Photo: Un avertissement à la planète

Nous devons immédiatement regarder au-delà de notre environnement immédiat et faire tout ce que nous pouvons pour prendre soin de nos océans (Crédit : Erik Charlton via Flickr)

Par David Suzuki

Rédigé avec la participation du spécialiste des communications et des publications de la Fondation David Suzuki, Ian Hanington.

Les océans nous gardent en vie. Ils fournissent nourriture, oxygène, eau, médicaments et loisirs. Ils aident à nous protéger du changement climatique en absorbant et en emmagasinant le dioxyde de carbone. Si nous nous soucions de nous-mêmes, de nos enfants et de nos petits-enfants, nous devons immédiatement regarder au-delà de notre environnement immédiat et faire tout ce que nous pouvons pour prendre soin de nos océans. Cependant, plutôt que de considérer les océans comme des miracles qui donnent la vie, nous les utilisons souvent comme de vastes terrains de décharge publique et des magasins dont les étalages ne se vident jamais.

Pourtant, les étalages se vident. Les êtres humains modifient la chimie et l'écologie de l'océan à un degré et à un rythme que l'on n'aurait auparavant jamais cru possibles. Selon une étude de l'International Programme on the State of the Ocean (lien en anglais seulement), les effets combinés de la surpêche, de l'écoulement des fertilisants, de la pollution et de l'acidification des océans en raison des émissions de monoxyde de carbone placent une grande partie de la vie marine en risque immédiat d'extinction.

Les 27 scientifiques de 18 organismes dans 6 pays qui ont participé à la revue des études scientifiques en provenance du monde entier ont conclu que les menaces d'extinction sont «du jamais vu dans l'histoire de l'humanité» et ont demandé «des mesures urgentes et sans équivoque afin d'interrompre un dépérissement encore plus important de la santé de l'océan». Les principaux facteurs sont ce qu'ils désignent sous le nom de «trio meurtrier» : le changement climatique, l'acidification des océans et le manque d'oxygène. La surpêche et la pollution s'ajoutent au problème.

Les chercheurs ont également découvert que «les projections scientifiques existantes sur la manière dont les récifs de corail réagiront au réchauffement climatique ont été très conservatrices et doivent maintenant être modifiées». De plus, ils ont constaté que les produits chimiques tels que «les produits ignifuges bromés, les composés fluorés, les muscs pharmaceutiques et synthétiques utilisés dans les détergents et les produits de soins personnels» — lesquels peuvent entraîner le cancer et perturber les systèmes endocrinien et immunitaire — se retrouvent dans les animaux aquatiques partout, même dans l'Arctique canadien. Les déchets marins et les plastiques sont également présents dans les océans, parfois dans d'immenses tourbillons océaniques.

Alex Rogers, le directeur scientifique d'IPSO, a été cité dans le Guardian (lien en anglais seulement), affirmant qu'il avait été scandalisé par les conclusions. «C'est une situation très sérieuse qui exige des mesures sans équivoque à tous les niveaux. Nous sommes confrontés à des conséquences pour l'humanité qui auront un impact pendant notre propre vie et pire, pendant celle de nos enfants et des générations à venir».

Des mesures à tous les niveaux signifient simplement cela — des mesures que nous pouvons tous prendre en tant qu'individus (lien en anglais seulement) de même que des mesures que les gouvernements et l'industrie doivent prendre. Diminuer nos propres déchets, faire attention à ce que nous évacuons dans les canalisations, réduire la quantité de protéines animales que nous mangeons et que nous donnons à nos animaux, ainsi que concerter nos efforts envers la protection des océans sont un début. Cependant, le rôle le plus important que nous pouvons tous jouer consiste à dire aux gouvernements et à l'industrie que nous ne tolérerons plus cela.

Nous pouvons déjà prévoir que l'industrie subventionnée par les deniers et les dupes qui aident à répandre leur désinformation sortiront en force, décrivant cela comme une autre conspiration des scientifiques du monde, et que certains gouvernements placeront les intérêts industriels devant tout le reste. Nous devons mettre fin à ces absurdités. Chaque année passée à traîner à propos des solutions aux changements climatiques signifie que nous sommes de moins en moins en mesure de résoudre les problèmes. D'autres scientifiques et moi-même lançons des avertissements à propos des conséquences du changement climatique depuis plus de 20 ans et pourtant, les gouvernements tergiversent toujours alors que les systèmes naturels du monde continuent à s'éroder.

Ce que ce rapport démontre également, c'est que nous ne pouvons regarder les écosystèmes, les espèces et les problèmes environnementaux de manière isolée (lien en anglais seulement). Cette recherche souligne que les impacts combinés de tous les facteurs stressants sont beaucoup plus importants que ce que les scientifiques pourraient conclure en examinant les problèmes individuels.

Le rapport illustre le vieil adage à propos de la mort à petit feu. Il n'y a pas d'endroit unique où concentrer le blâme, sauf dans le miroir. Les auteurs de l'étude notent que « l'économie traditionnelle et les valeurs des consommateurs qui avaient auparavant bien servi la société, lorsqu'elles sont combinées avec les rythmes actuels d'augmentation de la population, ne sont pas durables ». En d'autres termes, nous devons tenir compte des impacts que nous avons sur la planète chaque fois que nous tirons la chasse d'eau, buvons une eau gazeuse, montons à bord d'une voiture ou mangeons un radis. Il ne manque pas de solutions, il existe seulement un manque de volonté politique. Des retards supplémentaires dans la résolution de ces importants problèmes ne feront qu'augmenter les coûts et mèneront à des pertes encore plus importantes des avantages naturels que les océans nous offrent.

29 juin 2011

Ajoutez un commentaire


La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.