La science ne concerne pas seulement les scientifiques | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La science ne concerne pas seulement les scientifiques

Crédit : Ken Banks via Flickr

Par David Suzuki

Un garçon de 14 ans originaire de Donetsk en Ukraine, a récemment fait une fascinante découverte, à l'autre bout du monde et à 894 mètres sous l'océan. Kirill Dudko regardait des images du fond océanique à proximité de l'île de Vancouver sur son ordinateur. Ces images enregistrées en direct et en continu de Neptune Canada lui ont permis d'observer une créature possédant « un nez et une moustache » en train de manger une myxine. Comme ce phénomène lui paraissant inhabituel, il contacta les scientifiques de Neptune qui, après avoir regardé les images, ont pu identifier un éléphant de mer.

Ce phénomène est effectivement inhabituel. Les prédateurs recrachent ou évitent généralement ces animaux qui ont l'apparence d'une anguille parce qu'ils excrètent un mucus visqueux lorsqu'ils se sentent menacés. Jusqu'à ce jour, les scientifiques n'avaient jamais vu un éléphant de mer manger une myxine et si ce n'était pas de Kirill, ces images auraient pu passer inaperçues. Mais suite à ce visionnement, ils ont pu émettre l'hypothèse que l'éléphant de mer avait rapidement englouti la myxine avant qu'elle ne libère sa substance.

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Ce phénomène est effectivement inhabituel. Les prédateurs recrachent ou évitent généralement ces animaux qui ont l'apparence d'une anguille parce qu'ils excrètent un mucus visqueux lorsqu'ils se sentent menacés. Jusqu'à ce jour, les scientifiques n'avaient jamais vu un éléphant de mer manger une myxine et si ce n'était pas de Kirill, ces images auraient pu passer inaperçues. Mais suite à ce visionnement, ils ont pu émettre l'hypothèse que l'éléphant de mer avait rapidement englouti la myxine avant qu'elle ne libère sa substance.

Comme beaucoup de « citoyens scientifiques », Kirill a joué un rôle important dans le perfectionnement de notre compréhension du monde. Si le statut de scientifique exige beaucoup d'études et de formations, n'importe quel individu possédant une connaissance minimale des méthodes scientifiques peut se lancer dans la science.

La science citoyenne n'est pas un concept nouveau. Ainsi, c'est en 1900 que la Société Audubon a entrepris son recensement des oiseaux de Noël. Et depuis, comme l'explique la Société Audubon, chaque année, du 14 décembre au 5 janvier, des dizaines de milliers de bénévoles à travers les Amériques prennent leurs jumelles, leurs guides d'identification des oiseaux et leurs listes de vérification pour se rendre à l'extérieur et les observer. « Chaque citoyen scientifique qui affronte la neige, le vent ou la pluie, chaque année, pour faire partie du recensement des oiseaux de Noël, contribue à la protection de la nature. La Société Audubon et quelques autres organisations utilisent les données recueillies à partir du plus long recensement récurrent de la faune sauvage afin d'évaluer la santé des populations d'oiseaux. De plus, ces données permettent de déterminer les actions appropriées pour protéger ces populations ».

Grâce à Internet, la science citoyenne est maintenant un outil beaucoup plus efficace qu'auparavant. Certains projets sont passifs, comme celui de Seti@home, où les individus peuvent programmer leurs ordinateurs afin de rechercher des signes de vie extraterrestre lorsque l'appareil n'est pas utilisé. D'autres individus font un peu plus d'efforts. Ainsi la Louisiana Bucket Brigade fournit non seulement des trousses d'outils, mais aussi des formations pour les individus qui habitent proches des raffineries de pétrole et des industries chimiques afin qu'ils puissent prendre des échantillons de l'air à des fins d'analyse en laboratoire. Il existe aussi le World Water Monitoring Chalenge qui est un programme interactif international d'éducation pour la protection des ressources en eau.

Certains projets, comme l'American Gut Project, sont très interactifs. On y demande aux participants de fournir des informations détaillées sur leur régime alimentaire et d'envoyer des prélèvements de leur selle, de leur bouche et/ou de leur peau. En échange de ces échantillons et, dépendamment du budget, les chercheurs donnent aux participants des renseignements concernant leur corps et la vie microbienne qui s'y trouve. Cette recherche a été conçue afin « d'aider à créer une nouvelle méthode permettant d'améliorer notre compréhension quant à l'influence du régime alimentaire et du mode de vie sur la santé humaine en observant les trillions de minuscules microbes propres à chaque individu ».

Certaines initiatives ne demandent que quelques simples observations. Dans une récente rubrique, nous avons mentionné RinkWatch, un projet qui invite les citoyens à envoyer des informations sur l'état des patinoires de leur voisinage aux chercheurs de l'Université Wilfrid Laurier en Ontario afin de les aider à faire le suivi des conséquences des changements climatiques. Plus récemment, la Fondation David Suzuki a également sollicité l'aide des citoyens scientifiques en demandant aux Canadiens de participer à un sondage sur les ingrédients toxiques que contiennent plusieurs produits personnels d'usage quotidien comme les savons, les shampoings et les cosmétiques.

Sur leur site Internet en anglais, Scientific American décrit une variété de projets en sciences citoyennes permettant de faire une multitude de choses, de la capture d'animaux au Serengeti en Afrique, afin d'analyser l'évolution de l'ADN humain, à l'étude des méthodes employées par les individus pour jouer avec leurs chiens.

Non seulement la science citoyenne génère-t-elle des études de grande valeur, mais elle est aussi un moyen plaisant de développer l'intérêt des individus pour la nature tout en leur permettant d'en apprendre davantage sur le monde et sur leur place dans celui-ci. Par exemple, participer au recensement des oiseaux de Noël est une bonne façon pour les individus et leur famille de passer du temps à l'extérieur, d'apprécier l'hiver tout en ayant le plaisir d'avoir accès aux résultats de la recherche. Voudriez-vous savoir quels sons le martin-pêcheur à poitrine bleue et l'éléphant de forêt produisent? La bibliothèque Macaulay de l'Université Cornell est « la plus grosse et la plus vieille bibliothèque d'archives scientifiques audio et vidéo sur la biodiversité ». Grâce aux contributeurs provenant de partout sur la planète, les visiteurs du site internet peuvent écouter les sons émis par le trois quarts des espèces d'oiseaux répertoriés sur la planète, ainsi que ceux d'une grande quantité d'insectes, de mammifères, de poissons et d'amphibiens. Et tout le monde peut contribuer à la collection.

Certains citoyens scientifiques s'impliquent pour le plaisir. D'autres ont un intérêt pour les sciences en général ou pour un milieu de recherche particulier. Kirill Dudko envisage de devenir un biologiste marin. Mais peu importe leurs raisons ou leur niveau d'implication, tous les citoyens scientifiques nous aident à obtenir une meilleure compréhension du monde et de notre place dans celui-ci.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, rédacteur en chef et spécialiste des communications à la Fondation David Suzuki.

Vous trouverez d'autres réflexions de David Suzuki dans le livre Everything Under the Sun (Greystone Books/Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington. En vente dans les librairies et en ligne.

21 février 2013

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