Photo: Il ne faut pas s'attendre à ce que les enfants fassent le ménage pour nous

(Crédit : Philippe 2009 via Flickr)

Par David Suzuki

Rédigé avec la participation du spécialiste des communications et des publications de la Fondation David Suzuki, Ian Hanington.

J'ai eu 75 ans en mars. Cela signifie que je ne serai probablement pas là pour constater les pires conséquences des changements climatiques ou tout autre désastre environnemental qui nous menace — ou l'avenir plus radieux qui nous attend si nous décidons d'aborder le problème.

Cependant, je suis également un père et un grand-père, et parce que mes enfants et mes petits-enfants, ainsi que tous les enfants du monde, me tiennent à cœur, je poursuis mon travail et continue à parler des enjeux environnementaux et des solutions.

Les changements climatiques ont déjà des effets visibles sur la planète, dont les pénuries de vivres, l'augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que l'élévation des niveaux marins. Nous avons déjà bouleversé l'équilibre du carbone atmosphérique, alors plus nous ignorons le problème, plus il s'aggravera.

Il est insensé de condamner nos enfants et nos petits-enfants à un avenir de plus en plus sinistre, particulièrement lorsque des solutions immédiatement disponibles aideraient à résoudre bien d'autres problèmes mondiaux. Des sources d'énergie plus propres réduiraient la pollution et les problèmes de santé connexes. L'amélioration de la justice sociale aiderait à donner aux gens le temps, les ressources et l'envie de se concentrer sur les enjeux environnementaux et l'amélioration de leur qualité de vie. La réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles résoudrait les crises qui menacent la stabilité politique et économique.

Il ne devrait pas incomber aux plus jeunes de nettoyer le gâchis que nous avons créé. Après tout, nous ne leur accordons même pas le droit de vote — de choisir qui prendra des décisions pour eux. C'est eux qui seront les plus touchés par les décisions prises aujourd'hui. Cependant, parce que tant d'adultes ont abdiqué leurs responsabilités envers la planète et ses enfants, les jeunes prennent les choses en main (lien en anglais seulement).

Un jeune aux États-Unis, Alec Loorz, âgé de 16 ans (lien en anglais seulement), traîne même son gouvernement devant les tribunaux pour son inaction en matière de changements climatiques. Lui et d'autres jeunes ont entamé des procédures contre les gouvernements étatiques et fédéral pour essayer de faire déclarer l'atmosphère «fiducie d'intérêt public» (lien en anglais seulement) devant être préservée, un concept déjà utilisé pour nettoyer les rivières et les côtes polluées. «Nous clamerons au monde entier que les changements climatiques ne sont pas une question d'argent, de pouvoir ou de commodité», a-t-il dit. C'est une question d'avenir, et de la survie de cette génération et de toutes celles à venir.»

Alec Loorz a mis sur pied un organisme du nom d'iMatter (lien en anglais seulement) («Je suis important.») alors qu'il n'avait que 13 ans. Il a rassemblé des jeunes du monde entier la deuxième semaine de mai pour manifester
(lien en anglais seulement) en faveur d'une meilleure conscientisation en matière de changements climatiques. Il soutient que les enfants ont «l'autorité morale» de demander à leurs parents et à leurs dirigeants: «Suis-je important pour vous?»

Voilà une question qui mérite une réponse. Pour bien des adultes, une réponse honnête serait «Non, nous sommes davantage préoccupés par le prix de l'essence, l'économie, les profits de l'industrie des combustibles fossiles et l'accumulation de biens.»

Me documenter au sujet d'Alec Loorz m'a rappelé le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992. Ma fille Severn, qui était alors âgée de 12 ans, a prononcé un discours qui a réduit les délégués au silence (lien en anglais seulement) et fait verser quelques larmes. Pendant son discours, elle a demandé aux adultes « Sommes-nous seulement sur votre liste de priorités? «Elle leur a également rappelé que perdre son avenir n'équivalait pas à perdre une élection ou quelques points au marché boursier.»

Après son discours, un journaliste lui a dit: «Ouais, nous n'avons pas fait un bon boulot pour prendre soin de l'environnement, mais vous, les jeunes, vous êtes différents; vous donnerez l'exemple.» Sa réponse m'a étonné. «Oh, a-t-elle dit, est-ce là l'excuse des adultes pour ne rien faire? De surcroît, vous êtes nos modèles d'identification. Nous imitons ce que vous faites, alors comment pouvez-vous présumer que nous serons différents?»

Severn est maintenant elle-même une mère, et je suis fier qu'elle prenne ses responsabilités envers son enfant, et tous les enfants, si sérieusement. En plus d'être une excellente maman, elle travaille fort pour sensibiliser les gens aux enjeux environnementaux par ses écrits, ses discours et sa participation à des émissions télévisuelles. Nous devons à nos enfants et à nos petits-enfants de contribuer à nettoyer le gâchis que nous avons créé. Nous leur devons également respect et soutien lorsqu'ils s'impliquent et nous forcent à en faire plus pour la planète. Les parents doivent devenir des écoguerriers au nom de leurs enfants, car leur avenir devrait être tout aussi important pour nous que pour eux.

11 mai 2011

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