La science doit être libre de toute ingérence politique | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La science doit être libre de toute ingérence politique

(Crédit : Chris Willey via Flickr)

Par David Suzuki

Rédigé avec la participation de Kealy Doyle, coordonnatrice des communications

En effectuant une recherche sur la génétique du saumon à la Station de biologie du Pacifique sur l'île de Vancouver, Kristi Miller, chercheuse scientifique de Pêches et Océans Canada, a découvert un virus qui peut tuer les saumons sockeyes du fleuve Fraser avant qu'ils n'atteignent leurs frayères.

La recherche en question a été publiée dans la prestigieuse revue Science, mais Miller n'a pas eu le droit d'aviser les médias. (en anglais seulement) Selon le Bureau du Conseil privé, cette interdiction visait à empêcher « d'influencer » l'enquête fédérale en cours sur le déclin du saumon sockeye du Fraser. Il est difficile de croire que la Commission Cohen n'aurait pas voulu encourager une discussion sur le sujet de son enquête. De plus, il est dans l'intérêt public que la science soit diffusée à grande échelle.

Voilà un seul exemple faisant la démonstration que la science est ignorée au profit de préoccupations politiques au Canada et aux États-Unis. Récemment, nous avons pu constater une augmentation de cas de « bâillonnement » de scientifiques, de réduction budgétaire et un mépris croissant pour la science dans l'élaboration de politiques et les discussions publiques. Les États-Unis ont vu des appels à l'abolition de l'Agence de Protection Environnementale et la montée des climato-sceptiques dans leurs politiques nationales.

En septembre 2010, la présidente de la Canadian Science Writers' Association, représentant les journalistes scientifiques, s'est prononcée contre « l'ingérence politique inacceptable » (en anglais seulement) dans la manière dont les communications scientifiques fédérales sont transmises. Maintenant, tout ce que les scientifiques fédéraux disent aux médias doit être vérifié par le personnel politique. Ils ne doivent pas dévier des « infocapsules » autorisées.

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Le gouvernement a aussi réduit le budget des recherches sur les changements climatiques, mettant ainsi en péril notre capacité à évaluer (en anglais seulement) les dangers pour la santé humaine, pour les infrastructures et pour l'environnement. Au début du mois d'août, il a annoncé que plus de 700 employés d'Environnement Canada seraient remerciés au cours des prochains mois. Des employés de Pêches et Océans Canada et du Conseil national de recherches ont aussi reçu un avis de licenciement. Selon le Hill Times, les travailleurs touchés comprennent « 100 physiciens, 19 météorologistes, 45 informaticiens, chimistes, biologistes et ingénieurs ». Ces réductions mettent sérieusement en péril la capacité des ministères à assurer un leadership efficace et des recherches scientifiques publiques alors que c'est plus que jamais nécessaire.

Que notre vision bornée de la science à l'intérieur même du pays soit mauvaise est une chose, mais notre réputation est aussi en train de devenir déplorable sur la scène internationale. Au cours des dernières années, le Canada a été critiqué pour avoir entravé les efforts mondiaux dans la lutte contre les changements climatiques plutôt que d'y avoir contribué. Au mois de juin, le Canada s'est opposé à l'inscription de l'amiante chrysotile (en anglais seulement) dans la liste des matières dangereuses de la Convention de Rotterdam, bien qu'il ait reconnu que les faits scientifiques reposaient sur des bases solides. Nous sommes, bien entendu, un exportateur important de ce produit mortel. Cinquante pays en ont banni l'usage domestique, y compris le Canada. Et le gouvernement a dépensé des millions pour l'enlever des édifices, y compris celui du Parlement.

L'antipathie scientifique (en anglais seulement) ne pourrait se manifester à un moment plus mal choisi.

Au fur et à mesure que les écosystèmes de la planète se détériorent (avec eux l'air, l'eau, le sol et l'énergie), nous devons prendre plusieurs décisions cruciales sur les combustibles que nous utilisons, la nourriture que nous mangeons, nos moyens de transport — peut-être même sur tous les aspects de notre mode de vie. Mais de puissants intérêts dans tous les domaines se font entendre. On nous dit une chose, puis une autre et, dans la confusion qui en résulte, parfois nous baissons les bras et ne savons plus qui ou quoi croire. Nous avons besoin de regarder toutes les options pour évaluer lesquelles sont les meilleures autant pour la société que pour notre espèce. La « bonne science » constitue notre meilleur outil. Elle ne connaît ni allégeance politique ni considération culturelle. Elle doit résister à des évaluations et des essais rigoureux. Elle est toujours modifiée ou peut même être rejetée, car elle est constamment mise à l'épreuve et actualisée quand apparaissent de meilleures théories. Si nous combinons ces forces avec la prévoyance, l'ingéniosité et la raison, nous sommes mieux armés pour relever les défis à venir. Les tentatives visant à contrôler ou à limiter la recherche scientifique sont non seulement suspectes idéologiquement, mais elles s'avèrent souvent improductives et peuvent être énormément destructrices.

Lorsque nous prenons des décisions pouvant entraîner des compromis et des sacrifices, lorsque nous demandons aux gens et aux nations de changer leurs habitudes, lorsque nous tentons de nous détourner des énergies polluantes et non-durables alimentant notre société de consommation, nous voulons et nous avons besoin de savoir que nos leaders sont engagés politiquement à agir selon la meilleure information disponible.

À tout le moins, cela signifie de laisser les scientifiques parler de leur travail. Mais cela veut aussi dire de donner à nos experts les ressources nécessaires pour faire leur travail. Cela signifie une discussion franche et ouverte au sujet des problèmes et des solutions. Surtout, cela implique de mettre les intérêts publics au-dessus des considérations politiques.

15 août 2011

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1 commentaire

25 octobre, 2011
12:44

Je pense que tous ces futurs licenciés scientifiques devraient se joindre aux indignés de Montréal.

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