Jardin d'Éden aux limites d'une ville | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Jardin d'Éden aux limites d'une ville

(Crédit : Sepehr Ehsani via Flickr)

Par David Suzuki

En collaboration avec Faisal Moola, Directeur de la conservation terrestre et des sciences pour la Fondation David Suzuki

Le Gouvernement fédéral a annoncé un projet NIMBY (en anglais) excitant. Ce projet apportera la nature dans des millions de cours arrière en créant le premier parc national urbain au Canada, et ce, dans la plus grande région urbaine du pays.

Situé à l'extrême Est de la région métropolitaine de Toronto, le Parc National de la Rouge (en anglais) sera unique en son genre. Il n'offrira pas de vue panoramique comme à Jasper ou à Banff, ne sera pas un refuge pour les ours polaires comme le Parc National de Wapusk au Manitoba et ne sera pas plus grand que certains pays Européens, comme le Parc National Wood Buffalo. Par contre, il aidera une population urbanisée à tisser des liens avec la nature tout en protégeant et restaurant une forêt magnifique.

Ce Parc National sera crée au cœur de la région urbaine ayant la croissance la plus rapide en Amérique du Nord, avec des millions d'habitants déjà établis à l'extérieur de ses frontières. Cette région, occupée par une riche variété de plantes et d'animaux, comme la tortue hargneuse (ou serpentine), le noyer cendré ou des espèces rares de fleurs de zone humide, subit de manière évidente les contrecoups de l'empreinte humaine : deux autoroutes majeures, des développements immobiliers à proximité et la collection d'eau pluviale. La gestion des infrastructures existantes et futures dans le parc, plus particulièrement celle des routes, sera cruciale pour que la croissance et l'étalement des banlieues avoisinantes n'affectent pas l'écologie sensible du parc.

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Suite à des décennies d'utilisation humaine, certaines parties du Parc se sont dégradées et nécessiteront des efforts considérables de restauration allant de pair avec la protection fédérale. Par exemple, la restauration de la canopée des forêts caroliniennes et de l'Est des Grands Lacs sera importante puisque l'utilisation des terre agricole et l'exploitation forestière des dernières années ont fait décroître de manière dramatique la quantité de forêts primaires et secondaires dans la région (en anglais). En effet, les forêts primaires et secondaires intactes représentent moins de 1 % des forêts d'Amérique du Nord. Les régions où se retrouve généralement ce type de forêts sont petites et isolées dans des paysages de seconde croissance, et continuent d'être endommagées par des activités humaines telles que l'exploitation de granulats, l'agriculture industrielle et l'étalement urbain. Plusieurs scientifiques craignent que la perte de ces forêts ancestrales, ainsi que leur fragmentation, menacent la survie de la faune qui dépend de cet environnement.

Depuis le début du siècle dernier, différents recensements des plantes du Sud de l'Ontario, des Maritimes et de la Nouvelle-Angleterre démontrent que certaines plantes comme l'if du Canada (ou sapin traînard) réagissent bien dans les forêts vierges, mais sont tellement sensibles aux actions humaines qu'elles sont rarement présentes dans des forêts secondaires. Les scientifiques croient que ces plantes sont incapables de se rétablir complètement dans des champs fermiers abandonnés ou sur d'anciens sites de coupe de bois, car l`habitat ne leur convient plus, et ce, même après des centaines d'années. L'utilisation de machinerie lourde et des méthodes d'agriculture mécanique (débusqueuses et tracteurs), détruit souvent les billots de bois pourris, nivelle et compacte la terre. Ceci a pour effet d'estomper les fosses et monticules qui sont des éléments naturels importants pour plusieurs espèces vivant dans ces forêts (le monotrope uniflore, l'oseille des bois et le bouleau jaune).

Parcs Canada, en collaboration avec les groupes communautaires locaux, les autorités régionales pour la conservation, les universités ainsi que d'autres partenaires, devra travailler à la restauration de certaines zones du Parc de la Rouge. Cela se fera en plantant des espèces d'arbres indigènes et en enlevant des espèces invasives. À certains endroits il faudra également réintroduire et recréer certaines caractéristiques manquantes du Parc, tels d'anciens billots de bois mort, des fosses et monticules et des étangs (en anglais). Tous ces efforts, dans le but d'assurer et de maintenir une flore et une faune vivante.

Une grande partie des travaux est déjà en cours. Un groupe de la région, le Friends of the Rouge Watershed (en anglais) , a planté plus de 100 000 arbres et fleurs sauvages locales dans un effort monumental de reforestation d'une section du parc réservée pour honorer la mémoire de Bob Hunter (en anglais), membre fondateur de Greenpeace et considéré comme le père du mouvement environnemental moderne au Canada. Le groupe espère maintenant restaurer des aspects cruciaux du Parc Rouge, tels que l'aménagement de vieux billots de bois, étangs et autres habitats naturels du Bob Hunter Memorial Park.

En plus d'être un vibrant hommage à ce grand héros canadien, cette restauration est un merveilleux cadeau pour les torontois et à les canadiens. qui pourront profiter du lustre de cette magnifique forêt ancestrale. Passer du temps en forêt est bon pour la santé physique et mentale ; l'implantation d'un parc national dans la cours d'une ville ne peut qu'être bénéfique pour les générations futures.

14 décembre 2011

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