Photo: La cueillette des cerises et les leçons de vie

Depuis 32 ans, nous attendons avec impatience notre ruée vers les cerises qui commence dès la fin de l'année scolaire. (Crédit : Rachel Andrew via Flickr)

Par David Suzuki

Quand ma fille Severn est née en 1979, mon épouse Tara et moi voulions l'élever avec la compréhension que les aliments sont en grande partie saisonniers, en particulier les fruits et légumes, et surtout dans un pays comme le Canada. La seule raison pour laquelle nous pouvons toujours trouver des fraises, des tomates, de la laitue et des avocats frais tient au fait que nous utilisons toute la planète comme source de produits. Lorsque le pétrole ne coûtait pas cher et que notre conscience des changements climatiques était limitée, nous avions l'illusion qu'il était pratique d'avoir des fruits et légumes frais et abordables en provenance du monde entier, et ce, à longueur d'année. Maintenant, nous sommes de plus en plus conscients, et un nombre croissant de personnes mange des aliments biologiques, locaux et saisonniers.

À travers le monde, les gens célèbrent leurs liens avec le reste de la biosphère grâce à des festivals de bleuets, de riz, de fraises et de pêches. Tara et moi adorons les cerises. Nous avons pensé qu'il serait génial de célébrer leur saison avec un rite annuel. Ainsi, depuis 32 ans, nous attendons avec impatience notre ruée vers les cerises qui commence dès la fin de l'année scolaire. Nous chargeons la camionnette et partons camper vers la vallée de l'Okanagan où, selon le type de printemps que nous avons eu, nous pouvons commencer au sud, à Osoyoos, ou plus au nord, à Penticon ou Kelowna.

C'est devenu un magnifique rite, une sorte de récompense à la fin de l'année scolaire — même si nous avons parfois vu nos filles souffrir de problèmes gastro-intestinaux pour s'être gavées de trop de fruits. Avec les années, elles ont amené des amis, des cousins et des amoureux, autant pour la natation et l'équitation que pour la cueillette et la dégustation de fruits. Nous sommes maintenant impatients que nos petits-enfants participent à la tradition.

Des villes en transformation

Quand nous avons commencé à pratiquer ce rite, Kelowna, Penticton, Oliver et Osoyoos étaient de petites villes, charmantes à visiter et sans aucun doute de magnifiques lieux où habiter. Pourtant, avec les années, ces secteurs se sont transformés. Maintenant, d'immenses maisons et des vignobles dominent la vallée. Les gens ont afflué dans la région, attirés par le climat et les agréments, comme la pêche, la randonnée et le ski, ainsi que par les maisons relativement peu chères. Par le fait même, les villes que nous nous délections à visiter sont devenues encombrées par la circulation, la pollution de l'air et de l'eau, les innombrables centres commerciaux formés de chaines d'entreprises, les problèmes sociaux comme la drogue et la violence, ainsi que les tensions entre la main-d'œuvre itinérante et les habitants du coin. De plus, le mirage s'accompagne toujours d'un problème important : l'eau — trop de gens et de demande.

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Autrefois, le sol productif générait une profusion de bons aliments. Aujourd'hui, une grande partie de ces terres a été convertie afin d'accueillir de grandes maisons et des boutiques de vignobles souvent gérées par des propriétaires absents. En 1979, je doute que n'importe quel politicien ait opté pour le genre d'endroit en lequel leurs communautés se sont transformées. Pourtant, cela se produit partout au pays, alors que les gens saisissent les avantages à court terme d'un stimulant économique avec l'ouverture de nouveaux développements, le remplissage des zones humides, le détournement de ruisseaux, et ainsi de suite. Ce faisant, les communautés ayant attiré les gens au départ disparaissent.

Le problème, c'est que les programmes uniquement établis sur l'économie et la politique sont, par définition, à court terme. C'est la nature même de ces activités. Nous avons peu de mécanismes pour définir ce que les gens aiment des communautés dans lesquelles ils vivent, ce qu'ils espèrent toujours voir prospérer quand leurs enfants grandiront et auront à leur tour des enfants.

Pour un environnement riche et sain

Pour moi qui habite dans le magnifique quartier de Kitsilano à Vancouver, il m'apparaît bizarre de penser que mes enfants n'auront pas les moyens d'habiter dans une maison semblable à celle dans laquelle ils ont grandi. Ce n'est pas une communauté durable et stable. Nous devons garder une vue d'ensemble et nous devons nous assurer de ne pas sacrifier les éléments mêmes qui avaient rendu cette communauté attirante au départ. De plus, nous devons protéger ce qui garde notre planète et nos environnements immédiats riches, diversifiés et sains.

Le pèlerinage annuel que nous avons entrepris il y a si longtemps m'offre une perspective et un contexte pour examiner où nous sommes et où nous semblons nous diriger. Toutes les communautés en ont besoin, et j'imagine que cela relève des ainés, ces personnes qui ont un long historique et une grande expérience dans un lieu. Elles peuvent définir le rythme du changement et envisager si c'est que les gens souhaitent et ce dont ils ont besoin.

26 juillet 2011

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