À quoi sert un gouvernement? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: À quoi sert un gouvernement?

(Crédit : Peter Blomert via Flickr)

Par David Suzuki

Avec la collaboration du biologiste de la vie aquatique de la Fondation David Suzuki Jeffery Young

À quoi sert un gouvernement? Selon certains, la population ne se porterait que mieux en l'absence d'un gouvernement — une telle idée frôle cependant l'absurde. Même les libertaires s'accordent sur le fait qu'il devrait exister une forme d'instance policière et un système de justice qui veillerait à la protection des libertés individuelles et à la propriété. Sinon, comment pourrait-on s'assurer d'une résolution juste et équitable lors de conflits opposants les libertés individuelles aux droits et libertés de propriétés ?

Un autre courant veut que le gouvernement priorise l'économie et sa croissance en encourageant l'entreprise privée, qu'en se débarrassant ainsi des limites et contraintes, l'économie ne s'en porterait que mieux.

La raison d'être d'un gouvernement est de protéger ses citoyens, tâche plus compliquée qu'elle ne le semble. Les droits des citoyens sont habituellement énoncés dans les lois constitutionnelles des pays démocratiques. Ainsi, la constitution canadienne énonce de nombreux droits, et ce, dans de divers domaines : droits fondamentaux, droits démocratiques, garanties juridiques, droit à l'égalité, droits linguistiques,...

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En ce début de nouvelle année, il est indispensable de réfléchir sur les moyens qu'a utilisé notre gouvernement afin de veiller aux droits et libertés de chacun de ses citoyens; cette réflexion, qu'on le veuille ou non, pourrait nous en dire long sur la suite du trajet.

En vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, chaque Canadien a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité. Mais comment s'y prendre pour garantir ces droits si l'on ne peut garantir les conditions nécessaires à la vie, c'est-à-dire l'air pur, l'eau propre et des terres pouvant être cultivées? Ces conditions essentielles découlent et dépendent d'un seul élément : des écosystèmes naturels fonctionnels. Certes, la filtration des eaux polluées et la culture de produits alimentaires dans les laboratoires sont vraisemblablement possibles, mais les coûts faramineux associés à ce genre de stratégies sont injustifiables, surtout lorsque la protection de ces mêmes écosystèmes serait possible et réalisable, et n'utiliserait qu'une portion de ces coûts. Ne serait-il pas temps d'agir avant de compromettre nos écosystèmes ?

Les écosystèmes intacts et naturels (ou plus simplement « la nature ») nous fournissent les ressources dont nous avons besoin pour subvenir à nos besoins fondamentaux et pour assurer notre survie. Nous ne saurions survivre sans la nature, et l'Homme fait partie de cette nature. Bien qu'ils soient d'une grande importance, les innovations technologiques, les actions individuelles et les systèmes de protection du marché ne peuvent constituer ou garantir une protection suffisante pour notre environnement. De plus, l'équation économique ne tient que trop rarement compte des dépenses reliées aux dommages fait à l'environnement, pas plus qu'elle ne quantifie les bénéfices reliés à une nature fonctionnelle.

De ce point de vue, si l'un des principaux rôles du gouvernement est bien de protéger ses citoyens, ne devrait-il pas, par le fait même, protéger la nature ? Toute analyse des débats entre les forces de gauche ou de droite est bien loin du compte quand elle se contente de croire qu'un côté cherche à faire croître la présence de l'État tandis que l'autre cherche à la réduire. Cette analyse ne pourrait être plus erronée, puisqu'elle ignore les priorités et rôles d'un gouvernement.

Un gouvernement doit établir ses priorités. La plupart du temps, celles-ci correspondent à la répartition des fonds et ressources publiques. Les derniers gouvernements canadiens n'ont cessé de faire la promotion d'une économie forte et concurrentielle comme étant la plus importante de ces priorités ; et que pour atteindre la prospérité, les intérêts des grandes sociétés doivent être plus grands que les intérêts des citoyens. Il s'agit là d'une erreur, d'un pas en l'arrière.

Partout au pays, les budgets alloués aux ressources et programmes pour la protection de l'environnement diminuent. Les lois et règlements qui protégeaient alors l'environnement sont quant à eux transformés dans l'intérêt des grandes sociétés. Pendant ce temps, des dizaines de milliards de dollars sont dépensées par le gouvernement canadien pour l'achat de nouveaux avions de combats, de nouveaux navires de guerre ainsi que pour des campagnes d'autopromotion et de promotion de l'industrie des sables bitumineux.

À la fin de l'année 2011 lors de la conférence sur les changements climatiques de Durban en Afrique du Sud, notre gouvernement a tenté de convaincre d'autres pays de se retirer du protocole de Kyoto. Le Canada, bien qu'il n'ait été suivi par aucun autre pays, a marqué l'histoire en devenant le premier et seul pays à abandonner l'accord international qu'il jugeait irréaliste et trop contraignant. Certes, le gouvernement actuel n'est pas le seul à avoir manqué à ses responsabilités devant les exigences du protocole. Kyoto est loin d'être une entente parfaite, mais le choix de l'abandonner plutôt que de l'améliorer est un échec. Une telle décision de la part du leadership canadien témoigne de l'incapacité à reconnaitre que la lutte contre les changements climatiques est essentielle s'il veut protéger ses citoyens et ceux du monde entier.

Devons-nous et pouvons-nous croire ce gouvernement quand il affirme qu'il saura dresser un plan réaliste visant à réduire les émissions et lutter contre les changements climatiques ? S'il faut se baser sur le bilan des derniers gouvernements, il est difficile d'y croire.

Le rôle de l'économie est de répondre aux besoins de santé et de bien-être de la population. Donc, l'environnement et l'économie ne sont pas deux priorités qui s'opposent : elles jouent le même rôle. Protéger l'environnement n'est pas une barrière économique, mais une vitamine économique essentielle à la santé de l'économie et de la population. Si la population ne peut subsister en l'absence de son environnement, pour qui l'économie roulera-t-elle?

En tant que citoyens, c'est à nous que revient la tâche de s'assurer que le gouvernement que nous avons élu pour protéger nos droits et libertés veille sur la nature. Notre vie en dépend.

Renseignez-vous davantage : www.davidsuzuki.org.

FIN

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6 janvier 2012

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