Une application cartographique pour aider à intégrer la nature dans l'équation | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Une application cartographique pour aider à intégrer la nature dans l'équation

Par David Suzuki

Imaginez un instant un dispositif élégant pour votre cour arrière tellement puissant que son effet refroidissant équivaut à 10 appareils de climatisation, en plus de filtrer la poussière, les allergènes et les polluants, qui fonctionne gratuitement par énergie solaire, et dont le seul produit dérivé est l'oxygène.

Ne l'imaginez plus. Ce dispositif élégant est en fait un arbre mature et sain.

En utilisant l'énergie des rayons solaires, un arbre peut absorber jusqu'à 400 litres d'eau du sol chaque jour et rafraîchit l'air ambiant par la transpiration. Les arbres absorbent les contaminants atmosphériques et expulsent de l'oxygène pur. Ils constituent des filtres à air si efficaces que les chercheurs de l'Université Columbia évaluent que, pour chaque lot de 343 arbres ajouté dans un kilomètre carré, les taux d'asthme chez les jeunes diminuent d'environ 25 pour cent.

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De quelle autre façon ces dispositifs naturels accessibles peuvent-ils nous servir? Le Service forestier des États-Unis affirme que les arbres situés près des édifices diminuent les besoins de climatisation du tiers et, parce qu'ils agissent comme coupe-vent, ils permettent d'épargner jusqu'à la moitié de l'énergie consommée pour le chauffage. Selon le Centre d'horticulture urbaine de l'université de Washington, les voûtes d'arbres matures diminuent la température de l'air des zones urbaines de 5 à 10 degrés Celsius.

Imaginez remplacer ces services écologiques par des solutions artificielles. Même si nous pouvons prendre en charge la climatisation d'un édifice, la création d'un système de climatisation de l'air de la taille d'une ville qui pourrait réduire la température d'une zone urbaine de 10 degrés serait tout un exploit d'ingénierie qui demanderait d'énormes quantités d'énergie.

Les services sophistiqués que la nature fournit sont non seulement mal compris et sous-estimés, mais on tend à les ignorer dans l'économie moderne et la planification urbaine. Lorsqu'une forêt ou une terre humide est transformée en une autre utilité, les décisionnaires municipaux focalisent sur les coûts d'infrastructure, la valeur des propriétés, et les contributions à venir portées au rôle de
perception.

Nous continuons d'épuiser les ressources naturelles et de dégrader la nature dans les zones urbaines et en périphérie, à défaut de reconnaître la contribution des services écosystémiques — comme l'air pur, l'eau fraîche et le refroidissement — à l'économie et la santé des collectivités. Comme en fait foi l'étude L'économie des écosystèmes et de la biodiversité (en anglais seulement), ce dommage écologique constitue le « crime parfait », un vol à peine remarqué. Nous ne laisserions pas faire une banque qui se mettrait à perdre nos économies de toute une vie. Nous ne devrions pas libérer les décisionnaires de leurs responsabilités quand ils permettent le gaspillage de notre richesse naturelle.

Sur une note encourageante, un groupe croissant d'économistes et de responsables de l'élaboration des politiques ont commencé à faire valoir, de façon plus judicieuse, la comptabilisation de la valeur réelle de la nature — ce qu'on appelle l'économie verte ».

La plupart des gens comprennent la notion de capital financier. Nous payons pour des biens qui ont une valeur à nos yeux. Le capital naturel étend cette perspective jusqu'aux biens et services écologiques. Il serait onéreux de développer et de construire des installations en vue de remplacer les services que la nature nous rend. Nous calculons donc la valeur en dollars que nous aurions à débourser si nous avions à fournir ces mêmes services nous-mêmes.

Combien vaut notre capital naturel? Selon une recherche effectuée par la Fondation David Suzuki, la ceinture verte de 7 000 kilomètres carrés de l'Ontario représente une valeur minimale de 2,6 milliards de dollars en avantages non marchands chaque année. Dans la région du Lower Mainland de la Colombie-Britannique, on estime sa valeur au-delà de 5,4 milliards de dollars annuellement. Selon un récent rapport de la Fondation David Suzuki, bien qu'une telle ceinture verte reste à être définie à Montréal, la valeur des biens et services écologiques des milieux naturels qui pourraient composer cette ceinture verte pourrait fort bien se rapprocher des chiffres de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique. Selon des études effectuées à l'échelle mondiale, la valeur totale des biens et services écosystémiques serait évaluée au même rang que la valeur totale de l'économie mondiale. Bref, notre capital naturel constitue une source de richesse stupéfiante!

Pourquoi continuons-nous d'effriter ces atouts extraordinaires malgré leur valeur immense? Malheureusement, la majorité des gens n'ont pas une vision claire des biens du capital naturel dans leur agglomération, et encore moins des coûts véritables liés à la transformation des zones naturelles pour le développement industriel, commercial et résidentiel.

C'est la raison pour laquelle la Fondation David Suzuki et Google Earth Actions publiques ont récemment lancé une carte en ligne qui permettra aux résidents du sud de l'Ontario et aux décisionnaires de faire un zoom avant de leur agglomération et de calculer la valeur économique des biens du capital naturel. L'application interactive Putting Natural Capital on the Map permet aux utilisateurs de sélectionner une parcelle de terrain et de découvrir les types d'écosystème qui s'y trouvent ainsi que les avantages économiques qu'ils offrent.

Pendant que les économistes, les écologistes et les décisionnaires essaient de maîtriser une méthode d'évaluation permettant de déterminer la valeur économique opportune des avantages de la nature; j'ai bon espoir que les gens sur le terrain inciteront les collectivités à considérer la valeur authentique de leurs richesses naturelles. Pendant ce temps, je vous encourage à combattre la chaleur et à garder votre milieu frais en investissant dans votre propre parcelle de capital naturel — un arbre dans votre jardin ou dans le parc.

Rédigé avec les contributions de Jode Roberts, Spécialiste en communications de la Fondation David Suzuki.

Pour en apprendre davantage, visitez le site au www.davidsuzuki.org/fr/.

Pour en savoir plus sur la vision de David Suzuki, veuillez lire le livre intitulé « Everything Under the Sun » (Greystone Books/Fondation David Suzuki), par David Suzuki et Ian Hanington, maintenant en vente dans les librairies et en ligne.

9 août 2012

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