Déroutante réaction face au changement climatique en Arctique | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Déroutante réaction face au changement climatique en Arctique

Crédit : Christine Zenino via Flickr

Par David Suzuki

L'Arctique peut nous paraître loin, aussi loin que peuvent paraître les conséquences de notre utilisation frivole des combustibles fossiles. Les deux sont beaucoup plus proches que l'on pourrait penser.

L'Arctique est un point d'intérêt lorsqu'il s'agit d'étudier certains des effets les plus marquants du changement climatique. L'un des spécialistes des glaces des plus renommés dans le monde, Peter Wadhams, de l'Université de Cambridge, parle d'une « catastrophe globale », faisant remarquer que la glace fond plus vite que prévu et qu'elle pourrait avoir disparu d'ici à quatre ans seulement.

« C'est tout simplement et principalement à cause du réchauffement climatique qui fait que la glace ne se forme pas en quantité aussi abondante qu'avant pendant l'hiver et qu'elle fond davantage l'été, a-t-il indiqué au journal britannique Guardian. »

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Au cours des 30 dernières années, les glaces permanentes de la mer Arctique ont diminué de moitié par rapport à leur ancienne surface et épaisseur. Le réchauffement climatique s'accélère au fur et à mesure que la glace fond, notamment à cause des émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant emprisonné en-dessous du pergélisol avoisinant, et parce que la glace renvoie l'énergie du soleil tandis que les océans l'absorbent.

Avec tout ce que l'on sait sur le changement climatique et sur la situation en Arctique, on pourrait penser que nos dirigeants contrôleraient les ressources pour du moins freiner le phénomène. Pourtant, les industriels et les gouvernements sont à l'affût de nouvelles façons de commencer l'exploitation des combustibles fossiles en Arctique. La menace qui pèse sur de nombreuses espèces d'animaux de l'Arctique — poissons, oiseaux de mer, mammifères marins et ours polaires — est un facteur qui rend une telle conduite encore plus incompréhensible.

Royal Dutch Shell se prépare depuis quelques temps à faire du forage en Arctique, prévoyant une dépense de 4,5 milliards de dollars pour l'exploitation et l'achat de baux. Cette opération a montré pourtant combien elle était risquée. En premier lieu, un dôme de confinement de déversements n'a pas réussi un test de sécurité de routine et a été écrasé sous la pression de l'eau. Plus récemment, un engin de forage qui se faisait remorquer jusqu'à Seattle pour éviter à Shell d'avoir à payer des taxes imposées par l'Alaska s'est détaché pendant un orage et s'est échoué sur une île du Golfe d'Alaska. La marée noire désastreuse causée par BP dans le Golfe du Mexique en 2010 a illustré les dangers du forage en mer, même dans des eaux plutôt calmes, et prouvé combien il est ridicule de la part des industriels de prétendre qu'ils peuvent contenir ou même nettoyer une marée noire.

Lutter contre le changement climatique et éliminer la glace en Arctique en planifiant de puiser des matières qui sont à la base du problème ne fait aucun sens. Malheureusement, nombreuses sont les sociétés de combustibles fossiles et les gouvernements qui essaient à tout prix d'extraire autant de pétrole et de gaz du sol — faisant fi des difficultés que cela implique — avant qu'un tel marché ne disparaisse. La dévastation toujours croissante causée par le changement climatique sous-entend qu'au final, il nous faudra laisser la plupart de ces ressources tranquilles — ou du moins, baisser la cadence des extractions et utiliser les ressources d'une manière plus intelligente — pour assurer la survie et la santé de notre espèce.

En Équateur, les dirigeants, qui savent que l'exploitation des immenses réserves de pétrole du pays accélèrera le changement climatique et engendrera une destruction massive de l'environnement dans l'une des forêts tropicales les plus diverses au monde sur le plan biologique, ont adopté une attitude différente. Le gouvernement prévoit laisser intact les champs pétrolifères du parc national Yasuni si les autres pays décident de faire une contribution afin d'aider à gérer une partie du déficit. Jusqu'à présent, seulement 300 millions de dollars ont été récoltés sur les 3,6 milliards de dollars qu'il faudra au cours des treize prochaines années, selon le gouvernement, pour compenser la moitié des revenus générés par l'exploitation du pétrole, mais l'idée séduit de plus en plus.

Le Guardian note que l'argent ne reviendra pas au gouvernement mais qu'il sera « placé dans des fonds de dépôt et géré par un programme de développement de l'ONU qui collabore avec un conseil constitué de peuples autochtones, de communautés locales, d'universitaires, etc. »

Ivonne Baki, chef du comité de négociations du Yasuní-Ishpingo-Tambococha-Tiputini, a déclaré au Guardian que l'Équateur ne veut pas devenir trop dépendant du pétrole. « Les nations pétrolifères sont maudites, a-t-elle ajouté. Les pays en voie de développement en dépendent tellement qu'ils n'investissent nulle part ailleurs. La corruption s'y mêle et ce sont les pauvres qui en font les frais. »

Avec la fonte des glaces en Arctique, les incendies en Australie et l'augmentation des sècheresses, des inondations et des conditions météorologiques exceptionnelles à travers le monde, il est plus important que jamais de prendre le réchauffement climatique au sérieux. Il reste à voir si un projet comme celui de l'Équateur marchera, mais il est certain qu'un pays développé comme le Canada peut au moins retenir que le gaspillage précipité de précieuses ressources n'est pas la seule option possible.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef et spécialiste des communications à la Fondation David Suzuki.

Vous trouverez d'autres réflexions de David Suzuki dans le livre Everything Under the Sun (Greystone Books/Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington. En vente dans les librairies et en ligne.

20 février 2013

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