Photo: Les politiciens qui ne s'intéressent pas à la science ne devraient pas être au pouvoir

Les scientifiques se servent des photos historiques afin de surveiller les changements dans les glaciers au fil du temps (Crédit : glaciernps via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

C'est aux États-Unis que ma vie en tant que scientifique s'est vraiment épanouie. J'étais boursier dans une université du Massachusetts, en 1957, lorsque l'Union soviétique a procédé au lancement de son premier satellite, Spoutnik. Cet événement a aussi lancé la course à la conquête de l'espace entre l'U.R.S.S. et les États-Unis, et les Américains ont commencé à investir dans la science afin de se rattraper.

On m'a renouvelé ma bourse et j'ai poursuivi mes études supérieures à l'Université de Chicago. Pendant mon doctorat, je suis parti travailler comme assistant de recherche au Laboratoire national d'Oak Ridge, au Tennessee.

Même si les installations avaient été construites en 1942 dans le cadre d'un programme top secret de purification de l'uranium pour le Manhattan Project, sa mission est passée de la biologie de base, à mon arrivée, à un centre de centre de recherche de renommée mondiale et de collaboration internationale.

Les temps ont changé. J'aimerais pouvoir dire que nous avons évolué, d'un point de vue scientifique. Mais parfois, lorsque je lis les nouvelles et que j'écoute ce qu'annoncent les politiciens, particulièrement ceux au sud de la frontière, je reste estomaqué devant l'ignorance et l'antipathie envers la science.

Par exemple: je suis tombé sur un commentaire émis par le Gouverneur du Maine, Paul Lepage (lien en anglais seulement), sur le bisphénol A, ou BPA, utilisé principalement dans la fabrication de contenants et de jouets en plastique. Santé Canada a récemment déclar é le BPA produit chimique toxique, car il serait associé au cancer du sein, à des problèmes de développement chez l'enfant, aux maladies de la prostate et aux problèmes de fertilité.

En réponse aux appels demandant que son État restreigne l'utilisation de BPA, M. Lepage a répondu (lien en anglais seulement) : «Nous ne détenons aucune preuve scientifique qui pourrait corroborer qu'il y a un problème. La seule chose que j'ai entendue est que si vous prenez une bouteille en plastique et que vous la faites chauffer au micro-ondes, cela crée une substance chimique semblable à de l'œstrogène. Donc le pire qui puisse arriver est que des femmes se voient pousser une petite barbe au menton.»

Ce genre d'affirmation, d'une ignorance consternante, ne peut être acceptée de quiconque, et encore moins de la part d'un gouverneur d'État. Mais cela n'est que la pointe de l'iceberg. La science en prend un coup, aux États-Unis, et on commence à observer le même phénomène au Canada, même s'il ne connaît pas encore la même ampleur.

Les politiciens américains eux vont beaucoup plus loin dans leurs attaques contre les preuves scientifiques, aussi accablantes qu'elles soient, démontrant que l'activité humaine est en train de causer un changement climatique catastrophique. En dépit des innombrables études effectuées par les scientifiques du monde entier et du fait que 98 % des spécialistes du changement climatique s'entendent sur le rôle joué par les émissions de gaz à effet de serre dans l'augmentation de la température moyenne de la Terre, sans mentionner les faits criants comme la récurrence des conditions météorologiques extrêmes, de la hausse du niveau de la mer, de la fonte de la calotte glacière et des glaciers, certains politiciens américains persistent à balayer la science de côté et soutiennent que nous devons continuer comme si de rien n'était.

Le procureur général de la Virginie, Kenneth Cuccinelli, finance ses attaques envers les spécialistes du changement climatique (lien en anglais seulement) à même l'argent des contribuables et poursuit l'agence de protection de l'environnement pour avoir dit que le dioxyde de carbone et d'autres gaz responsables du réchauffement climatique mondial représentent une menace pour la santé humaine.

De nombreux Républicains, dont certains ont aussi rejeté la théorie de l'évolution et croient que la Terre a été créée il y a environ 6000 ans et que les humains étaient amis des dinosaures, le soutiennent dans ses idées.

Pendant ce temps, une cinquième enquête (lien en anglais seulement) sur le Climategate, celle-là menée par les Républicains en réponse à une requête d'un des leurs, le sénateur de l'Oklahoma James Inhofe, n'a encore trouvé aucune «preuve pour remettre en question l'éthique de nos scientifiques ou pour douter de leur bonne compréhension de la science du changement climatique.»

Au Canada, notre gouvernement a amputé son financement pour la recherche sur le climat, a rejeté ou même ignoré les études scientifiques démontrant les dommages environnementaux causés par les sables bitumineux, et a été accusé de «bâillonner» les scientifiques.

On peut se consoler avec un sondage révélant (lient en anglais seulement) que 80% des Canadiens croient en la science du changement climatique, comparativement à seulement 58% aux États-Unis.

La science n'est pas parfaite, et elle peut servir autant à des fins bénéfiques que destructrices. Mais elle reste le meilleur outil qui soit pour analyser et comprendre notre monde et les conséquences de nos actions sur l'environnement — dont nous faisons partie intégrante. Si nos dirigeants rejettent la science, nous sommes réellement dans le pétrin.

3 mars 2011

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