Les opposants à l'énergie éolienne brassent peut-être du vent | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les opposants à l'énergie éolienne brassent peut-être du vent

Champ d'éoliennes à Cap-Chat en Gaspésie. (Crédit : Dr Papillon and Hoedic via Flickr)

Par David Suzuki

L'opposition aux champs d'éoliennes met souvent l'accent sur les effets sur la santé, mais quel facteur en rapport aux énergies éoliennes peut rendre les gens malades? Selon de récentes recherches, il ne s'agirait pas des infrasons en provenance des installations éoliennes, mais assez étrangement, des avertissements des opposants.

Dans une étude publiée dans le journal Health Psychology de l'American Psychological Association, des chercheurs néo-zélandais de l'Université d'Auckland ont montré à 27 sujets des séquences de films facilement accessibles et qui étaient contre les énergies éoliennes. Un autre groupe de 27 sujets a visionné des entretiens avec des experts qui disaient que les infrasons, comme ceux créés par les éoliennes, ne peuvent pas directement causer d'effets négatifs sur la santé. Ensuite, les sujets se sont fait dire qu'ils seraient exposés à deux périodes de 10 minutes d'infrasons, mais n'ont en fait été exposés qu'à une seule.

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Après les deux expositions, l'une bien réelle et l'autre fausse, les sujets du premier groupe étaient beaucoup plus susceptibles de signaler des symptômes négatifs que ceux du deuxième. En fait, les sujets du deuxième groupe n'ont rapporté « aucun changement symptomatique » après chaque exposition. Selon les chercheurs, « les résultats laissent à penser que les anticipations psychologiques pourraient expliquer le lien entre l'exposition aux éoliennes et les plaintes reliées à la santé ».

Une autre étude, qui reste à publier, montre que les gens qui vivent près d'installations éoliennes signalent plus de problèmes de santé pendant les campagnes antiéoliennes. Les chercheurs de l'Université de Sydney en Australie ont recensé seulement 120 plaintes des personnes vivant à moins de cinq kilomètres des 49 parcs éoliens du pays entre 1993 et 2012. Cependant, 68 provenaient d'individus qui vivent près des cinq parcs éoliens ciblés par des groupes opposés aux parcs éoliens et 82 des plaintes on eu lieu après 2009, année où les adversaires de l'énergie éolienne ont commencé à inclure des menaces à la santé dans leurs campagnes.

Le pouvoir de la suggestion peut être extrêmement efficace, particulièrement lorsqu'il s'agit de la santé humaine. Malheureusement, dans le cas de l'énergie éolienne, ceci peut retarder ou même arrêter les installations d'énergie éolienne qui sont une composante nécessaire du virage des combustibles fossiles polluants vers les énergies propres, comme ce fut le cas récemment au Canada.

En fait, la science montre que l'énergie éolienne n'affecte pas négativement la santé humaine de façon significative. Un jury indépendant rassemblé par le Ministère pour la Protection de l'Environnement du Massachusetts a passé en revue les recherches disponibles et a publié un rapport l'année dernière. Le groupe n'a trouvé aucune preuve scientifique qui soutienne la plupart des affirmations sur le « syndrome éolien », les effets des infrasons et les maux attribués aux énergies éoliennes comme des douleurs et des courbatures, le diabète, l'hypertension, le bourdonnement des oreilles, la perte de l'ouïe, les maladies cardiovasculaires ainsi que les maux de tête ou les migraines.

Au pire, il est démontré que les installations éoliennes pourraient être contrariantes et causer des troubles du sommeil. Mais la plupart des effets mineurs qui en découlent peuvent être surmontés par des règlements qui déterminent à quelle distance des résidences les éoliennes doivent être installées. En Ontario, la distance minimale est de 550 mètres. À cette distance, le son audible en provenance des éoliennes se trouve normalement sous les 40 décibels, ce qui équivaut au niveau rencontré dans la plupart des chambres à coucher et salles de séjour.

D'autre part, nous savons que l'utilisation des combustibles fossiles comme source d'énergie a des effets profonds sur la santé humaine et sur l'économie. L'Association médicale canadienne rapporte qu'en 2008, la pollution atmosphérique au Canada était responsable de 21 000 décès prématurés, 92 000 visites aux urgences et 620 000 visites chez le médecin. De plus, une nouvelle étude effectuée par le Pembina Institute a constaté que « les coûts sur la santé associés à la combustion du charbon pour produire de l'électricité en Alberta sont proches de 300 millions de dollars annuellement ».

Selon les chercheurs de l'Institut Pembina, « Les usines de charbon sont une source majeure de polluants aériens toxiques, dont le mercure, les oxydes d'azote, le dioxyde de soufre et d'autres particules. L'étude montre qu'en Alberta, chaque année, cette pollution contribue à plus de 4 000 crises d'asthme, plus de 700 visites aux urgences pour des maladies respiratoires et cardiovasculaires et autour de 80 admissions à l'hôpital, avec des expositions chroniques menant à près de 100 morts prématurées. »

Si on tient compte de ces coûts dans l'équation, le charbon et les autres combustibles fossiles ne représentent plus l'aubaine qu'ils prétendent être — particulièrement si on se rappelle que le secteur est subventionné pour un montant avoisinant les 1.9 billions de dollars (soit 1900 milliards de dollars) par année dans le monde entier, selon le Fonds monétaire international. Avec les coûts des énergies renouvelables en baisse et les améliorations technologiques, de plus en plus de recherches montrent que le virage des combustibles fossiles vers des énergies propres est possible.

Lorsqu'il s'agit de l'énergie éolienne, nous devons être prudents pour nous assurer que les impacts sur l'environnement et sur certains animaux comme les oiseaux et les chauves-souris sont minimisés et nous devrions continuer à étudier les effets possibles sur la santé. Mais nous devons aussi nous méfier de faux arguments qui vont à son encontre.

Écrit avec la contribution du Gestionnaire des communications de la Fondation David Suzuki, Ian Hanington.

15 mai 2013

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