Vingt-cinq ans plus tard : qui n'avance pas recule | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Vingt-cinq ans plus tard : qui n'avance pas recule

Crédit : Sharon Drummond via Flickr

Par David Suzuki

En 1988, des centaines de scientifiques et de décisionnaires s'étaient rencontrés à Toronto pour un congrès international d'envergure sur les changements climatiques. Suffisamment alarmés des données accumulées concernant le réchauffement climatique causé par les humains, ils avaient émis un communiqué de mise en garde : « L'humanité se livre sans frein à une expérience inconsciente qui touche l'ensemble du globe et dont les conséquences définitives ne le céderaient en rien sinon à une guerre nucléaire mondiale. »

Leur déclaration incitait donc les chefs d'État à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20% avant l'année 2005. Si nous avions su tenir compte de cette mise en garde et que nous nous étions engagés à atteindre cet objectif, les Canadiens jouiraient aujourd'hui d'un meilleur état de santé (grâce à une réduction du niveau de pollution atmosphérique), ainsi de plus grandes réserves d'énergie et plus d'emplois. Nous aurions aussi été un chef de file mondial en matière d'énergie renouvelable et aurions pu économiser des dizaines de milliards de dollars.

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L'année 1988 fut importante pour les environnementalistes. Aux États-Unis, George H.W. Bush se présentait pour la fonction la plus haute du pays et, obligé par les pressions exercées par le public, promit d'être un « président environnementaliste ». Mais de tout son être, ce dernier n'était pas un environnementaliste, et sa promesse il n'a su la tenir. Lors de cette même année, Margaret Thatcher, filmée à ramasser des ordures, s'était adressée à la caméra : « Je suis écolo moi aussi. »

Ce fut aussi l'année que le premier ministre du Canada Brian Mulroney fut réélu. Il nomma une étoile montante du monde politique, Lucien Bouchard, comme ministre de l'Environnement. Lors d'un entretien avec M. Bouchard, je lui demandai ce qu'il considérait être notre plus grand enjeu environnemental, auquel il répondit : « le réchauffement de la planète. » Je lui demandai s'il considérait l'enjeu urgent. Il me répondit : « c'est une menace à la survie de notre espèce. Nous devons agir immédiatement. »

L'année 1988 fut une année où tout le monde parlait de l'environnement; les scientifiques se prononçaient et les politiciens avançaient des réponses justes. Le réchauffement de la planète était un enjeu urgent de premier rang. Aujourd'hui, 25 années plus tard, les émissions de dioxyde de carbone demeurent à la hausse et, par conséquent, se manifestent par des phénomènes météorologiques extrêmes, la fonte de glaciers et de la glace polaire, l'élévation du niveau de la mer, la réduction du débit d'eau dans les rivières, et des maladies et des décès entraînés par le climat, entre autres. En partie, cette hausse s'explique par la croissance économique accrue de pays tels que la Chine, l'Inde et le Brésil, tandis que les pays industrialisés, dont l'usage des combustibles fossiles est à la source du problème de la surproduction de gaz à effet de serre, ont fait très peu pour réduire leurs émissions.

Nous, les humains, nous nous démarquons des autres espèces par nos très grands cerveaux qui nous permettent d'être conscients du futur et donc de l'influencer par nos actions présentes. Nos ancêtres, à l'aide de leurs expériences, leurs connaissances et leur intuition, avaient compris qu'ils pouvaient prévoir les dangers qui les guettaient et les opportunités qui se présentaient et pouvaient donc agir afin d'exploiter les avantages et d'éviter les dangers. Maintenant, grâce aux scientifiques et aux superordinateurs, notre capacité de voir dans le futur s'est amplifiée. Depuis des décennies déjà les experts nous signalent que la population humaine croissante, la technologie, l'hyperconsommation et l'économie mondiale transforment la biosphère, et ce au plan chimique, géologique et biologique.

En 1992, l'« Avertissement des scientifiques du monde à l'Humanité » fut signé par plus de 1 700 illustres scientifiques, y compris 104 gagnants du Prix Nobel. Le document comprenait, entre autres, une mise en garde urgente, soit « qu'il ne restait plus qu'une décennie ou quelques-unes avant que ne soit gaspillée cette chance de conjurer les menaces que nous affrontons et que ne soient infiniment rétrécies les perspectives d'avenir pour l'humanité ».

Le document conclu que toute activité endommageant l'environnement doit être maîtrisée, que l'intégrité des écosystèmes de la planète doit être protégée, que les ressources essentielles doivent être mieux gérées, que la croissance démographique doit être stabilisée, que la pauvreté doit être réduite pour ensuite être éliminée, que l'égalité entre les sexes doit être assurée, et que les femmes doivent se faire garantir leurs droits liés à la procréation.

Si l'on agit rapidement, il sera plus facile de surmonter ces sérieux défis. Chaque année qui passe sans gestes concrets entraîne des coûts et des défis grandissants, et une multiplication des impacts négatifs pour les humains et leur environnement. Il y a toutefois signe d'espoir. De nombreux pays — y compris villes, états et provinces — prennent très sérieusement les mises en garde concernant le réchauffement planétaire et s'efforcent à réduire les émissions et à choisir des sources d'énergie plus propres. Certains chefs d'État se questionnent même à propos du paradigme dominant — soit que l'économie est d'abord et avant tout l'ultime priorité.

Ceci est primordial. À maintes reprises se sont les enjeux économiques qui ont décidé l'étendue de notre réponse à cette crise. Mais l'économie, attribue-t-elle une valeur à l'air propre, à l'eau potable, à la nourriture comestible, à la stabilité de la météo ou du climat? Certes, l'économie est un des moyens nous permettant de nous façonner un futur meilleur, mais elle ne constitue pas une fin en soi. Elle doit plutôt se livrer au service d'une riche et diverse écosphère qui sait assurer la subsistance de toutes ses formes de vie. Souhaitons que 2013 soit l'année que nous adoptons un nouveau mode de vie écologique et une nouvelle façon de prendre soin de notre planète.

30 janvier 2013

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