Le rapport du GIEC indique qu'il est impératif d'agir contre les changements climatiques | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le rapport du GIEC indique qu'il est impératif d'agir contre les changements climatiques

(Crédit : mariusz kluzniak via Flickr)

Par David Suzuki

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) vient de publier le premier des quatre chapitres de son Cinquième Rapport d'évaluation. On y apprend que les scientifiques, sont encore plus convaincus qu'à la publication du précédent rapport, en 2007, que les humains sont responsables du réchauffement planétaire, surtout à cause de l'usage de combustibles fossiles et la déforestation. Le problème s'aggraverait même, jusqu'à menacer notre espèce. Cependant, tout espoir n'est pas perdu, et s'attaquer directement au problème offrirait l'occasion de limiter les dégâts.

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Le GIEC a été mis sur pied en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'environnement, à la demande des gouvernements participants. Pour rédiger le récent Rapport, des centaines de scientifiques et de spécialistes internationaux ont épluché les plus récents articles scientifiques arbitrés, ainsi que d'autre matériel pertinent, pour évaluer «l'état des connaissances scientifiques, techniques et socioéconomiques sur les changements climatiques: ses causes, son impact éventuel et les stratégies d'intervention possible*».

Les chercheurs sont prudents de nature. Il y a toujours de nouvelles découvertes scientifiques et les enjeux environnementaux comme le climat planétaire sont complexes et multifactoriels. Alors, quand la communauté scientifique se dit être «extrêmement convaincue» du lien entre les activités humaines et les changements climatiques, comme elle l'affirme dans le récent Rapport, on est aussi près que possible du consensus. Par ailleurs, le changement climatique lui même est «indéniable».

Faisant référence à 9 200 publications scientifiques en 2 200 pages, le Rapport affirme qu'«il est fort probable que l'activité humaine ait causé plus de la moitié de l'augmentation de la température moyenne de la planète à sa surface, observée de 1951 à 2010». On note aussi le réchauffement des océans, la diminution de la neige et de la glace, l'augmentation du niveau de la mer et le fait que les phénomènes météorologiques extrêmes soient de plus en plus fréquents.

Le Rapport rejette aussi l'idée, propagée par les personnes niant l'existence des changements climatiques, que le réchauffement climatique s'est interrompu. Selon les scientifiques, il n'aurait ralenti, ces dernières années, qu'en raison de variations météorologiques naturelles ou de facteurs comme l'augmentation de la poussière volcanique, un changement de cycle solaire et le fait, comme le suggère une nouvelle étude scientifique, que les océans absorberaient plus de chaleur.

Une augmentation de la température planétaire moyenne de plus de 2ºC au-dessus du niveau préindustriel entraînerait une fonte accrue des glaciers et de la glace arctique, une augmentation supplémentaire du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques plus extrêmes et plus fréquents, des problèmes agricoles planétaires, ainsi que des transformations, voire des extinctions, de la vie animale et florale. Le Rapport précise que ce point critique va être atteint au cours du siècle courant si l'on n'agit pas maintenant.

Il faudra un effort concerté et soutenu pour combattre les changements climatiques si l'on veut assurer la protection de nos économies, de nos communautés, de nos enfants et de notre avenir. Un tel investissement global est certes coûteux, mais bien inférieur à celui que produira l'effet de se croiser les bras. Près de 200 pays se sont engagés à limiter l'augmentation de la température planétaire moyenne à moins de 2ºC, pour éviter un réchauffement catastrophique. Malgré cela, le pire des scénarios envisagés par le premier rapport d'évaluation, en 1990, est à notre porte. Selon les recherches scientifiques, seul un vaste plan d'action nous permettra de garder le réchauffement planétaire sous ce seuil critique. Nous n'avons pas le luxe de laisser les sceptiques nous distraire par des distorsions et du «rapportage de faits», visant à créer l'illusion que la position de la science face à cet enjeu n'est pas encore solide.

Les raisons d'agir pour limiter le réchauffement climatique ne sont pas qu'environnementales. Les combustibles fossiles sont une ressource précieuse mais non renouvelable, qui sert aussi, entre autres, à la fabrication de fournitures médicales et de claviers d'ordinateurs. Il est illogique de la gaspiller pour faire avancer des VUS ou des voitures avec un seul passager.

Il faut travailler de concert avec d'autres pays dans le but d'atteindre les cibles fondées sur la science pour, d'une part, réduire la pollution accroissant le réchauffement climatique et, d'autre part, favoriser l'exploitation de sources d'énergie renouvelables. Voilà la seule façon d'utiliser sagement les réserves de combustibles fossiles qui nous restent, tout en favorisant la création d'emplois à long terme et la croissance économique. C'est dans cette perspective, avec le Projet Trottier pour l'avenir énergétique, que la Fondation David Suzuki est en train d'identifier de nouvelles avenues en matière d'énergie propre en mesure d'être exploitées par le Canada.

Le passage aux sources d'énergie renouvelables et propres permet de réduire la pollution et les dommages environnementaux résultant de l'extraction du charbon, de l'huile et des gaz. Le bien-être des gens, des communautés et des écosystèmes en sera augmenté, et le coût des soins de santé réduit. Plutôt que d'investir dans des infrastructures dispendieuses, il en coûtera moins de combler ces besoins énergétiques en nous référant à la nature qui elle y pourvoit gratuitement.

Le rapport du GIEC est à la fine pointe de la recherche scientifique internationale. Son message ne pourrait être plus clair: il faut agir sans tarder. Le premier chapitre fait le tour des récentes avancées scientifiques sur les changements climatiques, le deuxième s'intéressera à son impact et le troisième aux stratégies pour contrer ce problème. Une synthèse du rapport sera disponible en 2014; il faut absolument le prendre au sérieux.

Rédigé en collaboration avec Ian Hanington, éditeur en chef de la Fondation David Suzuki.

*NDLT: Les citations sont traduites de l'anglais.

3 octobre 2013

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