Nier les changements climatiques ? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Nier les changements climatiques ?

(Crédit : DarkElfPhoto via Flickr)

Par David Suzuki

Supposons que les instituts et académies scientifiques crédibles, les climatologues ainsi que la plupart des gouvernements du monde soient dans l'erreur.

Peut-être, comme le prétendent certains, sont-ils complices d'une gigantesque conspiration mondiale qui viserait à imposer un régime socialiste. Peut-être l'appât du gain est-t-il simplement trop fort... Peu importe. Imaginons qu'ils soient dans l'erreur et que les calottes glaciaires polaires ne fondent pas et que le réchauffement climatique ne soit qu'une lubie. Ou, si vous préférez, que cela se produit, mais qu'il s'agisse d'un phénomène naturel qui n'est lié d'aucune façon avec les sept milliards d'humains qui rejettent du dioxyde de carbone et d'autres polluants dans l'atmosphère.

Serait-il sensé de continuer à brûler rapidement les dernières réserves mondiales de combustibles fossiles ? Cela signifie-t-il que nous n'avons plus à se soucier de la pollution ?

Nous pourrions aisément fermer les yeux devant la réalité, mais cela frôlerait la folie, surtout en considérant les preuves accablantes des changements climatiques. Et si ce n'était pas de la folie, serait-il tout de même viable de garder nos habitudes de consommation d'énergie? L'énergie est au cœur même des besoins de la société moderne. Cependant, lorsque la source est tarissable, il est ridicule de vider rapidement les réserves et ainsi causer des problèmes de pollution et d'épuisement des ressources. Plus nous tardons à développer des sources d'énergie alternatives, plus il sera coûteux et difficile de relever ce défi énergétique.

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Pourquoi alors, l'utilisation de technologies dépassées et destructrices est-elle si répandue? Pourquoi autant de gens cherchent à ralentir les progrès et la recherche de solutions? Pouvons nous faire quelque chose?

De nombreuses études se sont penchées sur ces questions, dont Merchants of Doubt (en anglais) de Naomi Oreskes et Erik Conway, et Climate Cover-Up (en anglais), par James Hoggan et Richard Littlemore. Les auteurs démontrent que le secteur privé a investit d'importantes sommes dans l'élaboration de campagnes pour semer la confusion dans les débats sur les dangers de la cigarette, l'amincissement de la couche d'ozone et les changements climatiques. Tout cela afin de protéger leurs intérêts et profits. Cela n'explique cependant pas pourquoi tant de gens croient ce que l'industrie leur dit (en anglais); un bon nombre de théories tente de faire la lumière sur ce phénomène.

Nous devons nous attarder aux faits et agir pour réduire notre empreinte environnementale, mais les problèmes liés aux changements climatiques ont pris une telle ampleur que des efforts importants sont maintenant nécessaires pour changer les choses. Et puisque les décideurs de l'industrie, des gouvernements et académies sont réticents à agir à moins que la population ne l'exige, il est de notre responsabilité de se renseigner, de demander à nos dirigeants d'agir et de tenir tête à ceux qui nient la réalité des changements climatiques.

Il va dans l'intérêt des tous les canadiens et canadiennes d'agir, surtout lorsque les ennemis de la nature ne lésinent sur aucun moyen dans leur propagande. Les efforts démesurés des ces groupes ont notamment été mis en lumière par le scandale du « Denialgate » (en anglais) causé par la publication de certains documents de la Heartland Institute. De plus, il a aussi été révélé que l'Université Carleton d'Ottawa avait recruté Tom Harris (en anglais), un relationniste formé en génie mécanique et travaillant pour des groupes activistes pro-industrie (en anglais), afin de donner un cours sur les changements climatiques.

Il existe un grand nombre de sources de renseignements fiables et qui sont plus crédibles que des blogues tenus par des chroniqueurs météo comme Anthony Watts ou par des organismes scientifiques bidons financés par l'industrie. Rendez-vous d'abord à skepticalscience.com, cliquez sur l'onglet « Arguments » et vous obtiendrez des réponses scientifiques confirmant les changements climatiques.

L'article intitulé « Why the Global Warming Skeptics Are Wrong » (en anglais) récemment paru dans le New York Review of Books peut aussi constituer une source crédible d'information. L'auteur, William D. Nordhaus, professeur en économie de la Yale University, explique qu'il a rédigé cet article « principalement en réponse aux analyses trompeuses faites sur mes recherches, mais aussi, d'une façon plus large, à confronter les attaques contres les scientifiques et la recherche scientifique sur les changements climatiques. »

L'interprétation trompeuse de la recherche de Nordhaus est typique du « double langage » à la Orwell utilisé par les ennemis de la nature, mais les scientifiques et les chercheurs ne se laissent pas faire.

Armés de renseignements crédibles, nous devons nous mesurer à ceux qui représentent faussement la science et qui sèment le doute. Alors seulement, nous pourrons mieux respirer !

Rédigé en collaboration avec Ian Hanington, spécialiste des communications et d'éditions pour la Fondation David Suzuki

FIN

LISTE DE SITES :

Mettre en place des solutions pour relever nos défis énergétiques

Merchants of Doubt

Climate Cover-Up

Pourquoi tant de gens ordinaires avalent la pilule que leur refile l'industrie

Le scandale du denialgate

L'Université Carlton d'Ottawa recrute Tom Harris

Les groupes Astroturf

Les « arguments » de Skeptical Science

Article de Nordhaus

6 avril 2012

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