Photo: Une leçon sur les changements climatiques vieille de 56 millions d'années

(Crédit : Snugg via Flickr)

Par David Suzuki

Avec la participation d'Ian Hanington, Spécialiste des communications et d'éditions

Notre planète est une sphère en perpétuelle évolution ainsi qu'une source infinie de mystères et de merveilles. Par l'étude des sédiments, d'échantillons de calottes glaciaires, des arbres et des fossiles, les scientifiques sont parvenus à reconstituer une partie de sa formidable évolution. Nous, les êtres humains, n'avons habité la Terre que depuis une période relativement courte de son histoire, notre survie et notre prospérité ayant été rendues possibles par l'apparition de conditions uniques qui ont créé l'état d'équilibre que nous connaissons aujourd'hui.

Tout au long de notre brève histoire, nous avons été soumis aux forces de la nature. Malgré tout, depuis le début de notre existence, notre planète se trouve dans une phase de son évolution qui nous a permis de prospérer largement. Cela, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de le prendre pour acquis. En examinant le monde de plus près grâce aux sciences, on découvre avec stupéfaction les cycles de l'eau et du carbone, de même que des processus tels que la photosynthèse qui nous permettent de respirer, de manger, etc. Nous observons également des sécheresses, des inondations, des invasions d'insectes et des extinctions qui peuvent modifier l'équilibre de la vie de manière radicale.

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L'émission de quantités massives de carbone dans l'atmosphère peut déclencher des événements cataclysmiques. C'est la situation à laquelle nous faisons face aujourd'hui, alors que nous brûlons les combustibles fossiles aussi vite que nous les extrayons du sol pour chauffer et illuminer nos maisons et villes, ou pour nous propulser dans nos machines qui pèsent 10 fois plus que la personne (le plus souvent seule dans l'habitacle) que celles-ci transportent.

Ce n'est pas la première fois que la Terre se transforme sous l'effet d'une surcharge de carbone. Les scientifiques ont découvert que la planète a connu un réchauffement rapide il y a quelque 56 millions d'années, bien avant l'arrivée des êtres humains. Selon un article paru dans le numéro d'octobre du National Geographic (article en anglais), le système climatique de notre planète aurait été transformé par une « émission massive et géologiquement subite de carbone » pendant le maximum thermique du Paléocène-Eocène, (PETM), rendant ainsi possible l'apparition et l'épanouissement de nouvelles formes de vie, dont, éventuellement, les êtres humains.

Selon les indices recueillis, le carbone émis à cette époque dans l'atmosphère aurait équivalu à la quantité qui entrerait dans l'atmosphère si nous brûlions l'ensemble des réserves de charbon, de pétrole et de gaz naturel de la Terre. On soupçonne également que les effets de ce réchauffement aient pu se faire sentir pendant plus de 150 000 ans, jusqu'à ce que tout le carbone ait été réabsorbé.

Il existe cependant une différence majeure entre cette époque et aujourd'hui : de nos jours, ce sont les êtres humains, c'est-à-dire nous, qui produisons les changements actuels. Les transformations survenues il y a 56 millions d'années auraient au contraire été causées par un phénomène naturel, même si les scientifiques n'ont toujours pas identifié avec certitude les raisons d'un tel événement. À cette époque, la Terre subissait des bouleversements tectoniques qui auraient provoqué de fortes activités volcaniques. Mais cela ne permet d'expliquer qu'une infime partie des émissions de carbone et des importantes augmentations globales de température, même si on ajoute un possible impact de comète à l'équation.

Le scénario le plus plausible veut que le léger réchauffement causé par ces événements ou par des fluctuations de l'orbite terrestre ait lui-même entraîné la fonte d'hydrates de méthane, libérant ainsi d'énormes quantités de méthane dans l'atmosphère. Comme le souligne l'article du National Geographic cité plus haut: « Cette hypothèse est alarmante. Chaque molécule de méthane dans l'atmosphère réchauffe la Terre 20 fois plus que le dioxyde de carbone. Ensuite, après une ou deux décennies, le méthane s'oxyde en CO2 et continue à réchauffer la planète pendant plusieurs années ».

Les hydrates de méthane sont des molécules d'eau semblables à de la glace qui se forment autour de molécules de méthane. Celles-ci demeurent stables sous la haute pression et les températures froides. D'importants dépôts d'hydrates de méthane gisent présentement sous l'Arctique et les fonds marins. Les scientifiques estiment que les réchauffements actuels seraient suffisants pour libérer ces puissants gaz à effet de serre.

Birger Schmitz, un géologue suédois qui étudie la science du PETM, a déclaré au National Geographic que nous pouvions attendre de voir quel sera le résultat de telles émissions de méthane, ou alors examiner ce qui s'est déjà produit il y a 56 millions d'années. Et ce qui est survenu à cette époque n'est rien de moins qu'une « réorganisation radicale de la vie ».

Pourquoi devrions-nous entreprendre une expérience aussi drastique qui menacerait la survie même de l'espèce humaine alors que nous disposons déjà d'excellentes preuves nous permettant de prédire le résultat d'un tel événement? La raison principale est que plusieurs parmi nous refusent de renoncer à ce luxe et ces systèmes économiques nouvellement acquis, et ce peu importe les conséquences pour nous-mêmes, nos enfants, nos petits-enfants, et toutes les autres formes de vie sur la planète. Nous semblons refuser de diminuer le rythme de nos extractions et utilisations de combustibles fossiles pour une transition vers des sources d'énergie moins polluantes et des modes d'existence plus rationnels au sein de cette biosphère aux capacités limitées.

Nous sommes devant des choix difficiles. Chose certaine, la science nous indique que nous devons choisir sagement et rapidement.

20 octobre 2011

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