La situation des oiseaux du monde est sombre mais pas désespérée | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La situation des oiseaux du monde est sombre mais pas désespérée

Une hirondelle rustique (Hirundo rustica), une des nombreuses espèces d'oiseaux déclarées menacées. (Crédit : Ian White via Flickr)

Par David Suzuki

Nous ne pouvons vivre sans les oiseaux. Au-delà de leur beauté et de la fascination qu'ils suscitent, les oiseaux jouent un rôle crucial dans l'équilibre de la vie sur Terre. Grâce à leurs actions, les graines sont dispersées, les plantes fécondées et les insectes, contrôlés. Source de nourriture pour nous les humains, ils reflètent l'état de santé des écosystèmes et sont au cœur d'un loisir très populaire et lucratif : l'observation des oiseaux.

Ainsi, nous devrions tous nous inquiéter des conclusions du rapport "State of the world's birds: indicators for our changing world" : 1 espèce d'oiseaux sur 8 — ou 1 313 espèces d'oiseaux — sur Terre est en voie de disparition.

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L'évaluation effectuée par la BirdLife International, un partenariat mondial d'organisations œuvrant notamment pour la conservation des oiseaux et de leurs habitats, fait remarquer que « les oiseaux du monde sont dans une situation qui se détériore, avec des espèces se rapprochant de l'extinction de plus en plus rapidement. » Cela confirme l'accentuation d'une tendance troublante : depuis l'an 1500, 151 espèces d'oiseaux auraient disparu.

Cette étude, publiée lors du congrès de la BirdLife International de 2013 qui s'est tenu du 19 au 22 juin, à Ottawa, offre toutefois une lueur d'espoir : « Un investissement annuel de 4 milliards de dollars américains, employé judicieusement, pourrait améliorer le sort de toutes les espèces d'oiseaux menacées en plus de virtuellement arrêter les extinctions causées par les humains. Un investissement supplémentaire de 76 milliards pourrait protéger et gérer efficacement tous les sites d'importance mondiale de conservation connus. Ces sommes sont tout à fait dérisoires en comparaison de la taille de l'économie mondiale (environ 70 000 milliards de dollars américains annuellement), et de l'estimation de la valeur totale des services écosystèmiques rendus par la nature chaque année (entre 22000 et 74000 milliards de dollars américains). »

Plusieurs espèces d'oiseaux menacées sont des espèces communes, comme la tourterelle des bois, la sturnelle, l'hirondelle rustique et l'hirondelle noire. Au Canada, les populations d'oiseaux insectivores, d'oiseaux de prairie et de limicoles de la zone arctique déclinent rapidement depuis les années 1970 à cause de l'activité humaine. Par contre, les efforts de conservation, telle que la réglementation sur les pesticides comme le DDT, ont permis aux populations d'oiseaux de proie et de sauvagines de revenir à un niveau satisfaisant.

Malheureusement, nous sommes responsables du sort actuel des oiseaux. Le rapport démontre que l'agriculture industrielle, l'exploitation forestière et les espèces envahissantes représentent les plus importantes menaces dans l'immédiat, et conclut que les changements climatiques sont une « menace émergente de plus en plus sérieuse pour les espèces » qui « amplifie souvent les menaces existantes ». En plus de provoquer d'autres problèmes, comme la détérioration d'habitats naturels, une planète qui se réchauffe modifie le calendrier des migrations et de la nidification, altérant ainsi la capacité des oiseaux à trouver des insectes pour se nourrir.

Une solution afin d'assurer la sauvegarde des populations d'oiseaux consiste à veiller à ce que les habitats essentiels à leur survie — connus sous le nom d'aires importantes de nidification ou (IBAs en anglais) — soient protégés, avec une règlementation appropriée si nécessaire. Il ne s'agit pas d'y empêcher toute activité humaine, mais plutôt de gérer ces sites de manière à permettre aux oiseaux de survivre et de prospérer.

Comme le démontre le rapport, l'investissement dans la conservation présente des avantages en plus d'aider les oiseaux. Les quelques 12 000 aires importantes de nidification connues à travers le monde offrent des services écosystémiques de grande valeur, tels que la régulation du climat et de la qualité de l'air, la purification de l'eau et la prévention des inondations, le maintien de la diversité génétique, la production de nourriture et de remèdes, tout en représentant un loisir qui favorise le tourisme.

L'éducation joue un rôle clé dans la protection des oiseaux et de toutes les espèces animales et végétales menacées. En comprenant mieux notre lien avec la nature, l'importance de la biodiversité et la valeur des services rendus par les écosystèmes sains, nous serons en mesure de faire en sorte que la conservation et la biodiversité soient des priorités lors de nos futures prises de décision, ce qui favorisera un développement réellement durable.

L'étude réalisée par la BirdLife indique que les changements climatiques représentent une menace importante. Elle met aussi au jour la difficulté de réaliser de nouveaux projets énergétiques qui tiendront compte des facteurs environnementaux en jeu. Les détracteurs cherchent à empêcher le développement de parcs éoliens à cause du risque pour les oiseaux. Cependant, le taux de mortalité des oiseaux; attribué aux éoliennes est minime en comparaison avec celui lié aux combustibles fossiles, aux changements climatiques, aux pesticides, aux édifices de grande hauteur, aux automobiles ou aux chats. Une étude de l'Université nationale de Singapour révèle que la production d'énergie à partir de combustibles fossiles tue 17 fois plus d'oiseaux par gigawatt-heure que l'éolien. De plus, les problèmes liés aux parcs éoliens peuvent être écartés par la sélection rigoureuse des sites et par une amélioration de la conception des parcs. Grâce à la création de matériel de recherche et d'un outil en ligne, la BirdLife a été en mesure de cartographier l'itinéraire des oiseaux dans l'importante voie de migration entre la vallée du Rift et la mer Rouge afin de déterminer les endroits où l'on ne devrait pas installer d'éoliennes.

Le déclin des populations d'oiseaux est le reflet de l'état de l'environnement à l'échelle mondiale, mais il n'est pas trop tard pour agir. Comme le dit Leon Bennun, directeur des programmes scientifiques, de l'information et des politiques pour la Birdlife, « la conservation de la nature de manière efficace est financièrement réalisable et portera ses fruits. Il est temps d'agir. Il en résultera un monde en tous points plus riche et plus sain, qui conservera par le fait même toute sa diversité et sa beauté ».

La survie des oiseaux est primordiale. Agissons en conséquence afin d'éviter leur extinction.

Rédigé avec la collaboration de Ian Hanington, spécialiste des communications et des publications.

25 juillet 2013

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