Devient-on une superpuissance énergétique en bradant ses ressources? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Devient-on une superpuissance énergétique en bradant ses ressources?
La question de l’énergie est omniprésente de nos jours. Le premier ministre Stephen Harper est résolu à faire du Canada une superpuissance énergétique, alimentée en priorité par les sables bitumineux de l’Alberta. (Crédit: kris krüg via Flickr)

Par David Suzuki

La question de l'énergie est omniprésente de nos jours. Le premier ministre Stephen Harper est résolu à faire du Canada une superpuissance énergétique, alimentée en priorité par les sables bitumineux de l'Alberta.

Au même moment, la première ministre de l'Alberta, Alison Redford, qui a été élue pour diriger une province économiquement forte, découvre que les revenus de sa province diminuent en raison des fluctuations des prix de l'énergie. Le boom économique de la Saskatchewan est associé aux revenus tirés du pétrole, du gaz naturel et de l'uranium, et la première ministre de la Colombie Britannique, Christy Clark, prévoit une forte expansion de l'exploitation du gaz naturel liquéfié qui exige d'énormes quantités d'énergie et qui met en cause la pratique hautement controversée de la fracturation.

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Alors que la première ministre du Québec, Pauline Marois, continue de ne pas autoriser les activités de fracturation hydraulique, le premier ministre du Nouveau Brunswick, David Alward, y voit une belle occasion pour sa province sur le plan énergétique. La Loi sur l'énergie verte de l'Ontario, une législation progressiste adoptée par l'ancien premier ministre Dalton McGuinty, est sérieusement attaquée et le premier ministre Stephen Harper défend vigoureusement l'exploration pétrolière alors que les glaces de l'Arctique et la toundra fondent en raison du réchauffement climatique.

Pendant que le gouvernement fédéral diabolise les environnementalistes en les traitant de « radicaux » qui ne cherchent qu'à faire dérailler les plans pour l'exploitation des sables bitumineux et des autres ressources naturelles, de plus en plus de gens s'opposent au transport du bitume dilué de l'Alberta vers la côte de la Colombie Britannique via le pipeline Northern Gateway d'Enbridge ou vers les raffineries du Texas via le pipeline Keystone XL. La plus grande partie du pétrole serait exportée, notamment en Chine, où les effets négatifs extrêmes de la pollution liée à l'utilisation des combustibles fossiles augmentent de jour en jour.

Les politiciens qui souhaitent de véritables changements doivent se préoccuper en premier lieu de leur réélection s'ils veulent voir leur programme se concrétiser. Par conséquent, ils doivent répondre à des exigences économiques immédiates et mettre de côté les problèmes à régler à plus long terme, comme les changements climatiques et les questions portant sur l'eau. De toute évidence, les impacts durables des actions ou inactions présentes devraient être une priorité. Nous allons devoir vivre avec les multiples conséquences des décisions et des actions des politiciens d'aujourd'hui bien après que ceux-ci auront été relégués à l'histoire.

Une crise financière est un facteur puissant de motivation, comme nous l'avons constaté lors de la crise financière de 2008. En quelques semaines seulement, le président George W. Bush et son successeur, Barack Obama, ont débloqué des centaines de milliards de dollars pour renflouer les banques et les fabricants d'automobiles, sans pour autant leur imposer de conditions pour les amener à changer leurs façons de faire. J'ai été étonné de la rapidité et de l'ampleur des actions posées par les gouvernements, à comparer à la lenteur et à l'inefficacité des mesures prises pour résoudre les problèmes écologiques qui menacent la survie de notre espèce, de notre mode de vie et de notre société.

La science démontre depuis plus de deux décennies que l'utilisation par l'humain des combustibles fossiles, en créant des niveaux sans précédent de gaz à effet de serre, altère la chimie de l'atmosphère et entraîne des phénomènes climatiques et météorologiques chaotiques et dévastateurs. La hausse continue des émissions ne fera qu'exacerber la transformation atmosphérique — déjà hors de contrôle — de la biosphère, notre seul habitat.

Nous prétendons que l'intelligence fait de nous des êtres supérieurs à toute autre forme de vie sur cette planète, mais à quoi sert l'intelligence si nous ne l'utilisons pas pour répondre aux menaces et utiliser les opportunités? Après tout, la prévoyance a été un attribut important de l'humain qui l'a amené à se positionner en dominant sur cette planète. Nous avons utilisé nos connaissances et notre expérience pour regarder vers l'avenir en reconnaissant les dangers potentiels et les circonstances favorables afin de contrôler notre propre destin et en agissant de façon à éviter les dangers et à tirer profit des possibilités offertes.

C'est un moment charnière pour le Canada. Nous faisons face à une crise sur le plan économique et énergétique. Aucune économie ne peut croître indéfiniment; c'est tout simplement impossible sur une planète dont les ressources sont limitées. Ne devrions nous pas nous demander à quoi sert l'économie? Jusqu'où peut on aller? Où sont les limites? Comment faisons nous pour mettre sur pied une économie durable? Les collectivités à ressource unique ont appris, après des expériences difficiles, que dépendre d'un secteur dominant de l'économie — que ce soit la forêt, les pêches ou les mines — prédispose à des cycles d'expansion et de ralentissement dévastateurs.

Trop souvent, les pays exportateurs de combustibles fossiles dépendent de ce secteur. Cette dépendance déstabilise leur économie (comme on peut le voir en Alberta), fausse leurs priorités (en menant à ce qu'on appelle le « syndrome hollandais » où d'autres secteurs de l'économie sont négligés ou ignorés) et mine la démocratie en tenant le gouvernement en otage (comme l'a démontré l'énorme pouvoir de lobbying de l'industrie lors des dernières élections présidentielles aux États Unis).

L'avenir du secteur énergétique au Canada déterminera le sort de notre société. Cette question doit être largement discutée, tant à l'échelle nationale que provinciale, et doit dépasser les frontières politiques et économiques. Nous devons définir le genre de pays que nous voulons léguer à nos enfants et à nos petits enfants.

18 avril 2013

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