Le futur carbure à l'audace | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le futur carbure à l'audace

(Crédit : rcbodden via Flickr)

Par David Suzuki

Christy Clark, première ministre de la Colombie-Britannique, a eu raison de rejeter la stratégie nationale de l'énergie mise de l'avant par son homologue albertaine Alison Redford lors de la réunion du Conseil de la fédération qui s'est tenue fin juillet à Halifax. Par contre, elle l'a fait pour les mauvaises raisons.

Mme Clark a déclaré qu'elle ne signerait pas à moins que la C.-B. soit assurée de recevoir une plus grande part des bénéfices générés par le projet de l'oléoduc Northern Gateway proposé par Enbridge. Malheureusement, tout l'argent qui remplirait les coffres de la Chine, de l'Alberta et d'Enbridge ne suffirait pas à réparer ni les dommages occasionnés par une fuite majeure près de l'un des milliers de cours d'eau que l'oléoduc traverse, ni un déversement provoqué par un superpétrolier le long des côtes de la C.-B.

La première ministre de la Colombie-Britannique aurait dû s'opposer à cette proposition parce qu'elle est davantage axée sur les sables bitumineux, les oléoducs et les marchés que sur la réduction des gaz à effet de serre au Canada. Cette réduction est possible en limitant notre dépendance aux énergies fossiles grâce à l'implantation d'un système basé sur la conservation et l'énergie renouvelable.

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La population canadienne réclame une stratégie énergétique. Elle est nécessaire pour contrer les dommages grandissants causés par le réchauffement climatique, pour mieux utiliser nos ressources, pour assurer la sécurité énergétique à tous les citoyens, pour respecter les droits des Autochtones et pour créer des emplois durables et la prospérité économique. Il nous faut un meilleur plan que l'extraction à la sauvette de la totalité de notre pétrole et de notre charbon pour la Chine et que le charcutage de tout pied carré de terrain qui peut contenir du gaz.

Le pétrole, le gaz et le charbon sont des ressources précieuses et non renouvelables. Elles représentent une énergie issue du soleil qui a été emmagasinée par la photosynthèse et concentrée pendant des millions d'années. Nous gaspillons énormément cette énergie, surtout lorsque nous la brûlons dans des véhicules privés qui n'utilisent qu'environ 15 pour cent de l'énergie qu'ils consomment. Comme une voiture est en moyenne 10 à 20 fois plus lourde que les passagers qu'elle transporte, nous ne tirons qu'environ un pour cent du potentiel du combustible.

Au lieu de gaspiller 99 pour cent de ces éléments chimiques complexes, utiles et non renouvelables, nous pourrions les utiliser pour faire, entre autres, des pneus de vélo, des claviers d'ordinateur, des valvules cardiaques, des membres artificiels... Et nous pourrions même trouver des façons plus efficaces et moins polluantes de les utiliser comme combustibles.

Une stratégie énergétique sensée — qui profiterait davantage à la population canadienne qu'aux multinationales et au régime répressif en Chine — reconnaîtrait l'importance d'utiliser nos ressources non renouvelables non seulement comme carburant, mais comme moyen de générer des revenus stables qui nous aideraient à nous tourner vers les énergies renouvelables.

En quoi consisterait cette stratégie? Il est déjà trop tard pour freiner le réchauffement climatique, mais nous pouvons l'atténuer en tournant le dos aux énergies fossiles le plus rapidement possible. Pour contribuer à éviter les risques qu'entraînerait un réchauffement de plus de 2 °C, le Canada devrait, d'ici 2050, réduire ses émissions de 80 pour cent par rapport aux niveaux de 1990. Au lieu de doubler l'extraction du pétrole des sables bitumineux, nous devons réduire de plus de 70 pour cent notre recours aux énergies fossiles.

Selon le Projet Trottier pour un avenir énergétique, une initiative conjointe de la Fondation David Suzuki et de l'Académie canadienne du génie?, il est possible d'atteindre cet objectif si nous transformons notre programme énergétique d'ici 40 ans. Pour cela, il faudrait doubler le recours aux énergies renouvelables. Il faudrait que la production d'énergies renouvelables autres que l'hydroélectricité, notamment l'éolien, le solaire et la biomasse, soit multipliée par 150 par rapport aux niveaux actuels. Il faudrait rendre notre pays 50 pour cent plus écoénergétique. Nous pourrions y parvenir en ne construisant d'ici 2050 que des édifices à consommation énergétique nette-zéro et en mettant les édifices actuels aux normes les plus efficaces.

Il faudrait une vision et une volonté, notamment pour financer la mise aux normes et le développement d'énergies renouvelables, pour former des travailleurs à la rénovation domiciliaire et à l'installation de dispositifs locaux d'énergies renouvelables, pour bâtir un réseau électrique souple et pour convertir les raffineries à la production de biocarburant à partir des sous-produits de la biomasse.

Bien que le plan de 2007 sur lequel se fondent la première ministre Redford et ses collègues fasse état des énergies renouvelables et des changements climatiques, il ne présente pas la vision audacieuse qu'il faudrait pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, une réduction non seulement bénéfique, mais essentielle. Nous devons nous doter d'une stratégie globale. Si la première ministre Clark avait adopté une telle vision, elle aurait agi en véritable leader.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef et spécialiste des communications à la Fondation David Suzuki.

Vous trouverez d'autres réflexions de David Suzuki dans le livre Everything Under the Sun (Greystone Books/Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington. En vente dans les librairies et en ligne.

30 août 2012

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