Par David Suzuki

Je ne suis pas le seul à être insatisfait des systèmes économiques qui reposent sur la croissance constante et l'exploitation exponentielle de ressources limitées — des systèmes qui concentrent la richesse dans les mains d'un petit nombre d'individus alors que tant de gens sont dans la misère.

Depuis le 17 septembre, les manifestations se sont propagées de New York à un nombre sans cesse croissant de villes aux États-Unis, en Europe et au Canada, dans un mouvement baptisé « Occupons Wall Street. » Les demandes des manifestants ne sont pas toujours claires; dans certains cas, elles semblent carrément incohérentes ou absurdes — tel que l'appel à la fois pour une politique d'ouverture des frontières et pour une politique d'augmentation des tarifs douaniers.

Il est intéressant de souligner que ceux qui ont donné l'impulsion au mouvement l'ont fait avec une seule question en tête : quelle est notre principale demande? La question a d'abord été posée dans ma ville natale de Vancouver par le magazine Adbusters. L'éditeur Kalle Lasn écrivait que la campagne avait été lancée comme une invitation à agir plus que comme une tentative d'obtenir une réponse. Se concentrer sur une seule demande peut être (ou pas) un exercice utile, mais le débat lui-même est nécessaire. Grâce à l'attention que ces manifestations génèrent, tous, autant les dirigeants syndicaux, les étudiants que les travailleurs, ont un forum public où soulever des questions sur nos systèmes économiques actuels.

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Pourquoi les gouvernements dépensent-t-ils par milliards l'argent des contribuables pour renflouer les institutions financières, dont plusieurs se sont battues contre la notion même de régulation gouvernementale ou d'aide sociale, tandis que rien n'est fait pour les gens qui ont perdu toutes leurs économies ou dont la maison a été saisie? Et pourquoi les gouvernements n'ont-ils pas au moins exigé que les institutions démontrent une certaine responsabilité écologique et sociale en retour?

Pourquoi les pays développés accordent-ils encore des allègements fiscaux aux plus riches quand des enfants sont affamés, que les travailleurs et les chômeurs voient leurs salaires, leurs avantages et leurs possibilités diminuer, que les infrastructures s'effondrent et que l'accès aux soins de santé et à l'éducation se fait de plus en plus difficile?

Pourquoi exploitons-nous si sauvagement des ressources limitées et détruisons-nous de précieux écosystèmes afin de faire des profits à court terme et avoir une croissance économique non durable? Si nous n'avons pas pris le temps de réduire nos besoins énergétiques et de passer à des sources d'énergie plus propres, que ferons-nous lorsque le pétrole sera épuisé ou deviendra trop difficile (ou trop coûteux) à extraire?

Pourquoi est-ce que notre système économique valorise les produits jetables ainsi que les services non-essentiels au détriment de choses dont nous avons réellement besoin pour survivre et être en bonne santé, comme l'air pur, l'eau propre et une terre fertile? Bien sûr, il y a une certaine contradiction chez les manifestants qui s'insurgeant contre le système de consommation et qui possèdent des iPhones. Mais il ne s'agit pas seulement de faire des changements et des sacrifices personnels, il s'agit de se questionner sur notre place sur cette planète.

En moins d'un siècle, la population humaine a augmenté de façon exponentielle, passant de 1,5 à sept milliards d'individus. Parallèlement, la technologie et les connaissances ont connu un développement accéléré tout comme la production et l'exploitation des ressources se sont intensifiées. Ce rythme et ce mode de développement ont conduit à une dépendance aux combustibles fossiles, à un tel point qu'une grande partie de nos infrastructures soutiennent des produits comme les voitures et leurs carburants afin de préserver le cycle des profits et la concentration de la richesse. Nos systèmes économiques actuels sont relativement nouveaux — ce sont des moyens que nous avons imaginés à la fois pour faire face aux défis de la production et de la distribution pour des populations en expansion rapide et pour exploiter les opportunités.

Il peut sembler qu'il n'y a aucun espoir de changement, mais nous devons nous rappeler que la plupart de ces développements sont récents et que les humains sont capables d'innovation, de créativité et de prévoyance. Malgré une opposition considérable, la plupart des pays ont reconnu à un certain moment que l'abolition de l'esclavage visait des objectifs qui transcendaient les considérations économiques, tels que l'amélioration des droits humains et la dignité — et cela n'a pas détruit l'économie, comme les partisans de l'esclavagisme le craignaient.

Je ne sais pas si les manifestations d'« Occupons Wall Street » mèneront à quelque chose, mais il y aura certainement des répercussions. Et, bien que je ne comparerais pas ces manifestations à celles qui ont lieu au Moyen-Orient, elles démontrent toutes que lorsque les citoyens en ont assez des inégalités ainsi que des conséquences négatives et destructrices découlant de décisions prises par ceux qui sont au pouvoir, nous avons la responsabilité de nous rassembler et d'en parler ouvertement.

Le cours de l'histoire humaine est en constante évolution. C'est à nous tous de participer au débat pour aider à le diriger dans le bon sens. Peut-être que notre seule demande devrait être adressée à nous-mêmes : prendre cela suffisamment à cœur pour agir.

21 octobre 2011

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2 commentaires

09 novembre, 2011
12:44

Merci de votre appui envers la problèmatique!!! L’espérance est possible, et plus on en parle plus on y arrivera.Cessons de nous résigner et engageons-nous. Merci, Monique supporter d’Occupons Montréal.

21 octobre, 2011
13:58

Les plus à droite répondront que L’Amérique ne s’est pas construite par socialisme. Suzuki parle ici d’humanisme, de justice sociale et d’écologie. Pour tous ces néolibéralistes et “chanceux” faisant partie de l’élite, SVP prière de vous abstenir de vos vieux clichés capitalistes poussiéreux. Les profits sont privatisés, les pertes étatisées?!? Les États-Unis et l’Europe ne pourront plus jamais diffuser le vieux discours de non-intervention de l’état et de libre entreprise, cette époque est révolue. La Terre est ronde, les ressources sont limitées, les marchés sont limitées et interdépendants.

Les contribuables ont sauvé Wall Street en 2008, un retour d’ascenseur est maintenant attendu par tous ces “pauvres petits travailleurs mortels”. Justice!

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