Une perspective globale est nécessaire pour protéger la nature | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Une perspective globale est nécessaire pour protéger la nature

La Peace River à hauteur du point de vue situé à "Old Fort" (Crédit: tuchodi via Flickr)

Par David Suzuki

Peu d'endroits sur Terre n'ont pas été altérés par les humains, selon une étude publiée dans la revue Science. Des images satellites prises à des centaines de kilomètres au-dessus de la planète révèlent un monde que nous avons modifié irrévocablement et dans un délai remarquablement court.

Bien que les projets industriels comme le projet de pipeline Northern Gateway d'Enbridge ou celui récemment avorté d'une méga-carrière en Ontario font habituellement la une des manchettes et font ressortir l'opposition du public, ce sont souvent les effets conjugués d'une pluralité d'activités humaines sur les mêmes territoires qui menacent de conduire la nature au-delà de seuils critiques de basculement. Une fois que ceux-ci auront été franchis, de rapides changements écologiques peuvent se produire telle qu'une extinction d'espèces.

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Par exemple, dans la région en plein essor économique de la Peace River en Colombie-Britannique, les licenses et concessions forestières, énergétiques et minières sont très répandues et se recoupent souvent dans la même zone. Comme diverses industries ont exploité ces «mandats», une mosaïque tentaculaire de grandes coupes à blanc, de puits de pétrole, de barrages et de réservoirs, d'opérations de fracturation hydraulique, de milliers de kilomètres de corridors de relevés sismiques, de routes et de pipelines en sont venus à dominer le paysage. Aujourd'hui, plus de 65 % de la région a ressenti l'impact du développement industriel, laissant peu d'habitats intacts pour des espèces sensibles et menacées tel que le caribou afin qu'il puisse se nourrir, se reproduire ou se déplacer. La dégradation ou la destruction de l'habitat a convaincu les scientifiques que les derniers troupeaux de la région ne sont plus autonomes et sont entrés dans une spirale de déclin les menant vers l'extinction à l'échelle locale. Les premières nations, qui ont compté sur le caribou comme source principale de nourriture depuis des milliers d'années, ne peuvent plus les chasser. Il s'agit d'une violation flagrante des droits obtenus par l'intermédiaire de certains traités.

Cette situation désastreuse ne s'est pas produite par accident ou en raison d'une approche laxiste vis-à-vis de la gestion des ressources et du territoire. De nombreuses industries de la région ont opéré légalement et conformément aux règles et règlements établis par le gouvernement.

Mais les experts juridiques, tells que ceux appartenant à l'organisation non gouvernementale West Coast Environmental Law (WCEL), estiment que l'une des causes du problème réside dans le fait que les lois sur la gestion du territoire, des ressources et de l'eau sont "court-circuitées" afin de contourner les engagements pris envers les communautés et l'environnement. L'étroitesse de vision de ces lois permet aux industries d'opérer de manière isolée les unes des autres.

La Colombie-Britannique, par exemple, a développé de nombreuses lois individuelles, comme le Forest and Range Practices Act, le Oil and Gas Activities Act ou encore le Mines Act, en travaillant parallèlement avec les industries que ces lois réglementent. Mais la province ne dispose pas d'un cadre juridique qui permette de gérer, de manière proactive et globale, les impacts cumulatifs engendrés par les multiples industries exploitant les ressources et opérant dans une même zone.

Pour cette raison, la WCEL et les Premières Nations partenaires sont engagées dans un projet pluriannuel de réforme du droit qui vise à modifier la façon dont nous supervisons et réglementons actuellement les impacts cumulatifs, allant de la détérioration de la qualité de l'eau qui peut survenir à cause de l'utilisation commune de la même ressource par plusieurs industries jusqu'aux menaces émergentes telle que les changements climatiques.

La régulation du développement des ressources par une approche intégrant les impacts cumulatifs pourrait contrebalancer le paradigme actuel de gestion. Cette approche serait axée sur les besoins en gestion du territoire, de l'eau, de l'air, de la faune et des communautés qui en dépendent en premier lieu, plutôt que sur l'extraction des ressources. En termes pratiques, cela signifie que, plutôt que de se concentrer sur ce que nous devrions prendre de la nature afin de créer de la richesse et de l'emploi, nous devrions d'abord examiner ce qui doit être conservé dans la nature pour préserver à la fois la faune et le bien-être des communautés locales, telles que la qualité de l'air, de l'eau potable ou encore une alimentation locale saine.

Lors d'un récent colloque sur la gestion des impacts cumulatifs dus à l'exploitation des ressources en Colombie-Britannique, de nombreux intervenants allant des Premières Nations aux universitaires et aux chefs d'entreprises, ont souligné que pour mener une gestion efficace des effets cumulatifs, il faudra de nouvelles institutions et mécanismes de régulation, voire de nouveaux leviers juridiques. De manière encore plus importante, il faudra que nos dirigeants adoptent une façon plus proactive et holistique d'aborder le monde — une approche qui reconnaît que, loin d'être simplement un lieu d'extraction des ressources comme les combustibles fossiles, le bois et les minéraux, la nature est notre maison. La nature répond à nos besoins les plus fondamentaux et impose des limites à la croissance, sa protection devrait donc être notre plus grande priorité.

La gestion plus durable de notre empreinte écologique, de plus en plus importante sur cette planète, exigera un leadership, en grande partie issu des peuples des Premières Nations qui sont aux premières lignes de la réalité quotidienne des changements environnementaux cumulatifs. Nous devons regarder la situation sous une perspective globale plutôt qu'y voir des éléments individuels isolés entre-eux.

Rédigé avec la contribution du Directeur général de la Fondation David Suzuki de l'Ontario et du Nord du Canada Faisal Moola.

29 avril 2013

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