Le gouvernement des gens, par les sociétés, pour les sociétés | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le gouvernement des gens, par les sociétés, pour les sociétés

Tim DeChristopher a affirmé ne pas vouloir être un martyr. Il désire simplement que d'autres se joignent à lui. (Crédit : Ryan Van Lenning via Flickr)

Par David Suzuki

Rédigé avec la participation du spécialiste des communications et des publications de la Fondation David Suzuki, Ian Hanington.

En 2008, l'étudiant en sciences économiques Tim DeChristopher a participé à une vente aux enchères organisée par l'administration Bush pour l'industrie pétrolière et gazière. Il a fait une offre de 1,8 M$ pour acquérir les droits de forage sur 14 terrains inhabités en Utah, dont la plupart sont à proximité de parcs nationaux, et a fait grimper les enchères sur d'autres parcelles de terre qui l'intéressaient, mais qu'il n'a pas acquises.
Quoique Tim DeChristopher ait ensuite tenté de collecter des fonds en ligne et offert de payer les baux des terrains, le gouvernement a affirmé qu'il n'avait pas l'intention de payer et, au mois de mars, l'a reconnu coupable de deux crimes (En anglais seulement).

Le 27 juillet, il a été condamné à 2 ans d'emprisonnement et 3 années de probation, en plus de devoir payer une amende de 10 000 $. Il a été escorté hors de la salle d'audience menottes aux poings. Il est dorénavant un criminel.

Au cours du procès, le juge a refusé à Tim DeChristopher le droit d'expliquer ses motivations. Pour cette raison, et pour d'autres, ses avocats ont fait appel (En anglais seulement). Dans sa déclaration devant le tribunal avant le verdict, Tim DeChristopher a dit qu'il avait voulu «faire obstacle à une vente aux enchères illégitime qui menaçait mon avenir». Les baux ont ultérieurement été annulés parce que l'administration Obama a trouvé que les examens environnementaux menés étaient insuffisants.

Dans un discours inspirant (En anglais seulement), Tim DeChristopher a également abordé de manière éloquente les contradictions législatives entourant l'extraction de ressources. Il a souligné qu'en Virginie-Occidentale, où il a grandi, une enquête étatique a conclu que la société d'exploitation du charbon Massey Energy, qui fait souvent sauter la cime de montagnes pour atteindre le charbon, avait violé la loi 62 923 fois au cours des 10 années précédant le désastre qui a fait 29 victimes en 2010. La société, qui a versé des millions de dollars pour la nomination de nombreux juges de cours d'appel de l'État, a rarement été punie pour ces infractions.

Tim DeChristopher a soutenu que sa mère avait tenté par tous les moyens juridiques possibles de forcer les sociétés charbonnières à se conformer aux lois. «Elle a fait des commentaires lors d'audiences, déposé des requêtes et engagé des poursuites, et plusieurs continuent de le faire depuis, mais en vain», a-t-il dit. Il a ajouté: «J'ai, en fait, beaucoup de respect pour la loi, parce que je constate les résultats lorsqu'elle est inexistante, comme c'est le cas dans l'industrie des combustibles fossiles. »

Le procès et la peine relativement sévère imposée découlent des prétendus dommages causés par Tim DeChristopher. Selon le gouvernement, les compagnies pétrolières ont souffert financièrement de ses actes, qui ont fait grimper le prix des terrains à environ 125 $ l'acre comparativement aux 12 $ l'acre pour les terrains sur lesquels il n'a fait aucune offre. Et cela, même si les compagnies étaient prêtes à payer les prix plus élevés et qu'elles ont eu l'autorisation de retirer leurs offres lorsque Tim DeChristopher a été mis en accusation. De toute façon, les baux ont par la suite été annulés.

Pour sa part, Tim DeChristopher a soutenu que « la seule perte que je tentais d'infliger est la levée du secret qui existe, alors que le gouvernement distribue la propriété publique contre des profits privés. Comme je l'ai dit devant les tribunaux, mon intention était de lever le voile sur ce processus corrompu et de faire en sorte que le gouvernement se penche sur le fonctionnement de cette vente aux enchères. »

L'épreuve de Tim DeChristopher met à jour l'immense pouvoir de l'industrie des combustibles fossiles. Les gouvernements, y compris ceux des États-Unis et du Canada, en font souvent bien plus pour la promotion des intérêts de cette industrie que pour la protection des droits et de la santé des gens. Ceux qui enfreignent la loi et mettent en danger la vie des citoyens, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, par la pollution et des pratiques industrielles destructrices, restent impunis ou se font taper sur les doigts, tandis que ceux qui revendiquent la désobéissance civile pour contester ce déséquilibre sont sanctionnés par la loi.

Tim DeChristopher a affirmé ne pas vouloir être un martyr. Il désire simplement que d'autres se joignent à lui. « Si le gouvernement refuse de prendre ses responsabilités pour la défense d'un avenir viable, je considère que cela devient une obligation morale d'agir pour moi et pour d'autres citoyens. Mon avenir, et l'avenir de tous ceux qui me tiennent à cœur, est échangé contre des profits à court terme. Je prends ça comme une attaque personnelle. »

Nous devrions tous nous sentir visés. Nous ne cherchons pas à mettre la clé sous la porte de l'industrie des combustibles fossiles sur-le-champ. Ce serait tout aussi impossible qu'irréaliste. Cependant, assurément, un avenir sain et durable doit avoir la priorité sur le droit de faire des bénéfices des sociétés.

2 août 2011

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1 commentaire

15 août, 2011
13:33

Qui tire vraiment les ficelles… nos gouvernements établissent les règles que les compagnies, surtout pétrolière, minière, énergitique, chimique et alimentaire par leurs lobais, leur dicte. La liste des projets qui en font foi est longue. Le côté financier est pire encore, lisez l’article du Devoir de Lise Payette de la sem. passé. La défense des droits des citoyens est limité et nous empêchent d’agir cars l’argent est le levier de pouvoir. Ses actions individuels extrême est très isolé et devraient être soutenue par tous, si notre avenir nous tien à cœur. Merci, Tim DeChristopher et que ton exemple en guide d’autres.

Réjean Desrosiers St-Jean-Port-Joli, Qc

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