Les grizzlis méritent de meilleurs voisins | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les grizzlis méritent de meilleurs voisins

(Crédit : xinem via Flickr)

Par David Suzuki avec la participation de la technicienne scientifique Michelle Connolly de la Fondation David Suzuki.

Les ours grizzlis ressemblent beaucoup aux humains. Comme nous, ils se nourrissent de plantes et d'animaux. Ils ont besoin d'un endroit où habiter et de l'espace pour bouger. Ils se trouvent un partenaire et fondent aussi des familles.

Ils ont déjà habité les endroits que les humains occupent aujourd'hui, dont les Prairies, où ils se nourrissaient de bisons, et ce, jusqu'au Mexique. Les grizzlis sont si près de nous, en fait, comme le naturaliste et auteur Doug Peacok (lien en anglais uniquement) le remarque, qu'ils sont l'animal sur ce continent qui menace réellement notre première position dans la pyramide alimentaire, notre domination et notre contrôle.

Comme de nombreux autres animaux de grande taille et occupant une vaste superficie, les grizzlis voient leurs populations décliner et leur habitat de plus en plus réduit en raison de notre appétit insatiable d'espace et de ressources.

En plus des effets du changement climatique sur les sources de nourriture privilégiées des grizzlis, comme les noix de pin, les humains détruisent et fragmentent son habitat avec un développement industriel, récréationnel et urbain.

Parfois, on tue aussi directement les grizzlis, que ce soit par la chasse au gibier trophée, par le braconnage, en les heurtant avec un véhicule, ou en éradiquant les ours «à problèmes» qui s'alimentent dans nos poubelles. Selon le gouvernement de la Colombie-Britannique, 317 grizzlis ont été tués en Colombie-Britannique l'an dernier, la plupart par le biais de la chasse au gibier trophée.

Nous ne sommes peut-être pas les meilleurs voisins, mais pouvons cependant nous racheter. Puisque nous pouvons identifier quelles activités humaines sont incompatibles avec les besoins des grizzlis, nous devons identifier des régions où ces activités seraient contrôlées ou interdites. Créer des zones de gestion des ours grizzlis est une façon d'assurer leur protection à long terme.

Les régions de gestion du grizzli (lien en anglais uniquement) sont principalement des «parc d'ours», assez vastes pour subvenir aux besoins à long terme de populations de grizzlis en bonne santé. Avec le soutien des Premières Nations et d'autres communautés, un tel système de gestion couvrirait des parties de la Colombie-Britannique prisées par les grizzlis. Ces régions ne verraient pas de développement industriel et bénéficieraient d'un accès routier limité. Elles seraient connectées par des corridors non aménagés pour permettre le mouvement entre les populations, comme une sorte d'autoroute pour les ours grizzlis. Un tel mouvement est essentiel à la santé génétique d'une espèce. La chasse sportive de grizzlis serait interdite.

Même si les opinions varient quant à la superficie et à l'emplacement de ces zones de gestion du grizzli, les recherches démontrent que jusqu'à 68 % de l'habitat des ours grizzlis devrait être géré en fonction des besoins des ours.

Cette idée de régions de gestion ne date pas d'hier. Le gouvernement de la Colombie-Britannique s'était déjà engagé dans cette voie en 1995, avec le rapport A Future for the Grizzly: British Columbia Grizzly Bear Conservation Strategy. Le rapport indique que l'objectif premier est de «maintenir à perpétuité la diversité et l'abondance des ours grizzlis et les écosystèmes desquels ils dépendent partout en Colombie-Britannique.» Toutefois, en dépit de l'apport important du public et des données scientifiques, cette stratégie n'a pas encore été mise en œuvre.

La bonne nouvelle est qu'une initiative de protection des grizzlis (lien an anglais uniquement) et de leur habitat a déjà été mise en place en Colombie-Britannique. Dans la forêt humide longeant les côtes de la C.-B., des régions de gestion de l'ours grizzli ont été établies dans l'Ahnuhati-Ahta Kwalate, le Kimsquit-Upper Dean-Tweedsmuir et le Nass-Skeena. La zone du Nass-Skeena vient compléter le sanctuaire de grizzlis Khutzeymateen/K'tzim-a-Deen, établi en 1994.

Une autre bonne nouvelle est que le gouvernement albertain a reconfirmé son engagement à suspendre la chasse à l'ours grizzli jusqu'à ce que la population en voie de disparition ait remonté la pente, tel que le requiert le plan de protection provincial adopté en 2008.

En Colombie-Britannique, de nombreux scientifiques croient que nous avons besoin d'encore plus de régions de gestion de l'ours grizzli. Et nous ne détenons toujours pas le réseau complet qu'a promis le gouvernement il y a plus de 15 ans selon lequel des zones de gestion de l'ours grizzli allaient être créées dans les provinces où se trouvent les 57 unités de population d'ours grizzlis. Puisque la majorité des ours grizzlis sont tués loin des côtes, des zones de gestion doivent être déterminées à l'intérieur des terres également.

Comment pouvons-nous être sûrs que les zones de gestion de l'ours grizzli fonctionnent? Dans le Nord-Ouest du Montana, une vaste portion de l'habitat est protégé de tout accès motorisé ou d'autres intrusions humaines, et la chasse au grizzli est interdite selon le la Loi américaine sur les espèces en voie de disparition. Les populations de grizzli dans ces régions augmentent de façon significative depuis les deux dernières décennies.

Cela démontre qu'en alliant protection de l'habitat et restrictions de chasse, nous pourrions contrer le déclin des grizzlis. Nous avons la motivation et les outils nécessaires pour protéger les ours grizzlis, mais pour s'assurer une survie à long terme et la santé de nos chers voisins, le gouvernement de la C.-B. devra également renouveler son engagement de protection. Travaillons ensemble (lien en anglais uniquement) pour s'assurer que cela arrive dans un avenir proche.

7 avril 2011

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