Le Bhoutan, un tout petit pays, redéfinit le concept du « progrès » | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le Bhoutan, un tout petit pays, redéfinit le concept du « progrès »

La vallée Haa au Bhoutan. (Crédit : Douglas J McLaughlin via Wikimedia Commons)

Par David Suzuki

Mes parents ont connu la Grande Dépression des années 1930 et ils en furent profondément affectés. Ils nous ont appris à travailler fort pour gagner notre vie, à vivre en respectant nos moyens financiers, à économiser pour l'avenir, à partager et à ne pas être cupide et à aider nos voisins parce qu'un jour, nous pourrions avoir besoin de leur aide. Ces homélies et enseignements semblent désuets aujourd'hui, dans ce monde rempli de cartes de crédit, de surconsommation et de dettes imposantes.

La société a connu d'énormes changements depuis la Deuxième Guerre mondiale. Nos vies ont été transformées par les voyages en avion, les contraceptifs oraux, les plastiques, les satellites, les cellulaires, les ordinateurs et la technologie numérique. Nous semblons adaptables à l'infini alors que nous apprenons à composer avec les impacts de ces nouveaux produits, idées et technologies. Nous prenons conscience de notre dépendance à leur égard seulement quand ils sont défectueux (on se rend compte de notre dépendance quand le réseau électrique tombe en panne) ou quand ils n'existent tout simplement pas (quand nous visitons un « pays en voie de développement »). La plupart du temps, nous ne pouvons même pas imaginer une autre façon de vivre notre vie qu'en étant éternellement occupés à gagner de l'argent pour posséder plus de choses nous permettant de rendre nos vies « plus faciles ».

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Mais des personnes sont parvenues à comparer les modes de vie effrénés créés par nos sociétés à un mode de vie plus simple. Dans la moitié du 20e siècle, le tout petit royaume du Bhoutan, qui est profondément enfoui dans l'Himalaya, entre la Chine et l'Inde, est sorti de 300 ans d'isolement. En 1961, le troisième roi du Bhoutan a commencé à envoyer des étudiants dans des écoles situées en Inde. Ensuite, certains d'entre eux ont poursuivi leurs études à Oxford, Cambridge, Harvard et dans d'autres universités. Ces jeunes gens, les premiers individus de cette nation ayant été confrontés aux sociétés occidentales après trois siècles d'isolement, ont clairement vu les contrastes dans les valeurs de ces deux mondes. Dès leur retour au Bhoutan, ils ont exprimé leur stupéfaction puisque les sociétés occidentales mesuraient le « développement » et le « progrès » selon la quantité d'argent et de biens matériels qu'elles possèdent.

En 1972, lors d'une conférence internationale en Inde, un journaliste a questionné le roi du Bhoutan au sujet du produit national brut de son pays — une mesure de l'activité économique. Sa réponse fut quelque peu facétieuse : Il a dit que la priorité du Bhoutan n'était pas le PNB mais le BNB, le Bonheur national brut. Depuis, le gouvernement du Bhoutan a pris le BNB au sérieux et il a stimulé la réflexion partout sur la planète avec la notion suivante: l'économie devrait servir les gens et non le contraire.

En 2004, le prince héritier Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, devenu roi à la fin de 2006, a dit : « Il ne peut y avoir de paix durable, de prospérité, d'égalité, de fraternité dans ce monde si nos objectifs sont si éloignés et divergents — si nous n'acceptons pas que finalement, nous sommes des humains, tous semblables, partageant la Terre entre nous et avec les autres êtres sensibles. »

En juillet 2011, la Bhoutan a présenté la seule résolution qu'il n'a jamais soumise aux Nations Unies à ce jour. La résolution 65/309 a été nommée : « Le bonheur : vers une approche globale du développement ». La position du pays était que « la poursuite du bonheur est un but fondamental chez l'humain » et « que le produit intérieur brut... ne représente pas adéquatement le bonheur et le bien-être des individus ». L'assemblée générale a unanimement approuvé la résolution. Elle a été « considérée comme un pas important vers l'adoption d'un nouveau paradigme planétaire basé sur une économie privilégiant la durabilité dans le but de favoriser le bonheur des humains et le bien-être de toutes les formes de vie et de remplacer le système actuel dysfonctionnel qui est basé sur une fausse prémisse de croissance illimitée sur une planète ayant des limites ».

Ceci a permis au Bhoutan d'organiser une réunion de haut niveau. J'étais enchanté lorsque les dirigeants m'ont demandé d'aider le groupe de travail chargé de définir les concepts de bonheur et de bien-être et de développer des stratégies et des façons de mesurer ces états. Le premier ministre Jigmi Thinley a même cité la « Déclaration d'interdépendance » de la fondation David Suzuki comme étant une source d'inspiration pour la proposition.

Les Bhoutanais comprennent que le bien-être et le bonheur dépendent d'un environnement sain. Ils ont promis de protéger 60 % du couvert forestier de leur pays, ils ont déjà un bilan neutre en carbone (ils utilisent l'hydroélectricité) et ils ont promis que le secteur de l'agriculture deviendra entièrement biologique. Ils ont de la neige, des léopards, des éléphants, des rhinocéros, des tigres, et des vallées de rhododendrons ayant la taille d'arbres, et ils savent que leur bonheur dépend de leur protection.

Les gens de cette petite nation savent que l'argent et la surconsommation ne sont pas l'essence du bonheur et du bien-être. Je suis fier de faire partie de cette initiative fort importante dans laquelle ils se sont lancés, et je me réjouis d'avance du travail qui mènera à une présentation aux Nation Unies en 2015.

5 août 2013

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