Le caribou des bois à un tournant de son existence | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le caribou des bois à un tournant de son existence

(Crédit : Wild Rose Dogs via Flickr)

Par David Suzuki

Sur la scène internationale, le Canada est reconnu pour ignorer ses crises environnementales, et ce, jusqu'à ce qu'il soit déjà presque trop tard. Pensons aux milliers de Canadiens et Canadiennes des maritimes qui ont perdu leurs gagne-pain suite à l'épuisement des stocks de poisson dû à la surpêche dans les années 90.

La même histoire s'est produite dans certaines communautés vivant de l'exploitation forestière ainsi que dans des villages miniers où le cycle d'expansion et de recul brutal devrait nous faire comprendre qu'il faut saisir toutes les occasions pour protéger l'environnement ou en subir les inévitables conséquences écologiques et sociales.

Avec la publication très attendue de la proposition de Programme de rétablissement (en anglais seulement) de la population boréale du caribou des bois, une telle occasion se présente à nous. Le caribou boréal est une espèce iconique en voie d'extinction, et ce, à travers tout le pays, du Yukon au Labrador. (La proposition est maintenant soumise à une consultation publique jusqu'au 22 février 2012)

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Proie des loups et d'autres animaux (dont les humains), les caribous des bois sont essentiels pour le maintien du réseau trophique qui s'est développé au cours des derniers milliers d'années ainsi qu'au bien-être des centaines de communautés autochtones du Nord qui en dépendent pour se nourrir, donc pour leur survie.

Bien que les populations de caribou des bois étaient autrefois abondantes dans la majeure partie du Canada et du Nord des États-Unis, elles ont perdu environ la moitié de ses pâturages en raison des coupes à blanc, de l'industrie minière, des lignes sismiques, des routes, des projets hydroélectriques et d'autres développements qui perturbent et fragmentent son habitat naturel.

En Alberta, à l'ouest de Fort Mc Murray, un troupeau vivant dans la région où sont exploités les sables bitumineux est menacé de disparition. Le déboisement, l'exploration et le développement de l'industrie pétrolière et gazière ont affecté plus de 60 % de l'habitat naturel du troupeau de Red Earth, laissant trop peu de forêts vierges où le caribou peut se nourrir et se reproduire.

S'il y a une bonne nouvelle, c'est le fait que la science est sans équivoque sur le chemin à suivre pour sauver cette espèce en voie d'extinction. Une analyse récente réalisée par les experts de l'Initiative boréale canadienne conclut que le gouvernement doit protéger une importante partie du territoire habité par le caribou des bois de toute perturbation industrielle. Effectivement, les troupeaux ont besoin d'au moins deux tiers de leurs pâturages pour assurer leur survie ou pour rétablir la population. Dans certaines zones, ceci pourrait signifier la protection de 10 000 à 15 000 kilomètres carrés de forêt boréale très ancienne.

Selon la Loi sur les espèces en péril, les programmes de rétablissement doivent utiliser les meilleures connaissances scientifiques et autochtones disponibles afin de déterminer la superficie de l'habitat naturel dont une espèce a besoin pour sa survie et son rétablissement. Le gouvernement se doit également de fixer des objectifs pour rétablir les populations animales. Il doit aussi identifier tout ce qui peut représenter une menace pour la survie des espèces et prendre tous les moyens pour réduire leurs impacts.

Le gouvernement fédéral a intégré quelques-unes des idées défendues par les scientifiques dans le programme de rétablissement. Effectivement, une portion de territoire sera protégée pour environ la moitié des troupeaux restants au Canada. Néanmoins, la stratégie comprend de sérieuses failles. Plusieurs troupeaux ne possédant pas la capacité d'autosuffisance ont été considérés comme perdus afin de supprimer les barrières à des activités industrielles futures dans leur habitat, par exemple le développement des sables bitumineux en Alberta. Au lieu d'une protection et d'un rétablissement de l'habitat de ces troupeaux, le gouvernement propose des mesures controversées de type « pansement ». Il suggère entre autres d'abattre des milliers de loups et d'autres prédateurs. Cette gestion vise plutôt la stabilisation des populations de caribou en déclin que leur rétablissement; une violation de la Loi sur les espèces en danger.

Le programme officiel de rétablissement canadien et la science démontrent que la protection de territoires immenses de la zone boréale sera nécessaire pour la survie du caribou. Nous aurons également à prendre une approche plus écologique dans le développement industriel des zones où nous faisons de l'exploitation forestière, forons, fracturons et exploitons à fond les combustibles fossiles. Plusieurs environnementalistes et compagnies forestières essayent de collaborer sous l'entente de la forêt boréale canadienne afin de développer des Programmes mixtes de conservation du caribou qui protège à la fois l'habitat tout en assurant la viabilité économique des entreprises.

Les plans du gouvernement fédéral aideront ces troupeaux qui possèdent supposément une capacité d'autosuffisance, mais ils ne font pas les efforts nécessaires pour assurer la survie de dizaines d'autres troupeaux. Pour conclure, il s'agit d'un compromis trop coûteux pour le caribou et vraisemblablement aussi pour notre pays.

15 septembre 2011

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