Un plan énergétique doit aller au-delà de l'énergie | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Un plan énergétique doit aller au-delà de l'énergie

(Crédit : kk+ via Flickr)

Par David Suzuki

Nourrir notre appétit énergétique est au sommet des préoccupations de plusieurs personnes par les temps qui courent. Certains disent que nous devrions extraire du sol le charbon, le pétrole et le gaz le plus vite possible, construire des pipelines et faire autant d'argent que possible en les vendant ici et à l'étranger. Leurs priorités sont l'économie et la rencontre des besoins énergétiques à court terme, afin que nous puissions vivre la vie à laquelle nous nous sommes habitués.

Plusieurs autres questionnent ces priorités. Est-ce que notre bien-être et notre bonheur se trouvent augmentés lorsque nous conduisons des autos qui ne sont pas efficaces, achetons et jetons pour acheter plus de choses qui nous demandent de travailler plus fort afin de pouvoir se les payer, et que nous vendons des ressources qui enrichissent l'industrie des combustibles fossiles et permettent à d'autres pays de suivre cette route qui n'est pas durable?

Certains gouvernements et industries sont en faveur de cette vision à court terme. Pourtant c'est une « fausse économie » qui nous coûtera plus cher à plus long terme. Que fait-on de nos enfants, de nos petits-enfants, de leurs enfants et de leurs petits-enfants? Voulons-nous qu'ils vivent des vies heureuses et en santé? Si nous polluons l'air, l'eau et le sol qui nous gardent bien en vie, et que nous détruisons la biodiversité qui permet aux systèmes naturels de fonctionner, aucune somme d'argent ne sera suffisante pour nous sauver.

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Alors que nous nous précipitons pour exploiter nos combustibles fossiles précieux et de plus en plus rares, le gouvernement canadien, simultanément, rationalise la réglementation environnementale et les processus d'examen, coupe le personnel scientifique des ministères et limite le débat public sur des projets qui pourraient endommager notre riche patrimoine naturel de manière irréversible. Certaines provinces tentent de liquider des lois environnementales gagnées de chaude lutte, comme la législation sur les espèces menacées, qui a une incidence critique sur la dégradation environnementale.

Le gouvernement fédéral néglige aussi ses obligations légales de protéger les espèces en danger. Ecojustice, au nom de cinq groupes de protection de la nature incluant la Fondation David Suzuki, a récemment intenté une poursuite contre le gouvernement pour les délais de plusieurs années à élaborer des stratégies pour réintégrer les espèces qui seront touchées par le projet Enbridge Northern Gateway.

Si nous ne ralentissons pas pour chercher des façons de se sortir de ce bourbier, les problèmes reliés à l'énergie vont continuer de croître, comme l'Hydre dans la mythologie grecque. Avec les pipelines, l'enjeu principal est l'expansion rapide des sables bitumineux. Il y a aussi des projets énergétiques imposants qui s'en viennent — allant de gigantesques barrages, comme le Site C au nord de la Colombie-Britannique, aux forages pétroliers et gaziers proposés dans le golfe du Saint-Laurent et dans l'Arctique. À quelles fins?

Non seulement les compagnies de combustibles fossiles font des profits records, ils sont subventionnés par les contribuables canadiens à hauteur d'une virgule quatre milliards de dollars par année. Plutôt que de leur donner de l'argent, ne devrions-nous pas les contraindre à remettre une petite portion de leurs énormes profits afin de réduire les émissions massives de gaz à effet de serre qu'ils produisent?

Une grande partie du problème réside dans le fait que nos ambitions en matière de combustibles fossiles évoluent à une vitesse folle en l'absence d'une stratégie énergétique nationale. Personne ne semble savoir où nous allons, mais la fin de la route se dessine et elle pourrait mener à une chute raide. Nous nuisons déjà aux écosystèmes précieux et sommes même prêts à les mettre encore plus en danger sans vraiment connaître la valeur souvent irremplaçable qu'ils représentent. Avec le changement climatique et ses impacts, avec le déboisement, la pollution et l'urbanisation croissante, nous condamnons des millions de gens à vivre en mauvaise santé, dans le désespoir et même la mort.

Néanmoins, nous avons aussi créé beaucoup de bonnes choses. Nous avons des systèmes politiques qui encouragent le débat public et l'accès à l'information. Il y a des politiciens et des leaders de l'industrie qui se sont joints à d'innombrables citoyens, aux Premières Nations ainsi qu'aux organisations environnementales, du travail et de justice sociale qui questionnent les gestes et les politiques actuels. Nous avons la science, la médecine et la technologie qui ont permis à plusieurs d'entre nous de vivre plus longtemps. Nous devons trouver des façons de réconcilier notre existence avec les limites de notre planète.

Ce dont le Canada a vraiment besoin à court terme est une stratégie énergétique nationale — qui va au-delà de la fracturation hydraulique, des sables bitumineux et des pipelines pour considérer les multiples autres facteurs, y compris l'utilisation plus sage des combustibles fossiles. Cette stratégie doit nous aider à faire la transition de notre dépendance aux combustibles fossiles que nous gaspillons, qui polluent et se raréfient sans cesse pour aller vers la conservation et l'énergie renouvelable. De manière globale, nous devons passer de la notion dépassée du 20ème siècle qui mesure le progrès avec le produit intérieur brut à un paradigme de développement qui tient compte du bien-être et du bonheur et qui rend compte des valeureux services que la nature nous rend.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef et spécialiste des communications à la Fondation David Suzuki.

Vous trouverez d'autres réflexions de David Suzuki dans le livre Everything Under the Sun (Greystone Books/Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington. En vente dans les librairies et en ligne.

5 novembre 2012

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