Quel héritage Gordon Campbell lèguera-t-il à la région de Peace? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Quel héritage Gordon Campbell lèguera-t-il à la région de Peace?

Un illustration artistique du méga-barrage proposé (Crédit: BC Hydro)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Une figure de longue date dans paysage politique canadien, Gordon Campbell, a récemment démissionné de son poste de chef du parti libéral de la Colombie-Britannique et de premier ministre provincial. Le long parcours de M. Campbell comme premier ministre aura été jalonné de contradictions en ce qui a trait à l'environnement.

Il a d'abord proposé un programme ambitieux pour lutter contre le changement climatique: objectifs obligatoires en matière de réductions des gaz à effet de serre, code du bâtiment plus éco-énergétique, et taxe carbone, la plus élevée en Amérique du Nord, pour laquelle il a obtenu l'appui massif de la part de nombreux scientifiques du climat, d'environnementalistes et d'économistes. Mettre un prix à la pollution au carbone, à l'origine du réchauffement de la planète, constitue l'outil le plus efficace qu'un gouvernement peut utiliser pour faire baisser rapidement les émissions de gaz à effet de serre.

En dépit du leadership dont la Colombie-Britannique a fait montre avec la taxe carbone, le gouvernement de M. Campbell a aussi versé plus d'un milliard en subventions aux entreprises pétrolières et gazières et a fortement appuyé les méga projets énergétiques, pourtant à l'encontre du besoin de la Colombie-Britannique de s'éloigner des formes d'énergie coûteuses et dommageables pour l'environnement et de se diriger vers de nouvelles énergies renouvelables à impact faible.

Le projet du méga-barrage du Site C (lien en anglais seulement) sur la rivière Peace est peut-être celui qui a suscité le plus de controverse parmi les projets de cette envergure. Durant ses derniers mois en tant que Premier ministre, M. Campbell a annoncé que le gouvernement allait aller de l'avant avec les procédures d'évaluation pour l'immense barrage hydroélectrique de 6,6 milliards de dollars, près de la ville de Fort St. John, au nord-est de la C.-B.

Ce barrage serait le 3e aménagement hydroélectrique majeur sur l'une des voies d'eau les plus pittoresques de la C.-B. La rivière Peace circule sur plus de 2000 kilomètres; elle prend sa source dans les montagnes Rocheuses à l'ouest, puis traverse l'Alberta au nord-est, pour ensuite rejoindre le bassin de l'Athabasca-Mackenzie et se déverser dans l'océan Arctique. Le barrage causerait l'inondation de la très fertile vallée de Peace.

La rivière Peace et ses écosystèmes associés sont essentiels à la survie d'une faune très variée, comprenant des populations menacées comme les ombles à tête plate, les ours grizzlys, les carcajous et d'innombrables espèces de plantes et d'animaux. En raison de ses sols fertiles, de son climat tempéré et de son accessibilité, les terres basses le long de ses berges et ses vallées doucement pentues ont permis à des familles agricoles de subvenir à leurs besoins pendant plus d'un siècle. Ces fermiers cultivent du fourrage, des céréales, des grains oléagineux, des jardins maraîchers et élèvent du bétail.

Le premier ministre Campbell a annoncé ses projets lors d'une conférence de presse concernant un autre projet de développement hydroélectrique, le barrage W.A.C Bennett, quelques kilomètres en amont de l'emplacement du barrage du Site C. Avec le barrage W.A.C. Bennett et ses immenses réservoirs en toile de fond, le premier ministre a soutenu que le projet du barrage du Site C procurerait une source d'énergie propre et renouvelable. Mais les Premières Nations et les autres habitants de la région dont les terres agricoles et fermes traditionnelles ont été inondées et les moyens d'existence anéantis par le barrage W.A.C Bennett dans les années soixante voient cette entreprise d'un tout autre œil. La possibilité qu'un autre barrage inondant les terres de la vallée de Peace River et détruisant fermes et forêts soit aménagé leur apparaît complètement inacceptable.

Le barrage du Site C, haut de 60 mètres, a été conçu pour produire 900 mégawatts par année, ce qui représente assez d'électricité pour alimenter 400 000 foyers. Même s'il générera de l'électricité avec une empreinte de gaz à effets de serre beaucoup plus faible que celle du charbon par exemple, le projet, d'après ses réfractaires, n'est pas nécessaire pour répondre aux besoins énergétiques de la C.-B. et engendrera des coûts écologiques et sociaux scandaleusement élevés (lien en anglais uniquement). On parle de destruction de milliers d'hectares de pâturages d'hiver pour animaux ongulés et d'importantes terres de chasse, de trappage et de pêche; la perte de précieuses terres agricoles; et la contamination possible des eaux et de la faune avec du mercure toxique.

En septembre dernier, des anciens, des jeunes et des représentants élus des Premières Nations, flanqués de fermiers et de propriétaires de ranches, ont parcouru les 1300 kilomètres séparant la vallée Peace de Victoria pour présenter au premier ministre une déclaration historique (lien en anglais uniquement) exprimant leur opposition au barrage. Le document a été signé par 23 Premières Nations à travers la C.-B., l'Alberta et les Territoires du Nord-Ouest.

La déclaration était enveloppée dans un étui traditionnel fait d'écorce de bouleau, à partir d'arbres poussant dans la zone qui serait inondée si le barrage voyait le jour. Ni le premier ministre Campbell ni aucun de ses représentants ne se sont présentés pour rencontrer la délégation et accepter la déclaration, mais cette dernière a toutefois été, un peu plus tard, présentée formellement à l'Assemblée législative par l'opposition, représentée par le NPD.

Le premier ministre Campbell quitte ses fonctions en laissant derrière lui un mouvement de protestation contre le barrage qu'il a défendu. Plusieurs résidents de la Colombie-Britannique sont d'avis que les coûts environnementaux associés aux projets hydroélectriques majeurs sont trop élevés et que le prochain Premier ministre de la C.-B. devra faire en sorte que notre énergie future soit basée sur des sources d'énergie renouvelable à plus faible impact (lien en anglais uniquement), comme les technologies solaires, éoliennes, géothermiques et autres.

10 mars 2011

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