Photo: La nature, dernière à se présenter au bâton

Nous sommes devenus une nouvelle force biologique qui modifie les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la planète à l'échelle géologique. (Crédit : michelhrv via Flickr)

Par David Suzuki

L'humanité est confrontée à un défi comme jamais auparavant. Nous sommes dans une période de changements sans précédent. La croissance exponentielle entraîne le dédoublement d'une population déjà dense en périodes de plus en plus courtes.
Lorsque je suis né en 1936, à peine un peu plus de deux milliards de personnes occupaient la planète. Il est surprenant de constater que la population a plus que triplé au cours de mon existence. Cette croissance stupéfiante s'est accompagnée d'une augmentation encore plus marquée des innovations technologiques, de la consommation et d'une économie mondiale qui exploite la planète tout entière comme source de matière première et comme lieu de décharge pour les émissions toxiques et les déchets.

Nous sommes devenus une nouvelle force biologique qui modifie les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la planète à l'échelle géologique. En effet, le chimiste nobélisé Paul Crutzen a suggéré que la période géologique actuelle devrait s'appeler la période anthropocène pour refléter notre nouveau statut de force mondiale — et bon nombre de scientifiques sont d'accord.

Comme mentionné dans un article récent de l'Economist, «Welcome to the Anthropocene» (lien en anglais uniquement), nous modifions le cycle de carbone de la Terre, ce qui entraîne les changements climatiques, et nous avons accéléré par plus de 150 % le cycle de l'azote, ce qui a entraîné les pluies acides, l'appauvrissement de l'ozone et les zones mortes côtières, entre autres. Nous avons également remplacé les milieux sauvages par des fermes et des villes, ce qui a entraîné d'importantes répercussions sur la biodiversité.

De surcroît, selon l'Economist, un «seul projet technique, la mine de pétrole synthétique des sables bitumineux de l'Athabasca, implique le déplacement de 30 millions de tonnes de terre, c'est-à-dire deux fois la quantité de sédiments qui coulent dans toutes les rivières du monde en une année». Pour ce qui en est des flots de sédiments à l'échelle mondiale, l'article poursuit en soulignant qu'ils ont diminué de près de 20 %, entraînant l'érosion des deltas «plus rapidement qu'ils ne peuvent être remplis», en raison de près de 50 000 grands barrages érigés dans le monde au cours des 50 dernières années.

Nous occupons maintenant chaque continent et nous explorons chaque recoin de la Terre pour trouver de nouvelles ressources. L'incidence écologique collective de l'humanité dépasse largement la capacité de la planète d'assurer indéfiniment notre subsistance à ce niveau d'activité. Des études suggèrent qu'il faut maintenant à la nature 1,3 année pour régénérer ce que l'humanité extrait de ses ressources renouvelables en une année, et ce déficit actif est en cours depuis les années 1980.

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous devons répondre en tant qu'espèce aux crises créées de nos propres mains. Jusqu'à maintenant, ce genre d'effort unifié ne se produisait que dans la science-fiction, lorsque les extra-terrestres envahissaient la Terre. Dans ces récits, les leaders mondiaux surmontaient les divisions humaines pour travailler ensemble contre un ennemi commun.

Maintenant, comme le personnage de bande dessinée Pogo l'a dit dans les années 1970 (avec à-propos, sur une affiche pour la Journée de la Terre): «Nous avons rencontré l'ennemi et il est nous» (lien en anglais uniquement). Les humains ont depuis longtemps été en mesure d'avoir un impact sur l'environnement, mais jamais à une telle échelle. Par le passé, même les gens équipés d'outils et d'armes rudimentaires avaient des répercussions sur la flore et la faune locales, comme Tim Flannery (lien en anglais uniquement) l'a souligné dans The Future Eaters et Jared Diamond l'a décrit dans Effondrement. Les ressources de plus en plus limitées ont forcé les gens à prendre en main le besoin de soutenir leurs ressources ou à agir afin de découvrir de nouvelles occasions.

La seule façon de prendre la crise en main et de trouver des solutions est de comprendre que nous sommes des créatures biologiques, avec un besoin essentiel d'air pur, d'eau saine, de nourriture et de sol propres, d'énergie propre et de biodiversité. Le capitalisme, le communisme, la démocratie, la libre entreprise, l'économie et les marchés ne modifient en rien nos besoins essentiels. Après tout, ce sont là des constructions humaines, non pas des forces de la nature. Dans le même ordre d'idées, les frontières que nous érigeons autour de nos propriétés, nos villes, nos États et nos pays ne veulent rien dire pour la nature.

Tous les espoirs que les rencontres, comme celle du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, et les conférences sur le climat de Kyoto en 1997, de Copenhague en 2009, et de Cancún en 2010, nous aideraient à résoudre les grands enjeux écologiques seront anéantis tant et aussi longtemps que nous continuerons à mettre les considérations économiques et politiques devant nos besoins biologiques, sociaux et spirituels fondamentaux. Même si nous, humains, sommes de puissants frappeurs, nous devons nous rappeler que la nature est la dernière à se présenter au bâton.

2 juin 2011

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