La défense des Sacred Headwaters au Tahltan a des racines profondes | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La défense des <i>Sacred Headwaters</i> au Tahltan a des racines profondes

(Crédit: Claudio Contreras de la International League of Conservation Photographers)

Par David Suzuki

Peu d'endroits sur notre planète n'ont pas été affectés par les humains. Des Images satellites prises à des centaines de kilomètres au-dessus de la terre révèle un monde irrévocablement changé par l'usage qu'on en a fait depuis tout juste les quelques dernières décennies.

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De la toundra arctique aux forêts tropicales en passant par les déserts arides, notre monde naturel se fait fragmenter par les villes et cités toujours en expansion avec leurs routes, lignes de transmission et pipelines, et affiche une mine cicatrisée par les exploitations minières à ciel ouvert avec leurs chevalets de pompage, tours de torches et autres infrastructures utilisées pour forer, pomper et excaver des combustibles fossiles.

Les zones qui sont restées relativement à l'abri du développement industriel ont donc pris une signification spéciale. Ce sont des endroits où une grande variété d'animaux se nourrissent, se reproduisent et errent en grand nombre, où les rivières sont sauvages et les peuples indigènes pêchent, chassent et pratiquent les coutumes traditionnelles.

Au Canada, ceci inclut des paysages impressionnants tels que les forêts boréales de Pimachiowin Aki encadrant la frontière Manitoba-Ontario, Gwaii Haanas sur la côte ouest du Canada et les Sacred Headwaters (appelé Tl'abāne dans la langue locale Tahltan et prononcé Klabona en anglais) dans la région nord-ouest de la Colombie-Britannique. Cette dernière est la source de trois des plus importantes rivières à saumon du continent: la Stikine, Skeena et Nass.

Les rivières de Sacred Headwater puisent leurs origines dans de petits ruisseaux près les uns des autres, percolant du riche pré derrière, sur le haut plateau. Nourries par les eaux des montagnes et vallées avoisinantes, elles coulent vers l'océan Pacifique nord avec force, tirant au travers de gorges qui rivalisent de grandeur avec le Grand Canyon et cascadant par dessus des chutes d'eau belles à couper le souffle. Non-enlaidis par des barrages, des coupes à blanc ou des mines, et avec une abondance de vie sauvage incluant des Grizzlis, des loups, des caribous et la plus grande population mondiale de mouflon de Stone, les Sacred Headwaters ont été nommés le Serengiti du Nord.

Les endroits tels que les Sacred Headwates doivent leurs existences aux peuples indigènes qui y vivent depuis des milliers d'années et qui ont constamment résisté aux intrusions du développement industriel qui auraient nui à leurs terres ancestrales — souvent en opposant leurs propres corps aux camions, véhicules de terrassement et équipement de forage. Mais alors que Pimachiowin Aki et Gwaii Haanas sont maintenant protégés par la loi, les Sacred Headwaters quant à eux, ne le sont pas. Cela reste un risque au vu de la multitude de suggestions de mines, chemin de fer, ligne de transmission et autres projets qui éviscéreront le paysage s'ils sont approuvés.

Ces projets incluent un périmètre de 44 kilomètres carrés de mine de charbon anthracite à ciel ouvert qui mettrait à niveau du sol la montagne Klappan, située au cœur même des Sacred Headwaters. La mine proposée par Fortune Minerals, une petite compagnie basée à London en Ontario, serait dévastatrice pour les terres prêtées à la nation Tahltan par le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Les Tahltans ne sont pas opposés à tout développement industriel. Ils ont fait des partenariats avec plusieurs compagnies de ressources naturelles afin de générer des emplois et des opportunités économiques pour leur communauté. Mais ils croient que certains endroits, tels que les Sacred Headwaters, sont trop importants pour subir ce genre de développement et doivent en être sauvegardés. Les Tahltan ont déjà empêché une des plus grosses corporations au monde, la Royal Dutch Shell, de dévaliser les terres à la recherche de méthane de gisement de charbon. Le 16 août, les Tahltan livraient une note d'expulsion immédiate à Fortune Minerals.

Alors que j'écris, les Tahltan, incluant les aînés qui ont été arrêtés il y a une décennie pour garder Fortune Minerals en dehors des Sacred Headwaters, se sont réunis à leur campement de chasse habituel sur la montagne Klappan afin de s'opposer pacifiquement à la compagnie minière qui a commencé les tests de forage cet été avec la permission du gouvernement.

Les membres de la première nation des Tahltan ont été rejoints par des alliés non aborigènes tels que la Skeena Watershed Conservation Coalition. Avec le support de la communauté élargie qui a apporté de la nourriture, de l'eau, du bois pour le feu et d'autres nécessités, les Tahltan ont fait vœu de rester sur le mont Klappan jusqu'à ce que Fortune Minerals quitte les Sacred Headwaters pour de bon.

Le poète américain Gary Snyder a déjà dit : « la chose la plus radicale à faire est de rester chez soi. » Cette phrase a fini par avoir plusieurs sens, la plus notable étant de décrire un sentiment d'appartenance à un endroit et l'incroyable pouvoir d'une communauté qui se rassemble afin de protéger cet endroit.

La description poétique de Snyder concernant ce qui est radical est un portrait juste de la défense pacifique de leur maison des Sacred Headwaters entreprise par les Tahltan. Le mot « radical » provient du latin pour « racine » ou « avoir des racines ». La présence des Tahltan dans les Sacred Headwaters est ancienne et très enracinée et ne sera pas si facilement enlevée.

Rédigé avec la contribution de Faisal Moola, directeur général de la Fondation David Suzuki pour l'Ontario et le nord du Canada

19 septembre 2013

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