L'incinération des déchets gaspille nos ressources | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: L'incinération des déchets gaspille nos ressources

(Crédit : Ivan Dervisevic via Flickr)

Par David Suzuki

De nombreux espaces urbains ont déjà fait construire des installations d'incinération des déchets pour produire de l'énergie. De nombreux autres en étudient la possibilité. À premier coup d'œil, on croirait qu'il s'agit d'une formule gagnante : on élimine nos « ordures » et on se dote d'une nouvelle source d'énergie ayant recours à un combustible quasiment gratuit. Mais en réalité, cette formule pose des problèmes. L'enjeu est complexe.

Le district régional du Grand Vancouver a une telle installation à Burnaby et prévoit la construction d'une deuxième. À Toronto, on étudie la technologie derrière cette pratique déjà en œuvre dans la région soit à Burlington et en chantier à Clarington. La pratique est très commune dans l'Union européenne; la Suède et l'Allemagne importent maintenant des déchets afin de faire fonctionner leurs génératrices.

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Le mot « déchet » est bel et bien le mot juste. On pourrait même prétendre que les ordures n'existent pas. Et voilà que se présente le premier hic. Même ceux qui favorisent la technologie derrière l'incinération des déchets seraient bien d'accord que la meilleure façon de gérer ces déchets est de les réduire, de les réutiliser ou de les recycler. Le volume inutile d'ordures que nous générons est invraisemblable — emballages exagérés, obsolescence programmée, hyperconsommation, méconnaissance... C'est bien ici que chaque personne peut faire une différence, soit en refusant d'acheter les articles avec des emballages superflus et en encourageant les entreprises à réduire leurs emballages, sinon en maitrisant nos propres désirs de toujours vouloir la plus nouvelle bébelle qui brille.

Nous jetons aux poubelles beaucoup de choses qui pourraient être réutilisées, réparées ou modifiées à d'autres fins. Le recyclage quant à lui, quoique cette pratique ait bien pris de l'avance, n'a pas fini de faire son chemin. Le trois quarts de nos déchets domestiques se retrouve toujours dans les sites d'enfouissement. Pensez-y, chaque citoyen produit près de 1 000 kilogrammes de déchet par année! C'est énorme! La majorité des déchets dans les sites d'enfouissement sont en fait utilisables, compostables ou recyclables, y compris les tonnes de plastique.

De transformer les déchets utilisables et non triés en un produit combustible fait en sorte que" les communautés auront moins tendance à réutiliser, à réduire ou à recycler":http://www.theguardian.com/environment/2013/aug/29/incineration-recycling-europe-debate-trash. Puisqu'on brule, pourquoi réduire? Or, l'incinération des déchets nous parait plus facile et moins coûteuse que le triage, le détournement et le recyclage. Mais rappelons-nous, une fois incinéré, ces déchets ne peuvent servir à rien d'autre — ils sont carrément détruits!

De plus, l'incinération des déchets entraine des enjeux environnementaux. Quoique les technologies d'aujourd'hui réduisent les polluants atmosphériques générés par cette pratique, l'incinération du plastique, entre autres, produit des émissions pouvant comprendre certaines toxines, dont le mercure, les dioxines et les furanes. Tout comme la combustion des énergies fossiles, l'incinération des déchets (dont un fort volume est du plastique dérivé des combustibles fossiles) émet du dioxyde de carbone et de l'oxyde nitreux qui, à leur tour, contribuent au changement climatique.

Dans les faits, l'incinération des déchets ne les fait pas disparaitre. Dans l'atmosphère sont libérés des cendres volantes et des polluants, mais demeure aussi un fort volume de « cendres résiduelles ». Le district régional du Grand Vancouver rapporte que les cendres résiduelles de l'installation à Burnaby équivalent à 17 % du poids des déchets incinérés — loin d'être négligeable. Suite à l'examen des cendres résiduelles de l'installation, on rapporte un haut taux de métal lourd, soit du cadmium cancérogène, souvent le double du taux permis pour les sites d'enfouissement. De forts taux de plomb ont aussi été rapportés.

L'incinération est de plus coûteuse et inefficace. Et une fois la pratique adoptée, on vient à s'y fier, et à se fier aux déchets comme produit combustible, et il est difficile de revenir sur ses pas et d'adopter des pratiques de remplacement plus écologiques. Regardez ce qui se passe en Suède et en Allemagne — favoriser la réduction, la réutilisation et le recyclage cause une pénurie de déchets — pas assez de « combustible » pour faire fonctionner leurs génératrices!

L'enjeu est complexe. Il nous doit de trouver des façons de mieux gérer les déchets et de produire de l'énergie sans se fier aux combustibles fossiles qui sont à la fois en baisse et de plus en plus coûteux, et d'autant plus polluants! Envoyer les déchets aux sites d'enfouissement n'est certainement pas la solution gagnante. Et nous avons de meilleurs choix que les sites d'enfouissement et l'incinération, en commençant par la réduction du volume de déchets que nous produisons. À l'aide de campagne de conscientisation et de projets de règlementation, nous pouvons réduire les sources de déchets les plus évidentes et détourner les déchets compostables, recyclables et réutilisables des dépotoirs. Bref, compte tenu de ces solutions, l'incinération est un réel gaspillage.

Il serait fort mieux de trier les déchets afin de diviser le biologique du recyclable, et de trier les produits dont le mode de disposition est plus minutieux. Ces trois catégories de déchets pourraient alors être redirigées afin de réduire les impacts environnementaux et de produire de nouveaux produits. Les matières biologiques utilisées par les systèmes de bioénergie pourraient alors compenser l'utilisation des combustibles fossiles tout en nous offrant d'intéressants approvisionnements en engrais. Le détournement et le recyclage réduiraient notre besoin d'extraire de nouvelles ressources et de déranger l'environnement tout en créant de la valeur et des emplois. Les voilà donc les vraies solutions gagnantes!

Rédigé à partir de contributions du chargé des communications de la Fondation David Suzuki Ian Hanington.

12 septembre 2013

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