Photo: Mon apprentissage de la valeur du respect sur l'archipel Haïda Gwaii

J'ai été subjugué par la pensée que cette petite communauté d'animaux et de plantes multiples avait prospéré pendant des millénaires en coexistant et interagissant de manières nous étant encore inconnues à ce jour. (Crédit : janusz l via Flickr)

Par David Suzuki

Au début du mois de juillet dernier, je suis allé passer une semaine complète dans une cabane toute simple sur l'une des lointaines îles Haida Gwaii (en anglais seulement). J'y suis allé pour célébrer un anniversaire. Pas celui du Canada, mais plutôt le deuxième anniversaire de naissance de mon petit-fils. Pouvoir passer du temps avec lui sans être constamment dérangé par les courriels, le téléphone ou la télévision a été une expérience formidable.

Lorsque j'ai commencé à m'impliquer auprès des communautés des Premières Nations en régions éloignées, l'une des premières choses que j'ai apprises a été que le respect est d'une importance primordiale. Si nous ne nous respectons pas les uns les autres, nous n'écoutons pas et nous n'apprenons rien. Comme de fait, nous ne faisons que nous engager dans des dialogues dont les limites sont prédéterminées par nos valeurs, croyances et perceptions. C'est ce manque de respect mutuel qui a mené à la destruction des peuples autochtones d'Amérique, d'Afrique et d'Australie par les Européens. Et c'est ce même manque de respect mutuel qui a mené à la catastrophe, alors que les explorateurs n'ont pas été à même d'écouter et d'apprendre des populations locales lors de leurs expéditions dans l'Arctique, sur le Nil et en Amazonie.

Or le respect devrait s'étendre non seulement à tous nos semblables, mais également aux oiseaux, aux poissons, aux rivières et océans, aux nuages et au ciel, à toute cette verdure qui capte l'énergie du soleil et alimente l'ensemble de la vie sur Terre ainsi qu'à toutes ces choses qui assurent la subsistance de notre espèce et font de cette planète notre précieuse demeure.

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Il a plu tous les jours sauf un lors de notre séjour sur Hotprings Island. Rien de surprenant, car l'île est couverte de forêts humides. Nous nous sommes habillés en conséquence et sommes sortis à marée basse pour taquiner les siphons des Panopes du Pacifique. Mon petit-fils s'exclamait joyeusement à chaque fois qu'un Panope lançait un jet d'eau avant de s'enfouir dans la vase. La profusion d'algues enchevêtrées à fleur d'eau créait un surprenant collage aux couleurs et formes diverses, sous lequel nous avons trouvé des crabes, des chabots et des étoiles de mer.

J'ai été subjugué par la pensée que cette petite communauté d'animaux et de plantes multiples avait prospéré pendant des millénaires en coexistant et interagissant de manières nous étant encore inconnues à ce jour. Partout dans le monde, la vie a su trouver le moyen de s'épanouir, permettant ainsi aux êtres humains d'exploiter l'abondance et la productivité s'étant développée au sein de ses écosystèmes variés.

L'homme est un animal intelligent qui est capable de pallier à sa faible taille, son manque de force, de rapidité ou de capacités sensorielles grâce à sa curiosité et son ingéniosité. Nous savons aujourd'hui que nous ne sommes pas les seuls sur cette Terre à savoir utiliser des outils. Fait est cependant que nulle autre espèce ne possède toute la débrouillardise et la créativité nécessaires à l'invention d'outils tels ceux que nous utilisons chaque jour.

J'ai été grandement surpris par la réaction de mon petit-fils à son premier gâteau d'anniversaire. Il a semblé apprécier le goût sucré du gâteau (une sensation rare pour lui, comme ses parents limitent la quantité de bonbons qu'il mange), mais trois bouchées ont suffi à le rassasier. Si seulement nous étions tous capables de contrôler notre gourmandise aussi bien que lui. En tant qu'espèce, nous avons développé un appétit sans fin pour les choses, de même que pour la puissance technologique et l'économie globale censées combler ce besoin effréné de consommer toujours davantage.

Il aura jadis fallu des mois au peuple haïda (en anglais seulement) pour abattre un immense arbre servant à la construction de leurs maisons communes, leurs poteaux ou leurs canots. De nos jours, un seul homme muni d'une tronçonneuse peut accomplir la même besogne en quelques minutes à peine. Notre soif de croissance économique et de profit, purgée de tout respect pour la forêt en tant qu'écosystème, nous amène à utiliser nos technologies pour détruire la forêt afin de ne récolter qu'une partie infime des éléments qui la composent. Nous justifions la coupe à blanc d'immenses zones forestières comme étant des « pratiques sylvicoles adéquates » ou « imitant les incendies ou chablis d'origine naturelle ». Mais ce n'est là que rationalisation.

Pensez un instant aux incroyables technologies utilisées dans l'industrie de la pêche en haute mer : radars, sonars, GPS, matériaux ultrarésistants, etc. Nous utilisons des filets dérivants, des palangres et des chaluts de fond qui capturent quantité d'espèces ciblées et de soi-disant « prises accessoires », c.-à-d. des espèces sans valeur commerciale ou happées sans le vouloir (oiseaux, requins, tortues, dauphins, etc.). Les conséquences de telles pratiques sont aujourd'hui bien visibles, une situation que je n'aurais jamais cru possible lorsque j'étais enfant. Les océans qui couvrent 71 % de la surface terrestre, ces « sources illimitées de protéines » selon ce qui m'a été enseigné à l'école, sont dans un état pitoyable. Ceux-ci sont devenus non seulement des environnements ravagés par la surpêche, mais de véritables espaces morts dépourvus d'oxygène, parsemés d'énormes îles de débris plastiques et au pH altéré par la dissolution de dioxyde de carbone dans l'eau.

Voilà les pensées qui m'habitaient alors que je réfléchissais sur le genre de monde dans lequel mon petit-fils grandira, et sur tout ce que nous pourrions accomplir si seulement nous arrivions à saisir le sens de ce mot tout simple : respect.

23 août 2011

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