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Certains des produits chimiques utilisés comme ingrédients dans les parfums ont été associés à des troubles de santé chroniques comme les problèmes de reproduction et le cancer (Crédit : Spigoo via Flickr)

Par David Suzuki avec la participation de Jode Roberts

Nous avons tous fait l'expérience d'une odeur qui nous transporte vers un moment ou un endroit en particulier. Certaines odeurs évoquent des souvenirs significatifs, comme gambader dans un pré fleuri étant enfant ou le parfum de la peau d'un être cher. Certaines odeurs provoquent différentes sensations, comme un mal de tête atroce.

Récemment, je suis passé à proximité du comptoir de produits de beauté d'un grand magasin. J'ai été étourdi par le mélange d'odeurs, qui m'a rappelé un vieil adage: suivez votre nez. Quoique la phrase se soit inscrite dans notre conscience publique par la bouche d'un toucan vantant les mérites de céréales sucrées pour le petit déjeuner, il y a du vrai dans cela. Votre odorat peut souvent détecter lorsque quelque chose ne va pas. Lorsque je traverse le puissant nuage de parfums, d'eaux de Cologne et de produits pour le corps parfumés, je suis pris d'étourdissement et je me mets à éternuer.

Au cours des siècles derniers, l'absence d'installations sanitaires de base et des régimes d'hygiène personnelle discutables pouvaient engendrer certaines rencontres poisseuses et malodorantes. Par conséquent, un peu d'huile de lavande ou un jet de votre parfum floral préféré aurait été fort apprécié par vos amis et parents.

De nos jours, la majorité des effluves n'émanent pas des prés et jardins du coin, mais plutôt des laboratoires lointains et des usines d'outremer. De plus, avec l'eau courante et les installations sanitaires dans nos maisons et nos lieux de travail, il ne devrait plus être difficile de tenir les odeurs personnelles en échec. Tout de même, en tant que société, nous continuons de dépenser des milliards de dollars pour asperger notre corps d'odeurs artificielles. L'industrie des produits de beauté a fait du bon boulot pour jeter un éclairage romantique sur ses produits. Ces entreprises ratent rarement une occasion de montrer, sur des annonces pleine page et des panneaux d'affichage de deux étages, leurs produits présentés par des mannequins vedettes légèrement vêtus pour rendre les odeurs synthétiques plus attirantes.

Quoique la traversée étourdissante des allées de produits de beauté me soit désagréable, je sais que pour bien des Canadiennes et Canadiens, l'aversion pour les produits chimiques qui entrent dans la composition des produits de soin du corps est beaucoup plus grave. Pour certaines personnes, l'exposition à ces odeurs et parfums peut provoquer des problèmes de santé aigus, allant de la désorientation aux difficultés respiratoires et aux crises d'asthme. De plus, certains des produits chimiques utilisés comme ingrédients dans les parfums ont été associés à des troubles de santé chroniques comme les problèmes de reproduction et le cancer.

Je suis heureux que le bureau où je travaille ait eu la prévoyance, il y a quelques années, de mettre en place une politique pour un milieu de travail sans parfum. Des groupes comme l'Association pulmonaire du Canada revendiquent depuis longtemps l'adoption de politiques de milieux de travail sans parfum pour éviter que les employés et les invités s'aspergent d'effluves artificielles avant d'aller au bureau. Ces politiques sont instaurées par courtoisie envers les collègues qui sont sensibles à de tels produits chimiques ou qui ne seraient tout simplement pas envoûtés par le parfum à la mode, même s'il porte le nom d'une vedette ou d'une marque en vogue.

Ce que vous ne trouverez pas sur les annonces et les panneaux d'affichage, voire dans la liste d'ingrédients de vos produits de soins personnels, c'est exactement quels produits chimiques entrent dans sa composition. Les fabricants n'ont pas l'obligation juridique de divulguer les ingrédients utilisés pour parfumer, ou parfois «déparfumer», leurs produits. Il s'agirait d'un secret commercial. Au lieu de cela, les termes généraux de «parfum» et de «fragrance» apparaissent dans la liste d'ingrédients.

Des groupes comme la Fondation David Suzuki exigent que le vide juridique entourant le parfum soit corrigé et que les consommateurs puissent connaître les ingrédients qui entrent dans la composition de leurs produits. L'ouvrage There's Lead in Your Lipstick (lien en anglais seulement) de l'auteure et animatrice Gillian Deacon et le site web américain de la Campaign for Safe Cosmetics (lien en anglais seulement) (Campagne en faveur de cosmétiques sécuritaires) sont de bonnes sources de renseignements sur les produits toxiques se retrouvant dans les produits de beauté et sur les produits à éviter.

Malheureusement, la liste de tout ce qui ne réussirait pas le test de «reniflage» dans nos vies quotidiennes dépasse largement le lieu de travail et les produits de beauté. L'odeur de voiture neuve est en fait composée d'une multitude de produits chimiques toxiques. Certains assainisseurs d'air contiennent des métaux lourds. L'odeur associée aux nouveaux rideaux de douche en vinyle comprend des dizaines de composés volatils nocifs. De surcroît, évidemment, tous les jouets pour enfants qui sentent l'usine de produits chimiques lorsque vous ouvrez l'emballage devraient être évités.

Quoique ces risques ne soient que trop courants, le test du «reniflage» est un bon point de départ. Nous pouvons contrôler la quantité de produits parfumés et de produits chimiques qui entrent dans nos maisons et nos lieux de travail. Adoptez des politiques de milieux sans parfum. Consommez intelligemment. Consultez les listes d'ingrédients. Et faites preuve de bon sens pour éviter les odeurs nocives.

17 mars 2011

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