Le hockey, un sport en voie de disparition? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le hockey, un sport en voie de disparition?

(Crédit : Jennoit via Flickr)

Par David Suzuki

Le conflit de la Ligue nationale de hockey a eu du bon : il a donné aux gens le temps de jouer dehors sur de la vraie glace! Mais le patinage à l'extérieur pourrait être confronté aux mêmes difficultés que la LNH - une saison très écourtée ou même annulée purement et simplement. Une recherche produite par les universités McGill et Concordia de Montréal montre que le réchauffement planétaire agit déjà sur les patinoires extérieures au Canada.

« Dans de nombreux coins du pays, la saison de patinage à l'extérieur raccourcit considérablement si on compte le nombre de journées hivernales favorables à la formation de la glace, déplorent les auteurs. Cela s'observe surtout dans les Prairies et le sud-ouest du Canada, où la saison a décru le plus (les statistiques le prouvent) entre 1951 et 2005. »

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Ce résultat fait écho à un rapport que la Fondation David Suzuki a publié en 2009, Protégeons nos hivers — les sports d'hiver et les changements climatiques. L'étude de l'Université McGill porte sur les patinoires construites à l'extérieur, alors que celle de la Fondation est centrée sur les rivières, les canaux et les lacs gelés. Leurs conclusions convergent : à moins de limiter les émissions de gaz à effet de serre, le patinage sur glace naturelle pourrait être chose du passé d'ici 50 ou 100 ans (d'ici 20 à 30 ans, selon les chercheurs de McGill) dans certaines régions du Canada. Et la durée de la saison continuera de décliner dans tout le pays.

Parallèlement à ces études, des géographes de l'Université Wilfrid-Laurier, en Ontario, ont lancé la page www.rinkwatch.org/language_f/, sur laquelle les internautes peuvent consigner de l'information sur les ronds de glace de leur cour ou de leur quartier tout au long de l'hiver.

« Nous espérons que les Canadiens d'un océan à l'autre nous aideront à suivre les changements des conditions de patinage, non seulement cette année, mais dans les années à venir, a déclaré Robert McLeman, professeur agrégé, dans un communiqué. Ces données nous aideront à déterminer l'impact des changements climatiques sur l'hiver, tant sur sa durée que sur ses températures moyennes. »

Selon le rapport de la Fondation, l'une des patinoires extérieures les plus prisées au Canada, celle du canal Rideau à Ottawa, illustre bien ce qui nous attend. Si les émissions suivent la tendance actuelle, la saison de patinage pourrait passer des neuf semaines observées auparavant à 6,5 semaines en 2020, et à moins de six vers 2050, pour ne plus durer qu'une seule semaine d'ici la fin du siècle. En fait, il y a de cela deux hivers, la saison a duré 7,5 semaines, et seulement quatre l'année dernière. Au moment d'écrire ces lignes, le canal n'était pas encore totalement ouvert au patinage.

Le rapport Protégeons nos hivers note que les grands hockeyeurs canadiens ont souvent commencé à s'exercer sur les patinoires extérieures . En fait, sans glace naturelle, le hockey ne se serait probablement pas développé comme il l'est aujourd'hui. L'étude de la Fondation révèle que les changements climatiques pourraient avoir un profond impact sur beaucoup d'autres sports d'hiver, du ski à la planche à neige en passant par l'alpinisme hivernal.

Si l'on considère les pénuries d'aliments et d'eau engendrées par les sécheresses et les inondations fréquentes, les dommages matériels et les importants coûts d'infrastructure liés à l'élévation du niveau des mers, ainsi que l'augmentation des maladies et des décès attribuables au dérèglement de la météo et à la pollution, le hockey pourrait être le cadet de nos soucis. Mais, tout comme ces catastrophes , la perte de nos loisirs d'hiver n'est pas inéluctable. Il existe des solutions aux problèmes créés par l'humanité. Il suffit que nos dirigeants commencent à les prendre au sérieux, ainsi que les autres problèmes environnementaux.

Cela n'arrivera pas tant que nous persisterons à élire des gens qui semblent se soucier davantage de l'avenir de l'industrie des énergies fossiles que de celui des citoyens qu'ils sont censés représenter. Les politiciens qui ont l'œil rivé sur les trois ou quatre prochaines années — jusqu'à la prochaine élection — manquent de perspective.

Nous devons saisir chaque solution possible, maintenant — mettre un prix sur les émissions par le truchement de taxes sur le carbone ou d'un système de plafonnement et d'échange pour freiner l'exploitation rapide des combustibles fossiles et nous convertir à des sources d'énergie plus propres.

Une partie de hockey ou quelques coups de patin à l'extérieur, voilà une bonne façon de commencer!

Si vous allez à Québec dans le temps du Carnaval, entre le 31 janvier et le 3 février, participez au Sommet de l'hiver avec la Fondation David Suzuki — quatre journées de sports, de culture et de sciences offertes en collaboration avec Desjardins pour sensibiliser les gens aux changements climatiques et à leurs effets sur l'hiver. D'anciens hockeyeurs professionnels disputeront une partie à l'extérieur avec des artistes, pour aider à sauver les sports d'hiver. Vous pourriez même voir des héros de la LNH à l'œuvre.

25 janvier 2013

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