'il y a eu ou s'il y a une guerre aux voitures, ces dernières l'emportent. Les voitures — souvent avec un seul occupant — dominent toujours nos villes et nos chaussées, et elles sont toujours relativement peu coûteuses à utiliser. De plus, malgré la diminution minimale des espaces de stationnement dans des villes comme Vancouver, pour faire place à des infrastructures pour les vélos et les piétons, la majorité des villes nord-américaines consacrent toujours bien plus de territoire utile aux espaces de stationnement que nécessaire. Aux États-Unis, il y a huit espaces de stationnement pour chaque voiture (lien en anglais uniquement). Nous consacrons également une incroyable quantité de biens immobiliers à notre réseau routier en expansion constante, souvent au détriment des espaces publics.

En ce qui concerne les victimes, 32 des 44 192 décès accidentels au Canada entre 2000 et 2004 ont été causés par des accidents de la route ; 70 chez les 15 à 24 ans, selon Statistique Canada. Ajoutez à cela les nombreuses blessures causées par les accidents de la route — souvent lorsque les voitures entrent en collision avec des piétons et des cyclistes — et vous avez une bonne idée de qui tient le gros bout du bâton dans cette « guerre ». De plus, une bonne partie de la pollution nocive pour la santé et des émissions de gaz à effet de serre qui contribuent aux dangereux changements climatiques provient des voitures particulières.

Donc, s'il y a une guerre aux voitures, nous devrions conclure que les gens sont les grands perdants. Évidemment, il n'existe pas de guerre aux voitures. Le seul combat en ce qui concerne les voitures est une guerre de propagande, et, comme le souligne le journaliste George Monbiot (lien en anglais uniquement) du Guardian, c'est « au sujet des intérêts privés qui jouent la carte de l'intérêt public; au sujet de permettre aux gens d'aller au bout de leurs rêves sans égard au coût sociétaire ». Peut-être est-il vraiment temps de partir au combat contre les voitures.

24 février 2011

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