Sept milliards d'humains sur terre, est-ce trop? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Sept milliards d'humains sur terre, est-ce trop?

(Crédit : jbhthescots via Flickr)

Par David Suzuki

Avec la collaboration d'Ian Hanington, Spécialiste des communications et d'éditions

Quel est le plus grand défi dans le monde? Est-ce les changements climatiques? La disparité économique? La disparition des espèces? Si on questionnait un milliardaire occidental — certainement membre du 1 % dont fait mention le mouvement « Occupy » —, il répondrait probablement qu'il s'agit de la croissance de la population. Plusieurs personnes bien nanties d'Amérique du Nord et d'Europe seraient du même avis, mais qu'en est-il réellement ?

Nous devons nous pencher sur cette réalité, d'autant plus que la Terre à vu naître son 7 milliardième humain il n'y a que quelques mois. Au cours de ma vie, la population humaine a plus que triplé. (Je sais, je suis coupable d'avoir contribué à ce boum). Cependant, la surpopulation est-elle réellement le problème? Et si c'est le cas, que pouvons-nous faire?

D'abord, assurer la subsistance de la majorité des habitants d'une planète au territoire restreint et aux ressources tout aussi limitées représente un défi de taille. Toutefois, dans un monde où la faim et l'obésité constituent une véritable épidémie, le taux de reproduction ne peut être le problème. Aussi, lorsque nous observons d'autres problématiques associées à la surpopulation, nous nous apercevons que c'est la surconsommation des gens privilégiés qui est l'élément principal contribuant à la destruction de l'environnement et à l'épuisement des ressources.

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Un jour j'ai demandé au grand écologiste E.O.Wilson combien d'habitants la planète pouvait-elle soutenir et il m'a répondu « Si vous désirez vivre comme les Nord-Américains, 200 millions. » Les Nord-Américains, les Européens, les Japonais et les Australiens, qui constituent 20 de la population mondiale, consomment plus de 80 des ressources mondiales. Nous sommes les principaux prédateurs et pollueurs de la planète, nous ne devons pas attribuer ce problème à la surpopulation. Il faut cependant garder en tête que les plus grands ravages causés à l'environnement ne sont pas directement causés par les individus ou les ménages (en anglais), mais par les entreprises avides de voir plus de profits plutôt que de se concentrer sur les besoins humains.

L'organisme sans but lucratif Global Footprint Network a déterminé la grandeur du territoire et la quantité d'eau nécessaire à la production des ressources consommables et à l'absorption des émissions de dioxyde de carbone. Si la nature se régénère en moins d'une année, nous pouvons qualifier la production comme étant durables. Cependant, l'organisme a découvert qu'il prend à la nature 1,5 année pour se régénérer. Cela signifie que nous utilisons le capital biologique de base plutôt que de vivre des intérêts, et cela dure depuis les années 1980.

Alors que la population des pays en développement demande un accès de plus en plus grand à des produits et ressources, que nous occidentaux prenons pour acquis, les répercussions environnementales sont de plus en importantes. Le meilleur moyen de contrer ce problème est la réduction de la consommation et des déchets, la recherche de sources d'énergie plus propres et l'aide aux pays émergents à trouver des moyens de développement plus durables que ceux que nous avons utilisés — ils pourront ainsi apprendre de nos erreurs. Certes, stabiliser et diminuer la croissance de la population aidera, mais les recherches démontrent que ce n'est pas le facteur le plus important. Le rapport des Nations Unies « l'État de la population mondiale 2011 » conclut qu'une croissance nulle de la population n'aura pas une énorme répercussion sur le réchauffement de la planète.

Toutefois, tout comme il est absurde de baser une économie mondiale sur la croissance constante alors que les ressources ne le sont pas, il ne peut pas être viable pour notre planète de voir sa population humaine continuer d'augmenter exponentiellement. Alors, y a-t-il de bonnes nouvelles? Et bien, la croissance de la population diminue. Selon le rapport des Nations Unies, le nombre moyen d'enfants par femme est passé de 6 à 2,5 au cours des 60 dernières années. La recherche démontre que la stabilisation et la réduction de croissance de la population doivent passer par la protection et le respect des droits de la femme, un meilleur accès aux méthodes de contrôle des naissances, une éducation à grande échelle sur la sexualité et la reproduction, ainsi que par la redistribution de la richesse.

Cependant, les riches conservateurs qui identifient, de façon démesurée, la croissance de la population comme étant le plus grave problème, sont souvent ceux-là mêmes qui s'opposent aux mesures à prendre pour ralentir le taux de croissance. Ce phénomène s'est avéré particulièrement véridique aux États-Unis, où des dirigeants d'entreprises et des politiciens qui soutiennent le combat contre la protection de l'environnement se sont aussi montrés contre l'éducation sexuelle et un meilleur accès aux méthodes de contrôle des naissances, sans mentionner leur opposition à la redistribution de la richesse.

Les préoccupations relatives à la population, à l'environnement et à la justice sociale sont intimement liées. Octroyer plus de droits aux femmes en ce qui a trait à leur corps, leur donner des chances égales de participer dans la société ainsi que faire en sorte que l'éducation et la contraception soient largement diffusées, aidera à stabiliser la croissance de la population et apportera de nombreux autres avantages. La réduction de la disparité économique entre les individus et les nations riches et pauvres mènera à une meilleure répartition des ressources. Cela démontre également que pour faire face aux problèmes environnementaux, nous devons agir et faire plus que de simplement ralentir la croissance de la population.

3 novembre 2011

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1 commentaire

21 février, 2012
21:25

Je pense que la Terre pourrait supporter 7 milliards d'humains si la richesse était répartie équitablement et si nous ne vivions pas dans un système capitaliste à outrance. Il est temps de, non seulement réfléchir à de nouvelles façons de concevoir le monde, mais à les mettre en place. Il y a des communautés qui ont vécu dans le passé dont nous pourrions prendre exemple: ces gens vivaient de ce que la Terre leur donnait et ils ne lui en demandaient pas plus. Il faut laisser tomber le matérialisme et vivre volontairement en toute simplicité.

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