Photo: De petites fermes pour assurer la sécurité alimentaire

L'agriculture à petite échelle, s'agit-il toutefois d'une façon pratique de nourrir sept milliards d'êtres humains? (Crédit : Sarah Robertson via Flickr)

Par David Suzuki

Rédigé avec la participation du spécialiste des communications et des publications de la Fondation David Suzuki, Ian Hanington.

Selon la croyance générale, l'agriculture industrielle à grande échelle est la seule façon de nourrir une population mondiale croissante. Plusieurs sont aussi d'avis qu'il est nécessaire d'altérer génétiquement les récoltes de manière à produire une nourriture en quantité suffisante, sur de plus petites surfaces, pour subvenir aux besoins alimentaires de tout le monde.

De récentes études scientifiques viennent toutefois contredire cette logique. De toute évidence, il est crucial d'examiner nos approches globales face à l'agriculture. Près d'un milliard de personnes souffrent de malnutrition et peinent à nourrir leur famille avec l'augmentation du prix des denrées alimentaires (lien en anglais uniquement). Mais l'agriculture industrielle à grande échelle est-elle vraiment la solution au problème?

Les grosses fermes industrielles sont gourmandes en énergie et engloutissent des masses de carburant dans l'utilisation de machinerie, ainsi que dans le traitement et le transport des aliments. La combustion de carburants fossiles contribue au changement climatique et l'essor du prix du pétrole entraîne avec lui le prix des denrées. La déforestation et le labourage libèrent également des tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, ce qui contribue de plus belle au changement climatique. Sans compter que les fermes industrielles font appel à un apport important en produits chimiques comme les engrais et les pesticides.

Diversité

L'agriculture affecte également la diversité des espèces de plantes et d'animaux dans le monde. Selon une analyse publiée par Michael Jahi Chappell et Liliana Lavalle dans le journal Agriculture and Human Values, le développement de l'agriculture est un facteur majeur du déclin rapide de la biodiversité globale (lien en anglais uniquement).

Dans leur étude intitulée Food security and biodiversity: can we have both?, les auteurs ont analysé la littérature scientifique déjà publiée sur le sujet et constaté que l'agriculture, qui occupe jusqu'à 40 % de la surface terrestre mondiale (excluant l'Antarctique), «constitue possiblement la menace principale à la biodiversité» en raison de la destruction ou de la conversion d'habitats naturels, des impacts écologiques de l'utilisation de pesticides et d'engrais et de la production de GES, conséquence de la combustion de carburants fossiles.

L'agriculture à grande échelle consomme aussi d'importantes quantités d'eau, ce qui contribue à l'érosion et à la dégradation des sols et crée des «zones mortes» pauvres en oxygène dans les océans, en bout de course du déversement et de l'accumulation de déchets riches en azote dans nos cours d'eau.

Ironiquement, le nombre de personnes souffrant de malnutrition ne cesse d'augmenter, malgré une formidable expansion des pratiques d'agriculture industrielle dans le monde.

Les préoccupations concernant la pertinence de l'agriculture industrielle comme solution au problème mondial de la malnutrition ne datent pourtant pas d'hier. Comme le souligne l'auteur et fermier biologique Eliot Coleman dans un article pour Grist.org (lien en anglais uniquement): au 19e siècle, alors que s'effectuait le virage vers l'agriculture à grande échelle, des agriculteurs ont fait valoir que «l'idéologie derrière l'agriculture industrielle repose sur la prémisse erronée selon laquelle la nature est inadéquate et doit être remplacée par des systèmes humains. En vertu de cette erreur, conclurent-ils, l'agriculture industrielle doit continuellement concevoir de nouvelles béquilles pour résoudre les problèmes qu'elle se crée elle-même (augmenter la quantité de produits chimiques, utiliser des pesticides, des fongicides, des acaricides et des nématicides plus puissants, recours à la stérilisation des sols, etc.).»

Une littérature scientifique volumineuse démontre clairement que l'agriculture à petite échelle, surtout celle qui emploie des méthodes «biologiques», a un impact beaucoup plus positif sur l'environnement et la biodiversité. S'agit-il toutefois d'une façon pratique de nourrir sept milliards d'êtres humains?

Les auteurs Chappell et Lavalle soulignent à ce sujet des études qui démontrent que «les petites fermes employant des méthodes d'agriculture dites alternatives pourraient s'avérer de deux à quatre fois plus efficaces, sur le plan énergétique, que les grosses fermes conventionnelles.»

Fait encore plus intéressant, ils ont trouvé des études (en anglais uniquement) indiquant que «les petites fermes produisent presqu'invariablement plus de nourriture par surface utilisée que les plus grosses fermes». L'une de ces études conclut que «les méthodes alternatives pourraient produire, globalement, une quantité suffisante de nourriture pour subvenir aux besoins de la population actuelle et potentiellement, d'un plus grand nombre de personnes, sans pour autant augmenter la surface consacrée aux cultures».

Le mythe

Cela s'explique en partie par le fait que la pénurie mondiale de nourriture tient du mythe. Si nous vivons dans un monde où la faim et l'obésité cohabitent ainsi de façon épidémique, cela démontre que nous souffrons d'un problème d'équité et de distribution, plutôt que d'un problème de pénurie. En cette ère de globalisation des marchés alimentaires et d'agriculture industrielle, les personnes au plus grand pouvoir d'achat sont les mieux nourries.

C'est un problème fondamental qui nécessite plus de recherche et nombreux sont les défis qui attendent ceux qui osent s'inscrire à contre-courant d'une telle force industrielle, mais on peut difficilement contredire la conclusion de Chappell et de Lavalle: «S'il est possible, par l'agriculture alternative, de produire des récoltes suffisantes, de favoriser davantage la biodiversité et de résister à la tentation d'accroître les surfaces cultivées, cela indiquerait que la solution idéale aux problèmes de la sécurité alimentaire et du déclin de la biodiversité réside en la conversion générale aux pratiques alternatives».

Nous devons produire nos aliments en pensant davantage à nourrir les gens et moins à générer des profits pour d'immenses entreprises agroalimentaires.

16 juin 2011

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