Photo: La nature dans ma cour

La plus excitante campagne de la nature dans ma cour correspond peut-être aux efforts destinés à établir le premier parc national urbain à Rouge Valley, à l'extrémité est de Toronto (Crédit : HerryLawford via Flickr).

Par David Suzuki

En lisant ce qui s'écrit au sujet de la résistance grandissante devant le projet d'une méga carrière (liens en anglais uniquement) dans le sud de l'Ontario, j'ai eu une illumination à propos de l'utilisation de l'expression «pas dans ma cour» par les médias. Cette expression est généralement utilisée pour décrire les efforts populaires destinés à tout empêcher, des sites d'enfouissement aux éoliennes en passant par les magasins-entrepôts et les pistes cyclables. Le syndrome «pas dans ma cour» a pris une tangente négative, qui suggère souvent une résistance naïve ou de clocher quant à des projets qui défient l'immobilisme dans une communauté.

Le syndrome «pas dans ma cour» n'est toutefois pas toujours synonyme de ce qui est mauvais. Quoiqu'il puisse naître de la crainte face à quelque chose de nouveau ou de différent dans une communauté, il peut également résulter de préoccupations sincères quant à l'environnement local. J'aimerais proposer un nouveau genre de syndrome «pas dans ma cour», un qui est positif et qui reflète un réel souci du bien-être de nos communautés. Devenons écolos et disons oui à la nature dans notre cour.

Une bonne manière de commencer à reconnaître ce nouveau syndrome «pas dans ma cour» serait de littéralement le faire dans nos cours. Cela signifie encourager davantage la culture de jardins de légumes et d'herbes, de plantes indigènes qui tolèrent les oiseaux, les abeilles et les papillons. Cela signifie également plus de composteurs domestiques pour les restes de fruits et légumes, ainsi que pour les résidus de gazon.

Ensuite, nous pouvons amener la nature dans notre cour dans le quartier. Nos parcs municipaux sont indubitablement des endroits verts importants, mais ils sont souvent perçus comme étant de second rang, surtout lorsque des leaders municipaux empressés souhaitent diminuer les dépenses. Repensons les parcs urbains comme des lieux qui procurent plus qu'un simple endroit où pratiquer des sports ou pour s'asseoir sur un banc.

Nos parcs locaux fournissent un ensemble de services essentiels que nous avons tendance à tenir pour acquis. Par exemple, les arbres purifient et rafraichissent notre air, absorbent les polluants, accumulent et filtrent l'eau de pluie, réduisent le bruit, ajoutent de la couleur, absorbent et emmagasinent le carbone. Ils abritent également de nombreuses espèces d'insectes, d'oiseaux et autres créatures. Additionnez les avantages que procurent les parcs locaux. Vous serez peut-être surpris. La ville de Philadelphie (lien en anglais seulement) a découvert que les investissements dans son système de parcs lui apportaient une augmentation nette en matière de santé économique de plus de 700 M$ chaque année.

Sur le plan régional, le nouveau syndrome «pas dans ma cour» pourrait être dirigé vers l'établissement de «ceintures de verdure» autour des zones urbaines qui s'étendent dans tous les sens. La protection des fermes, champs, forêts et milieux humides près des zones urbaines est un investissement qui apportera d'immenses dividendes. On estime que la ceinture de verdure (lien en anglais uniquement) de 1,8 million d'hectares de l'Ontario, reconnue à travers le monde, apporte à la région «Golden Horseshoe» plus de 2,6 G$ en avantages économiques. Cette ceinture est également un éclatant exemple vert de la manière de protéger et de restaurer la nature dans la cour d'une région complète.

Cependant, la plus excitante campagne de la nature dans ma cour correspond peut-être aux efforts destinés à établir le premier parc national urbain à Rouge Valley, à l'extrémité est de Toronto. Parcs Canada célèbre le centenaire de notre magnifique système de parcs nationaux. Je ne peux imaginer de meilleure façon de commémorer cette importante fête qu'en amenant la nature aux urbains à Rouge Valley (lien en anglais uniquement). Imaginez un parc national accessible, grâce au transport en commun, à des millions de citadins, incluant des populations immenses et diversifiées de nouveaux Canadiens.

Même si elle se trouve au centre de l'une des zones urbaines les plus densément peuplées de l'Amérique du Nord, la Rouge Valley (lien en anglais uniquement) correspond à une partie étonnement intacte de forêts, champs et cours d'eau qui serpentent à partir de la Oak Ridges Moraine à Markham jusqu'au littoral du lac Ontario à Scarborough. Après plus de vingt ans d'ardents plaidoyers et de négociations politiques, la Rouge Valley (lien en anglais uniquement) est sur le point de devenir le premier et le plus grand parc national urbain en Amérique du Nord — un engagement pris par le gouvernement fédéral dans le discours du Trône prononcé la semaine dernière.

Quoiqu'il reste beaucoup de travail avant que le premier ministre s'y rende pour une inauguration, ce sont des moments grisants pour un espace vert dont la plupart des Canadiens, et des Torontois (lien en anglais uniquement) d'ailleurs, n'ont sans doute jamais entendu parler. L'ajout d'un parc national à Rouge Valley protégera de manière permanente un espace vert essentiel et donnera une occasion fort nécessaire aux résidants du Grand Toronto d'être fiers et d'aller jouer dehors.

J'encourage les citoyens à travers le pays à se joindre à moi afin de célébrer le nouveau syndrome «pas dans ma cour» et en disant oui à la nature dans nos cours, nos quartiers et nos communautés. Ce sera un important rappel que la nature n'est pas une destination, elle se trouve, littéralement, dans notre cour.

8 juin 2011

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