Photo: La vision verte est un remède contre la cécité des plantes

(Crédit : Matthew Burpee via Flickr)

Par David Suzuki

Un collègue me racontait récemment que son jeune fils se baladait dans le parc du quartier, ramassant brindilles et bâtons, les brandissant comme s'ils étaient des outils pour creuser, enfoncer et tapoter. Soudain, le garçon s'est arrêté en montrant du doigt d'un air excité la canopée de branches au-dessus de sa tête : « Regarde papa. Les bâtons proviennent des arbres! »

Relier mentalement les branches tombées au sol au tronc est une évidence pour un adulte. La plupart d'entre nous ont cependant perdu ce sens profond d'émerveillement face à la vie qui nous entoure, surtout en ce qui a trait au monde végétal.

Les arbres filtrent les polluants, absorbent le gaz carbonique et relâchent l'oxygène qui donne la vie tandis que les plantes fournissent nourriture et médicaments. La plupart des gens oublient cependant nos amis les végétaux. Ce constat a poussé quelques chercheurs à examiner « la cécité des plantes » (en anglais), un état qui nous empêche de voir la forêt et les arbres.

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En 1998, les botanistes américains James Wandersee et Elizabeth Schussler ont défini la cécité des plantes comme étant « l'incapacité de voir ou de prendre conscience des plantes dans notre propre environnement », qui a ensuite mené à « l'incapacité de reconnaître l'importance des plantes dans la biosphère et dans les affaires humaines. » Ce pronostic est plus que vrai à une époque où la plupart des enfants sont capables d'identifier des centaines de logos d'entreprise et de produits de marque, mais ne peuvent pas nommer les plantes et les arbres qui poussent dans leurs jardins.

Pourquoi souffrons-nous de cécité des plantes? Il n'existe pas de réponse scientifique simple. Cependant, Wandersee et Schussler soutiennent que les plantes n'attirent pas notre attention autant que les animaux ou d'autres stimulus. Pour l'œil humain, elles sont pratiquement statiques. En outre, nous avons tendance à réunir toutes les plantes dans un arrière-plan vert, sans pour autant différencier les millions de brins d'herbe et les multitudes d'espèces de plantes présents.

Montrez à quelqu'un la photo d'un grizzly dans une forêt luxuriante et demandez ce que représente la photo. La plupart des gens répondront « un ours ». Ajoutez une chouette tachetée à cette scène et la réponse pourrait devenir « un grizzly sous l'œil vigilant d'une chouette ». Il est peu probable que l'on vous décrive la flore accompagnant cette faune.

Le problème pourrait en partie être dû à la quantité impressionnante de données envoyées par nos yeux à notre cerveau. Tor Nørretranders (en anglais), auteur danois, estime que l'œil humain génère plus de 10 millions de particules de données à la seconde. Notre cerveau ne réussit à extraire que 40 particules de données à la seconde, et nous ne prenons conscience et notre attention n'est attirée que par seulement 16 d'entre elles. La verdure de la nature se fond malheureusement dans un émoi visuel de bruits et d'objets.

Nørretranders a également découvert que les personnes ayant eu des expériences culturelles et éducatives riches avec les plantes ont davantage tendance à prendre conscience de la verdure.

Comment pouvons-nous reconnecter avec la nature et rendre aux plantes ce qu'on leur doit ? La réponse est simple. Les gens, et en particulier les enfants, ont besoin de créer un lien avec la nature (en anglais) dans leur environnement de tous les jours, et nous devons rendre nos quartiers, espaces publics et jardins plus verts. Cela pourrait vous étonner, mais la plupart des espaces urbains regorgent de merveilles naturelles.

Après s'être engagée en tant que bénévole dans une pommeraie urbaine au Musée Spadina de Toronto, Laura Reinsborough s'est mise à voir le monde à travers des « lunettes de fruits ». Alors qu'elle apprenait à reconnaître les arbres fruitiers dans la ville, elle s'est soudain rendu compte qu'il y en avait partout — cerises, prunes, pommes sauvages, poires, raisins, et noix. Cette abondance quasiment inexploitée l'a incité à fonder Not Far From the Tree (en anglais), un groupe de bénévoles qui a cueilli plus de 14000 kg de fruits dans des centaines de jardins au cours des quatre dernières années.

Si vous souhaitez que la nature reprenne sa juste place dans votre communauté, rejoignez l'un des nombreux groupes visant à la mettre en valeur. Les initiatives locales pour la restauration des zones humides, parcs et espaces publics représentent de bonnes occasions pour mettre la main à la pâte tout en passant du temps à l'extérieur et en stimulant les richesses naturelles de votre communauté.

Le Jour de la Terre, prévu le 22 avril, représente le moment idéal pour commencer à planter des arbres ou à rendre votre communauté plus propre et plus verte. Si vous êtes dans la région du Grand Toronto, allez voir l'événement organisé par la Fondation David Suzuki et RONA pour la plantation d'arbres dans le cadre du Reboisement Urbain dans la vallée du Rouge — le futur site de ce qui, je l'espère, deviendra le premier Parc National Urbain au Canada. Pour en savoir plus sur les événements visant à redonner à la nature ses lettres de noblesse, reportez-vous à la liste disponible sur le site internet du Jour de la Terre.

Si vous êtes à Montréal, rendez-vous à 14 h à la Place des Festivals le 22 avril pour la création d'un gigantesque arbre humain. Plusieurs activités sont aussi prévues en région. Renseignez-vous!

Dr David Suzuki est un scientifique, une personnalité de la télévision, un auteur et co-fondateur de la Fondation David Suzuki.
Article rédigé en collaboration avec Jode Roberts, spécialiste des Communications de la Fondation David Suzuki.

FIN

LIENS INTERNET:
Cécité des plantes
(PDF)

Etude de Tor Nørretranders

Les gens, en particulier les enfants, ont besoin d'être connecté à la nature

Not Far From the Tree

Parc Rouge

Earth Day Canada

Jour de la Terre Québec

22 avril

20 avril 2012

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