Aidez à résoudre un mystère orange et noir | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Aidez à résoudre un mystère orange et noir

(Crédit : Tin Can Forest)

Par David Suzuki

Qu'est-ce qui pèse moins qu'un trombone, goûte très mauvais et peut voyager des milliers de kilomètres sans utiliser de carte? Un indice: cette délicate créature est d'un orange fauve avec des rainures noires et des points blancs et a été mystérieusement absente du Canada cet été.

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Il s'agit du papillon monarque. Chaque année, les populations orientales des ces étonnants et fidèles voyageurs volettent entre les forêts du centre du Mexique et l'Ontario du Sud.

C'est le seul papillon nord-américain dont on connait la migration et, ce qui est le plus étonnant, c'est qu'aucun de ces papillons ne fait le voyage retour. Au printemps, les papillons quittent le Mexique pour des États comme le Texas, où ils se multiplient et meurent. La progéniture continue vers le nord, répétant le cycle reproductif trois ou quatre fois avant d'arriver en Ontario.

Vers la fin de l'été, une génération de super-monarques est née. Elle survit pendant sept ou huit mois et effectue son incroyable voyage vers le sud. Bien qu'ils n'aient jamais vu montagnes volcaniques du Mexique, les papillons utilisent une boussole interne et le paysage pour les guider vers les forêts où leurs ancêtres ont hiberné l'hiver précédent.

Malheureusement, l'année dernière a été mauvaise pour les monarques. En moyenne, environ 350 millions hivernent au Mexique, et couvrent les branches des conifères si densément qu'elles s'inclinent sous leur poids. L'hiver dernier, des scientifiques ont évalué que seulement 60 millions y sont parvenus — un déclin de plus de 80 pour cent.

Pourquoi est-ce que les populations de monarques sont à leur plus bas niveau en 20 ans ? Bien que le gouvernement mexicain ait interrompu la coupe industrielle de leur habitat d'hiver, certaines menaces persistent, particulièrement l'exploitation illégale du bois. Cependant, les scientifiques disent que les menaces principales sont les vagues de chaleur record (qui réduisent le succès de la reproduction) et l'utilisation généralisée de cultures génétiquement modifiées.

Une des zones reproductrices les plus importantes pour le monarque est le Midwest américain, qui historiquement était recouvert d'asclépiades. Cette plante contient de petites quantités de cardénolide, une substance qui goûte infect et qui peut être toxique en grandes quantités. La chenille du monarque se nourrit d'asclépiade pour cette raison seulement. Les prédateurs n'aiment pas le cardénolide stocké dans l'organisme du monarque, donc ils apprennent à éviter ces choses voletantes avec des ailes oranges et noires.

Malgré la conversion d'une grande partie des terres arables du Midwest à l'agriculture au cours des deux derniers siècles, l'asclépiade a continué à pousser le long des champs et entre les rangs des cultures — permettant à des millions de chenilles de monarques de s'alimenter.

Au cours de la dernière décennie, environ 150 millions d'hectares de terres agricoles de cette région — une zone de la taille de la Saskatchewan — ont été ensemencés avec du soja et du maïs génétiquement modifiés pour tolérer les herbicides. Ces semences sont connues comme étant "Roundup Ready" (tolérantes au Roundup). Au lieu de labourer les champs, les fermiers vaporisent les herbicides qui tuent toutes les plantes sauf ce qu'ils cultivent. Ceci a anéanti une grande partie des asclépiades.

Avec un déclin de monarques au Mexique et des menaces généralisées au cours de la migration, il n'était pas entièrement surprenant que ces derniers soient arrivés au Canada cet été avec six semaines de retard sur la normale et avec une décroissance en nombre sans précédent. Le Parc national de la Pointe-Pelée dans Leamington en Ontario a même annulé son comptage de monarques annuel à cause du manque de papillons.

Bien que l'avenir du monarque semble sombre, nous pouvons tous aider à assurer sa survie.

À la maison, vous pouvez créer un jardin de papillon pour fournir un habitat et de la nourriture pour les monarques et d'autres pollinisateurs. Plantez des asclépiades et des fleurs locales productrices de nectar, comme la bergamote sauvage, l'aster de la Nouvelle-Angleterre et la Rudbeckie hérissée — particulièrement celles avec des fleurs jaunes, roses, oranges et violettes. Ajoutez ces plantes aux jardins, balcons, parcs et espaces verts — et encouragez les écoles locales, les commerces et les institutions à faire le même — cela aidera les abeilles et le séjour de papillons sains et bien alimentés.

Vous voyez plus grand que la fabrication de votre refuge à papillon ? Allez voir le projet Homegrown National Park de la Fondation David Suzuki à Toronto. Ce projet a pour but de créer un corridor pour les papillons qui passe au coeur de la ville en encourageant les résidents, commerces et institutions à ajouter plus de vert aux cours, balcons, toits, rues, allées et parcs.

Au cours de la première année du projet, des jardins pollinisateurs ont été plantés dans plus d'une douzaine d'emplacements le long du corridor du Homegrown National Park , y compris un réseau "de jardins en canots" dans les parcs locaux et des jardins d'abeilles et de papillons dans les cours d'école, les installations de santé et les cours arrière et avant des résidences. Le momentum est en place pour des activités encore plus grandes et plus vertes l'an prochain.

Alors que les monarques ont déjà commencé leur voyage vers le sud, je vous encourage donc à commencer à vous préparer pour les papillons de l'année prochaine. Rendez-vous à votre pépinière locale et pour vous procurer vos asclépiades. Et faites ce que vous pouvez pour amener la nature dans votre voisinage.

Avec la contribution de Jode Roberts, spécialiste des communications de la Fondation David Suzuki.

17 octobre 2013

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