La lutte contre les changements climatiques offre des avantages économiques | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La lutte contre les changements climatiques offre des avantages économiques

(Crédit : kk+ via Flickr)

Par David Suzuki

Les considérations économiques servent souvent d'excuse générale aux dirigeants du monde entier pour justifier leur échec devant l'urgence d'agir face au problème du réchauffement climatique. La plupart du temps, les politiciens refusent d'allouer des fonds à la protection de l'environnement sous prétexte que l'économie est trop fragile. En oubliant qu'il est absurde de prioriser l'économie, outil flexible créé par l'homme, sur l'écologie, qui cherche à protéger les éléments qui collaborent à la santé et à la survie des êtres humains, brossons un tableau de la situation économique actuelle.

Un récent rapport scientifique révèle que les changements climatiques coûtent déjà à la communauté internationale 1,2 billion de dollars par année et qu'ils engouffrent 1,6 % du PIB mondial. Pire encore, cette tendance est en hausse. Les changements climatiques causent aussi la mort d'au moins 400 000 personnes chaque année, principalement dans les pays en développement. Ce nombre n'inclut pas les 4,5 millions de décès par an reliés à la pollution de l'air dus aux combustibles fossiles.

Comme l'ex-Secrétaire de direction de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques Michael Zammit Cutajar l'a déclaré au journal Guardian, « les changements climatiques représentent désormais un danger bien réel et non pas une menace lointaine; leurs impacts économiques se font ressentir en ce moment même ».

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Pourtant, on persiste à nous faire croire que les bénéfices des sociétés, toujours en forte croissance, que la culture de consommation, que les produits jetables, et que les emplois souvent peu stimulants et peu lucratifs ont plus de valeur que la santé et la survie des êtres humains, celles des autres espèces et qu'une véritable prospérité économique à long terme.

Le rapport, intitulé Vulnerability Monitor: A Guide to the Cold Calculus of a Hot Planet, a été réalisé par 50 scientifiques, économistes et experts, pour la division européenne de l'organisation non gouvernementale DARA, avec la collaboration du Climate Vulnerable Forum, un rassemblement de vingt pays sur plusieurs continents.

Comme mentionné dans la préface, ce rapport « remet en question le point de vue traditionnel : les efforts internationaux à la lutte contre les changements climatiques représentent un coût pour la société. Le rapport démontre ainsi que cette lutte, menée au moyen d'efforts communs internationaux, pourrait véritablement permettre à tout un chacun d'en tirer profit ».

Les auteurs du rapport arrivent également à la conclusion que les enjeux de la pauvreté mondiale et des changements climatiques « peuvent être cernés simultanément avec le même cadre stratégique qui aurait transformé le modèle de développement actuel en un modèle de développement à faible empreinte carbone », en créant « des emplois, des opportunités d'investissement, de nouvelles possibilités pour la coopération internationale et pour le déploiement technologique dans l'intérêt de tous ».

Bien que les chercheurs précisent que l'adaptation devrait faire partie de toute stratégie de lutte contre les changements climatiques, ils spécifient que « de ne traiter que les symptômes et non les causes de la crise du climat engendrera des pertes économiques spectaculaires pour l'économie mondiale ».

Nul ne devrait s'étonner du fait que la surconsommation de ressources non renouvelables à un rythme effréné, qui ne permet pas à la Terre de renouveler ses ressources, est économiquement irresponsable. Personne non plus ne devrait être surpris d'apprendre que la pollution, la détérioration et la destruction des systèmes naturels qui nous permettent de vivre et d'être en santé, vont à l'encontre d'une prospérité, économique ou autre, à long terme.

La croissance rapide de la population, les innovations technologiques et le manque de compréhension des systèmes naturels dont nous faisons partie ont semé le chaos. Nous avons altéré les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la Terre sur une échelle de temps géologique. Nous n'avons épargné aucune partie du globe. Pour preuve, des scientifiques français qui sont récemment sortis d'une aventure océanique de deux ans et demi, couvrant plus de 122 000 kilomètres sur les océans Atlantique, Pacifique, Antarctique et Indien, ont trouvé des débris de plastique dans une zone océanique éloignée prétendument vierge.

À bord du Tara, les chercheurs, qui étudiaient les effets des changements climatiques sur la biodiversité et les écosystèmes marins, ont également découvert des débris de plastique dans l'océan Austral et en Antarctique en quantités comparables à la moyenne mondiale. « Le fait d'avoir trouvé ces débris de plastique démontre que l'activité humaine a véritablement des répercutions à l'échelle planétaire », a déclaré Chris Bowler, scientifique et coordonnateur de l'expédition Tara Oceans, lors d'une entrevue accordée au Guardian. Cet exemple démontre aussi à quel point tout est interdépendant sur notre planète.

Il est essentiel d'apprendre à regarder les choses d'un œil neuf. La surconsommation des produits jetables en plastique et des combustibles fossiles doit cesser. Il est temps de préserver les ressources et l'énergie et d'abandonner notre comportement destructif à l'égard de l'environnement. Le rapport de DARA émet plusieurs recommandations adressées aux gouvernements, aux décideurs, à la société civile, au secteur privé et au développement international et aux communautés humanitaires.

Cette recommandation adressée aux communicateurs est valable pour tous : le questionnement est empreint de sagesse, perçoit l'éventualité du risque comme une opportunité et amène à prendre position. L'économie doit être au service des personnes et ne doit pas soutenir uniquement les intérêts souvent destructeurs des sociétés qui ne voient qu'à court terme.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef et spécialiste des communications à la Fondation David Suzuki.

Vous trouverez d'autres réflexions de David Suzuki dans le livre Everything Under the Sun (Greystone Books/Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington. En vente dans les librairies et en ligne.

21 novembre 2012

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